Défait 2-0 par l'Atlético de Madrid, le FC Barcelone devra réaliser l'exploit au retour. Ronald Araujo appelle ses coéquipiers à y croire.
Deux buts d'écart. Zéro but marqué. Et une foi affichée malgré tout. Au sortir d'une soirée où l'Atlético de Madrid a verrouillé, étouffé, dominé le FC Barcelone sur le score de 2-0, Ronald Araujo a pris la parole avec une conviction qui tranche avec la mine défaite du vestiaire catalan. Le défenseur uruguayen a lancé un appel à la Remontada, ce mot qui résonne si fort dans la culture du club blaugrana. Belle posture, mais les faits sont là, implacables.
Comment l'Atlético a-t-il réussi à faire taire le Barça ?
Diego Simeone avait préparé son coup. L'Atlético de Madrid n'a pas improvisé ce mardi soir — il a construit. Bloc bas, transitions rapides, agressivité dans les duels, le Cholismo dans toute sa splendeur. Face à une équipe de Barcelone qui cherchait à construire proprement, les Colchoneros ont su transformer chaque récupération en danger immédiat. Le résultat ne souffre d'aucune ambiguïté.
Ce qui frappe dans la prestation barcelonaise, c'est l'absence de solutions. Hansi Flick, arrivé avec l'ambition de redonner de la fluidité à ce groupe, a vu son projet heurter le mur athlético. Aucun tir cadré de mémoire, une possession stérile, et une défense qui a craqué deux fois sous la pression d'une équipe madrilène qui connaît par cœur l'art d'éliminer les favoris sur la scène européenne. L'Atlético compte d'ailleurs plusieurs qualifications obtenues de cette manière au cours de la dernière décennie — le schéma est rodé, presque industriel.
Robert Lewandowski, Lamine Yamal, Raphinha — les noms font rêver sur le papier. Sur la pelouse du Civitas Metropolitano, ils ont été muselés, isolés, rendus inefficaces. Simeone avait assigné des marquages individuels d'une précision chirurgicale, et ça a fonctionné du premier au dernier souffle. Le Barça n'a pas seulement perdu un match de football. Il a perdu le fil de son propre jeu.
La Remontada, mythe ou vraie possibilité pour ce Barça ?
Le mot est beau. Il porte l'histoire du Camp Nou, les soirées magiques, la folie collective. Mais il faut être honnête : une Remontada ne se décrète pas. Elle se construit sur un contexte, une dynamique, un adversaire qui lâche quelque chose. En 2017, contre le Paris Saint-Germain, le Barça avait renversé un 4-0 en s'appuyant sur une équipe parisienne qui s'était laissé envahir par la panique. L'Atlético de Simeone, lui, ne panique pas. C'est même sa marque de fabrique.
Pourtant, Araujo a raison sur un point fondamental : renoncer serait une faute bien plus grave que de perdre. Le défenseur central, l'un des hommes les plus solides de cette équipe quand son corps le lui permet, incarne cette résistance mentale qui manquait peut-être ce mardi. Son appel à la Remontada n'est pas une posture naïve — c'est une nécessité psychologique pour un groupe qui devra se regarder dans un miroir avant le match retour.
Mathématiquement, le défi est colossal. Marquer deux buts à l'Atlético sans en encaisser — ou trois s'ils en prennent un — relève de l'exploit. Au Camp Nou, la pression du public peut renverser des certitudes. Mais cette saison, le Barça a montré des visages trop disparates pour qu'on lui accorde un crédit aveugle. Brillant certains soirs, effacé d'autres. Cette irrégularité est peut-être le vrai problème structurel que Flick n'a pas encore résolu.
Que doit changer Hansi Flick pour espérer le miracle ?
La question brûle les lèvres. Flick a sorti le Barça de la léthargie Xavi, il lui a redonné de l'intensité et une identité offensive plus directe. Mais face à une équipe aussi organisée défensivement que l'Atlético, son système à haute ligne défensive et pressing agressif peut devenir un piège. Les espaces laissés dans le dos de la défense ont été exploités avec une précision redoutable par les attaquants madrilènes.
Pour le retour, l'Allemand devra sans doute repenser ses dispositions tactiques. Peut-être plus de profondeur dans les combinaisons, peut-être donner plus de liberté à Lamine Yamal pour qu'il se libère de la pression du marquage. Le jeune ailier espagnol, qui pèse déjà énormément dans l'économie offensive du Barça à seulement 17 ans, a besoin de trouver des espaces que l'Atlético lui a refusés au match aller.
Pedri, s'il est disponible, pourrait être la clé. Sa capacité à fixer les milieux adverses dans des espaces réduits est précisément ce qui manquait dans l'entrejeu blaugrana. Sans lui, le Barça perd ce liant technique entre les lignes. Il faudra aussi que Gavi retrouve son intensité des grands soirs — ce joueur capable de transformer une équipe par sa seule présence, par son abattage, par cette rage de gagner qui habite chacune de ses actions.
Le staff médical et le staff technique vont travailler ensemble cette semaine. Les choix de Flick au retour seront scrutés, analysés, commentés avant même le coup d'envoi. Chaque décision d'équipe comptera double face à une équipe qui sait exactement comment gérer une qualification à défendre.
Le Camp Nou sera plein, bouillant, en attente d'un miracle. L'histoire du FC Barcelone est jalonnée de ces moments où l'impossible est devenu réalité. Mais cette fois, c'est l'Atlético de Madrid qui attend au tournant — une équipe qui a fait de la gestion des situations favorables un art de guerre. Araujo croit à la Remontada. C'est déjà quelque chose. La question est de savoir si, au fond, le reste du groupe y croit vraiment, et si Hansi Flick trouvera les ressorts tactiques pour transformer cette foi en résultat concret. Réponse au match retour, qui s'annonce comme l'un des rendez-vous européens les plus tendus de cette saison.