La Squadra Azzurra éliminée aux tirs au but par la Bosnie en barrage. L'Italie rate une deuxième Coupe du Monde en huit ans.
Deux fois en huit ans. L'Italie, quadruple championne du monde, nation fondatrice du football européen, ne sera pas au Mondial 2026 au Canada, aux États-Unis et au Mexique. La Bosnie-Herzégovine l'a éliminée aux tirs au but lors de la finale des barrages européens, infligeant à la Squadra Azzurra une blessure qui dépasse largement le cadre sportif. Après le désastre de 2018 face à la Suède, voilà que se répète, sous des formes différentes mais avec la même cruauté, l'impensable : l'Italie absente d'une Coupe du Monde. Ce n'est plus un accident de parcours. C'est une crise structurelle que plus personne ne peut feindre d'ignorer.
Un scénario cauchemardesque écrit en deux actes
La mécanique de la désillusion s'est enclenchée avec une cruelle ironie : les Italiens avaient pourtant ouvert le score, laissant croire un instant que le pire serait évité. Mais le football, surtout dans ses formats à élimination directe, se moque des scénarios rassurants. La Bosnie a égalisé, résisté, puis fait basculer la rencontre dans la loterie des tirs au but — ce moment où la technique cède le pas au mental et où les certitudes s'effondrent.
Luciano Spalletti, sélectionneur depuis l'été 2023, paie ici le prix d'une transition générationnelle mal négociée. L'ère Giorgio Chiellini, Leonardo Bonucci, Marco Verratti est révolue, et la nouvelle génération azzurra peine à dégager la solidité, l'identité collective qui avaient permis le triomphe à l'Euro 2021. Entre ces deux époques, il y a un gouffre que ni les talents individuels ni les systèmes tactiques n'ont réussi à combler. Nicolo Barella, Federico Chiesa quand il est disponible, Gianluca Scamacca — les noms existent, mais la somme ne fait pas un tout cohérent.
Face à une Bosnie portée par un bloc organisé et un collectif soudé autour de Edin Džeko et des cadres de cette génération bosnienne, l'Italie a semblé hésitante, incapable d'imposer son tempo. Les tirs au but ont tranché là où le jeu n'avait pas su le faire — et cette sentence résonne comme le symbole d'une fédération italienne contrainte, une nouvelle fois, à se regarder en face.
Quand l'économie du football punit les structures qui stagnent
L'absence de l'Italie d'une Coupe du Monde n'est pas qu'un drame sportif. C'est un séisme économique et commercial dont les ondes se propagent bien au-delà des frontières italiennes. En 2018, la Fédération Italienne de Football (FIGC) avait estimé le manque à gagner à plusieurs dizaines de millions d'euros en termes de droits, de merchandising et d'exposition médiatique. Six ans plus tard, avec un Mondial à 48 équipes qui s'annonce comme le plus commercial de l'histoire — diffusé dans des marchés nord-américains en pleine explosion — l'ardoise sera encore plus lourde.
Les sponsors historiques de la Squadra Azzurra, Puma en tête, doivent déjà recalculer leurs projections. Le marché publicitaire italien perd l'un de ses rendez-vous quadriennaux les plus structurants. Et dans un contexte où la Serie A tente péniblement de reconquérir une attractivité internationale face à la Premier League et à la Liga, cette absence envoie un signal désastreux aux investisseurs étrangers qui jaugent le football italien à l'aune de ses résultats en compétitions internationales.
Au-delà des chiffres, c'est toute la chaîne de formation qui est questionnée. L'Italie forme encore des joueurs techniquement aboutis, mais elle les perd au profit des grands clubs européens avant qu'ils n'aient pu construire une identité nationale forte. Le nombre de joueurs italiens évoluant dans les effectifs de Serie A est passé sous la barre symbolique des 30 % ces dernières saisons — un indicateur qui, mis en relation avec les performances de la sélection, dessine une corrélation inquiétante.
Spalletti sous pression, la FIGC face à ses contradictions
La question de l'avenir de Luciano Spalletti va désormais occuper tout l'espace médiatique en Italie. Nommé avec l'ambition affichée de reconstruire sur des bases solides après l'échec en quarts de finale de l'Euro 2024 face à la Suisse, le technicien toscan se retrouve dans une position intenable. Rater deux compétitions majeures consécutives — une élimination précoce à l'Euro, puis l'absence au Mondial — constitue un bilan que peu de fédérations peuvent absorber sans réaction.
Pourtant, limoger Spalletti maintenant serait peut-être la plus facile des solutions, et pas nécessairement la plus juste. La FIGC elle-même porte une responsabilité dans l'architecture de cette crise : la gestion chaotique de l'après-Mancini, le turnover au sommet de l'encadrement technique, l'absence d'une vision à long terme pour les équipes de jeunes. Gabriele Gravina, président de la fédération, sera lui aussi attendu au tournant dans les jours qui viennent.
La Bosnie, pendant ce temps, écrira l'une des plus belles pages de son histoire footballistique encore jeune. Qualifiée pour sa première Coupe du Monde depuis le Brésil 2014, la sélection de Sergej Jakirović offre à un pays de moins de quatre millions d'habitants un moment de fierté collective qui transcende le sport. Tomber sur une telle équipe, dans un tel contexte de motivation, n'était pas un hasard de tirage au sort : c'était un avertissement que l'Italie n'a pas su lire.
Reste à savoir ce que la Squadra Azzurra fera de cette nuit bosnienne. L'histoire du football italien est jalonnée de crises suivies de renaissances — 2006 en est la preuve la plus éclatante. Mais les renaissances ne se décrètent pas, elles se construisent avec méthode, patience et une lucidité que les grandes nations ont souvent du mal à s'accorder à elles-mêmes. Le Mondial 2030 est dans cinq ans. Le chantier, lui, commence maintenant.