Le dopage n'est plus l'apanage des sports traditionnels. Depuis plusieurs années, le milieu de l'eSport est lui aussi confronté à ce phénomène préoccupant, qui menace l'intégrité des compétitions et la santé des joueurs professionnels. À mesure que les prize pools atteignent des sommets vertigineux, la tentation de tricher grandit.
Un dopage d'un genre nouveau
Contrairement au cyclisme ou à l'athlétisme, les joueurs de compétition n'ont pas besoin de développer leur endurance musculaire ou leur explosivité physique. Ce sont leurs capacités cognitives qu'ils cherchent à optimiser : concentration, temps de réaction, résistance à la fatigue mentale et gestion du stress en situation de pression extrême.
Des substances psychostimulantes, notamment des amphétamines ou des médicaments détournés de leur usage médical, circulent dans certains cercles de l'eSport compétitif. Ces produits permettraient d'améliorer la vigilance et la précision des gestes, des atouts décisifs lors de matchs qui se jouent à la milliseconde près.
L'ESL, pionnière dans la lutte antidopage
Face à cette réalité, les organisateurs de tournois ont commencé à réagir. L'ESL (Electronic Sports League), l'une des plus grandes organisations mondiales de compétitions eSport, a mis en place des protocoles de contrôle antidopage lors de ses événements majeurs. Une initiative saluée par la communauté, mais encore insuffisante selon de nombreux observateurs.
Le défi est considérable : les substances ciblées dans l'eSport ne sont pas toujours les mêmes que celles répertoriées par l'Agence mondiale antidopage (AMA), rendant leur détection plus complexe et les cadres réglementaires difficiles à adapter.
Des tromperies aussi numériques
Le dopage dans l'eSport revêt également une dimension purement technologique. L'utilisation de programmes informatiques frauduleux comme les aimbots — qui assistent automatiquement la visée — ou les wallhacks — permettant de voir à travers les murs dans certains jeux de tir — constitue une forme de triche tout aussi répandue et condamnée.
Ces outils, regroupés sous le terme générique de cheats, sont activement traqués par les éditeurs de jeux et les organisateurs de tournois. Des logiciels anti-triche comme VAC (Valve Anti-Cheat) ou Easy Anti-Cheat sont désormais intégrés à la plupart des titres compétitifs.
Une discipline jeune qui cherche ses repères
L'eSport est encore en construction sur le plan institutionnel. Si des progrès notables ont été réalisés ces dernières années, la mise en place d'un cadre antidopage universel et contraignant reste un chantier ouvert. Les instances sportives internationales commencent à s'y intéresser sérieusement, conscientes que la crédibilité de cette discipline en dépend.
Une chose est certaine : tant que des millions d'euros seront mis en jeu lors des grandes compétitions mondiales, la tentation de franchir les lignes persistera. L'eSport devra se doter d'outils à la hauteur de ses ambitions pour préserver l'équité et l'exemplarité de ses compétitions.


