Critiqué en club, ignoré à Lyon, Endrick reste la priorité de Carlo Ancelotti avec la Seleção. Les mots du technicien italien sonnent comme un bouclier.
« Il va devenir l'un des meilleurs attaquants du monde. » Carlo Ancelotti n'a pas cherché ses mots. Alors qu'Endrick traverse une période de turbulences — critiqué lors du passage du Real Madrid à Lyon en Ligue des champions, peu utilisé, mis en question par une partie de la presse européenne — le technicien le plus titré de l'histoire du football a choisi la clarté. Pas de nuance polie, pas de réserve diplomatique. Une certitude. Et quand Carlo Ancelotti parle avec cette conviction-là, le monde du football a tendance à écouter.
Un gamin de 18 ans sous pression maximale, et pourtant
Endrick Felipe Moreira de Sousa — le nom complet pour rappeler d'où il vient — n'a pas encore 19 ans et supporte déjà le poids d'être le futur du football brésilien. Ce n'est pas rien. Arrivé au Real Madrid à l'été 2024 pour un transfert estimé à 60 millions d'euros, le natif de Brasilia avait fait chavirer les recruteurs européens dès ses premières saisons à Palmeiras. La comparaison avec Ronaldo — l'original, le Fenomeno — avait même été posée sur la table par certains observateurs brésiliens, ce qui constitue à la fois la plus belle des promotions et la plus lourde des malédictions.
Depuis son arrivée en Espagne, la réalité du quotidien est plus âpre. Kylian Mbappé, Vinícius Júnior, Rodrygo Goes : la concurrence au sein du Real Madrid est proprement inhumaine. Endrick gratte des minutes, s'adapte, travaille. Mais lors de la double confrontation entre le Real Madrid et l'Olympique Lyonnais en Ligue des champions, il n'a quasiment pas existé. Quelques apparitions en cours de jeu, un impact limité, et des critiques qui ont commencé à fuser — en France notamment, où l'on n'a pas la langue dans la poche quand un joueur passe à côté de son match.
Sélectionné malgré tout par Dorival Júnior pour cette trêve internationale avec la Seleção, Endrick a retrouvé un environnement où il se sent, semble-t-il, moins écrasé par les attentes immédiates. Et c'est là qu'Ancelotti a choisi de parler. Pas en conférence de presse officielle avec ses mots pesés à la virgule près, mais avec cette franchise tranquille qui est sa marque depuis des décennies.
Ancelotti comme rempart : quand la parole d'un entraîneur vaut de l'or
Il faut comprendre ce que représente le soutien d'Ancelotti dans le microcosme du football mondial. Quadruple vainqueur de la Ligue des champions, passé par le Milan AC, Chelsea, le Paris Saint-Germain, le Bayern Munich, Naples et le Real Madrid, l'Italien de 65 ans a géré les ego de Kaká, Cristiano Ronaldo, Zlatan Ibrahimović, Robert Lewandowski. Il sait ce qu'est un grand joueur. Il sait aussi, et c'est peut-être plus précieux encore, ce qu'est un joueur qui deviendra grand.
Quand il dit d'Endrick qu'il sera parmi les meilleurs attaquants du monde, ce n'est pas une déclaration de façade pour rassurer un gamin après une mauvaise passe. C'est un jugement d'homme de métier. Et dans le vestiaire merengue, cette parole a une valeur considérable — elle protège le joueur des vautours internes, des agents qui murmurent, des hiérarchies non-dites qui peuvent briser une carrière avant qu'elle ne commence vraiment.
Le chiffre qui résume peut-être le mieux la situation d'Endrick au Real Madrid cette saison : moins de 200 minutes de jeu en Liga sur les premiers mois de l'exercice 2024-2025. C'est peu. Trop peu pour un joueur dont la progression exige de la continuité. Mais Ancelotti a toujours fonctionné ainsi — il préserve les jeunes, les intègre progressivement, quitte à s'exposer aux critiques à court terme. C'est exactement ce qu'il a fait avec Vinícius Júnior, qui a mis deux saisons à s'imposer pleinement avant d'exploser au niveau mondial.
- 60 millions d'euros : le montant du transfert d'Endrick de Palmeiras au Real Madrid à l'été 2024
- 18 ans : l'âge d'Endrick lors de son arrivée en Europe — l'un des plus jeunes recrues de l'histoire du club madrilène
- 4 : le nombre de Ligue des champions remportées par Carlo Ancelotti en tant qu'entraîneur
- Moins de 200 minutes : le temps de jeu d'Endrick en Liga lors des premières semaines de la saison 2024-2025
Avec la Seleção, le tableau est différent. Sous le maillot auriverde, Endrick a déjà montré qu'il pouvait être décisif à ce niveau — son but face à l'Espagne lors du tournoi de Paris 2024 reste gravé dans les mémoires. Ce sont ces éclairs-là qui expliquent pourquoi Dorival Júnior continue de le convoquer, même quand les minutes en club se font rares. Le sélectionneur brésilien joue sur le long terme, comme Ancelotti.
La vraie question qui se pose maintenant est celle du calendrier. Jusqu'à quand Endrick peut-il se permettre de rester dans l'ombre du trio Mbappé-Vinícius-Rodrygo sans que cela ne laisse des traces sur son développement ? Un prêt à l'hiver semble peu probable — le Real Madrid ne prête pas ses joyaux — mais une hiérarchie qui évoluerait avec la Coupe du monde 2026 en ligne de mire pourrait changer la donne. Le Brésil a besoin d'un numéro neuf qui compte dans les grands rendez-vous, et Endrick est le candidat naturel à ce rôle.
Pour l'heure, les mots d'Ancelotti fonctionnent comme un marqueur. Ils signalent que la maison Real Madrid croit en son investissement, que la patience est le maître-mot, et que le gamin de Brasilia n'a pas à s'inquiéter des turbulences de l'instant. Reste à Endrick lui-même de transformer cette confiance en minutes décisives, en buts, en certitudes. Les grands joueurs finissent toujours par s'imposer — mais ils doivent aussi, à un moment donné, prendre la parole avec leurs pieds.