Accusé d'avoir privé l'Italie du Mondial 2026, Cesc Fàbregas monte au créneau et assume ses choix en conférence de presse.
«Je n'ai rien à me reprocher.» Avant d'aborder le duel de Serie A contre l'Udinese, Cesc Fàbregas a dû affronter une salve de questions bien plus lourdes que n'importe quel système défensif. L'élimination de la Squadra Azzurra en barrages de la Coupe du Monde 2026 a déclenché une tempête en Italie, et le technicien espagnol de Côme se retrouve au cœur de l'œil du cyclone. Pas à cause de ses résultats en club — correctement suffisants pour un promu — mais à cause de son statut de formateur de joueurs qui auraient, selon certains observateurs transalpins, sacrifié leurs automatismes nationaux sur l'autel du projet Côme. Une accusation que Fàbregas balaie d'un revers de main, mais avec des mots choisis.
Quand un coach de Serie A se retrouve jugé pour les échecs de la Nazionale
L'Italie ne sera donc pas au Mondial 2026. Deuxième fois en huit ans que la Nazionale manque la grand-messe du football mondial — une catastrophe nationale, un séisme qui réclame des responsables. Et cette fois, les regards se sont posés sur plusieurs clubs de Serie A accusés de faire jouer leurs footballeurs dans des systèmes trop éloignés des habitudes de Luciano Spalletti. Côme et Fàbregas ont été particulièrement ciblés.
Le reproche est précis : en imposant un jeu de possession ultra-structuré, inspiré du football espagnol qu'il a pratiqué toute sa carrière entre Arsenal, Barcelone et Chelsea, Fàbregas aurait «déréglé» certains internationaux italiens qui évoluent sous ses ordres. Des automatismes cassés, une philosophie incompatible avec les besoins de Spalletti. L'argument fait mouche dans les médias italiens. Il irrite profondément l'ancien milieu de terrain mondial.
«Je forme des joueurs meilleurs, c'est mon travail», a-t-il lâché face aux journalistes, sans hausser le ton mais avec une fermeté qui ne laisse aucune place à l'interprétation. Fàbregas refuse catégoriquement d'endosser une responsabilité collective pour un échec qui dépasse, selon lui, largement les frontières du Lario. Et il n'a pas tort sur un point : l'Italie comptait 23 joueurs lors de chaque rassemblement, pas uniquement ceux de Côme.
Reste que la polémique révèle quelque chose de plus profond sur le football italien. Depuis le sacre à l'Euro 2020 — conquis avec un jeu ambitieux et une génération talentueuse — la Nazionale n'a cessé de reculer. Deux qualifications manquées pour la Coupe du Monde en deux cycles, c'est un bilan accablant qui interroge structurellement les fondations du football transalpin, bien au-delà du choix tactique d'un entraîneur de Serie A.
Côme comme laboratoire, Fàbregas comme cobaye d'un système sous pression
Ce que vivent Fàbregas et Côme cette saison est finalement emblématique d'une tension qui traverse tout le football européen : comment concilier la philosophie d'un club avec les exigences des sélections nationales ? Le débat n'est pas nouveau — Pep Guardiola a eu à y répondre des dizaines de fois à Manchester City — mais il prend une coloration particulière quand la nation en question vient de rater sa deuxième Coupe du Monde consécutive.
Côme, promu en Serie A après des années de reconstruction patiente sous pavillon indonésien, a misé sur Fàbregas comme projet de long terme. Le club du lac de Côme, propriété de la famille Hartono, investit massivement — plus de 60 millions d'euros dépensés lors du dernier mercato estival — et voit dans l'Espagnol un architecte capable de bâtir une identité durable. Des recrues comme Nico González ou les passages de vétérans expérimentés illustrent une ambition qui dépasse le simple maintien.
Mais maintenir ce cap ambitieux quand votre nom est associé à l'échec de la Nazionale dans les colonnes de la Gazzetta dello Sport, c'est une autre paire de manches. Fàbregas le sait. Alors il répond, il explique, il contextualise. Et il rappelle que Côme occupe actuellement une position qui, il y a encore dix-huit mois, aurait semblé inaccessible pour ce club. Maintenu en Serie A à l'issue d'une saison inaugural compliquée, Côme reste sur un parcours cohérent avec ses objectifs.
- 2e élimination consécutive de l'Italie en barrages de Coupe du Monde (après 2022)
- Plus de 60 M€ investis par Côme lors du dernier mercato estival
- Côme, 17e club à avoir été promu en Serie A depuis la Serie B en 2024
- Fàbregas, 42 ans, à la tête de Côme depuis janvier 2024
La question qui divise les pundits italiens est aussi simple que complexe à trancher : un entraîneur de club a-t-il une responsabilité dans les performances de la sélection nationale ? Techniquement, non. Moralement, dans un pays où le football est religion d'État, la réponse est moins évidente.
Avant d'affronter l'Udinese — un match de Serie A à enjeu pour les deux équipes dans la course au maintien — Fàbregas a donc dû gérer cette conférence de presse comme un vrai exercice de communication de crise. Calme, articulé, offensif sans être agressif. Exactement comme il jouait, finalement : propre, précis, jamais en retard.
L'avenir dira si la polémique italienne autour du Mondial 2026 laissera des traces durables sur son image dans la Péninsule. Mais une chose est certaine : si Côme continue sa progression et s'installe durablement en Serie A, les critiques d'aujourd'hui ressembleront demain à des anecdotes. Le football a toujours jugé les entraîneurs sur les résultats — et Fàbregas, pour l'instant, construit les siens avec méthode. La Nazionale devra trouver ses coupables ailleurs.