Douze ans après son dernier Mondial, l'Algérie retrouve la scène internationale. Riyad Mahrez porte les ambitions algériennes face à une concurrence redoutable.
Riyad Mahrez n'a jamais oublié. Le joueur d'Al-Ahli vit depuis 2014 avec le souvenir de cette Coupe du Monde brésilienne, la dernière où l'Algérie a foulé un terrain de Mondial. Douze ans plus tard, il revient enfin. Pas comme spectateur. Comme capitaine d'une équipe qui a faim et qui a surtout besoin de prouver qu'elle existe encore sur la scène internationale. Ce mois de juin sur le sol américain, ce n'est pas une simple invitation. C'est une renaissance.
Le retour aux sources d'une nation qui attend
L'Algérie ne s'était pas permit le luxe de rater deux Mondiaux consécutifs depuis longtemps. Deux absences, c'est une génération qui grandit sans savoir ce qu'est Coupe du Monde en direct. Les jeunes des années 2010 ont découvert le football sur les écrans, jamais en maillot vert blanc rouge. Mahrez, lui, a eu le privilège de vivre cette expérience en 2014. Il avait 23 ans alors, moins en vue, moins lourd, moins attendu. Maintenant, à 33 ans, il revient en homme établi dans le football mondial. Manchester City, Paris, les plus grands clubs ont porté son maillot. La trajectoire de Mahrez est celle d'une ascension constante, souvent improbable, toujours déterminée.
Cette Coupe du Monde, elle se joue en juin. Un calendrier étrange, décalé, qui perturbe tous les repères. Pour Mahrez comme pour ses coéquipiers, c'est d'ailleurs une première depuis 1994. Une compétition en plein cœur de l'été, loin de la normale, loin des habitudes. L'équipe algérienne devra s'adapter à ce décalage temporel alors même qu'elle sort d'une préparation émaillée de résultats mitigés. Le nul face à l'Uruguay en mars a montré des limites. Les victoires qui ont suivi ont restauré la confiance, mais la question demeure : cette Algérie est-elle réellement prête pour affronter les géants ?
Une poule impitoyable face aux rêves nationalistes
Quelque part dans le tirage au sort, l'Algérie a croisé le chemin des équipes qui ne pardonnent pas les erreurs. Les groupes des premières Coupes du Monde sont toujours des épreuves de force, et cette édition n'échappe pas à la règle. Les adversaires directs de l'Algérie ont des histoires, des pedigrees, des certitudes. Mahrez le sait. Al-Ahli, où il joue maintenant, c'est prestigieux mais ce n'est pas une garantie face aux meilleures équipes de la planète.
La pression des attentes nationales pèse lourd. En Algérie, la Coupe du Monde n'est pas un événement sportif. C'est un phénomène de société. Les rues se vident lors des matchs. Les familles se rassemblent. Les cœurs s'accélèrent au moindre appel de corner. Mahrez porte sur ses épaules bien plus que ses propres ambitions. Il porte celles de millions d'Algériens qui ont attendu douze ans pour voir leur équipe performer au plus haut niveau. C'est exaltant et c'est étouffant. C'est pour cela que les grands champions sont des grands champions : ils transforment le poids en carburant.
Les statistiques des derniers mois d'éliminatoires montrent une équipe capable de marquer en rafales mais aussi de concéder des buts évitables. Avec Mahrez sur le flanc droit, capable de délivrer des passes décisives ou de conclure lui-même, l'Algérie a des armes. Mais les armes, sans discipline collective et sans cohésion de bloc défensif, elles ne suffisent jamais.
L'épilogue d'une quête qui commence enfin
Mahrez terminera sa carrière un jour. Peut-être pas cette année, mais les projecteurs de 33 ans commencent à clignoter. Cette Coupe du Monde, c'est peut-être sa dernière vraie chance de graver un grand moment au niveau mondial avec l'Algérie. Il en est conscient, à en croire l'entourage du joueur. Les interviews, les déclarations publiques, tout converge vers la même direction : cette compétition est différente des autres. C'est celle-ci ou aucune autre.
L'équipe algérienne aura du temps pour se préparer mentalement. Les périodes creuses avant le Mondial sont souvent les plus productives, quand l'entraîneur peut vraiment travailler les mécanismes, installer les systèmes, renforcer la cohésion. L'Algérie compte sur ces semaines pour effacer les doutes et installer la certitude. Mahrez, lui, compte sur son expérience de joueur de haut niveau pour montrer la route. Pas avec des discours enflammés, mais avec des actions précises, des passes tranchantes, des moments de classe qui font la différence.
Les rêves algériens ne se construisent pas sur du sable. Ils se construisent sur des fondations solides. Cette Coupe du Monde en Amérique du Nord sera l'occasion de vérifier si ces fondations existent vraiment.