L'ancien sélectionneur de la Squadra Azzurra dégaine une blague sur le barrage qualificatif pour le Mondial 2026. Le ton est donné.
«Il faudra une dépanneuse.» Trois mots. Fabio Capello n'a pas eu besoin d'un long discours pour résumer l'état de la Squadra Azzurra à la veille d'un barrage qui ressemble davantage à un tribunal qu'à une fête du football. L'ancien sélectionneur de l'Italie a signé un petit édito cinglant avant le choc décisif contre la Bosnie-Herzégovine, match qui déterminera si les Azzurri monteront dans l'avion pour la Coupe du Monde 2026 — ou resteront, une fois de plus, sur le tarmac. La métaphore de la dépanneuse, c'est un aveu déguisé : cette équipe d'Italie tourne mal depuis trop longtemps, et tout le monde le sait.
Capello tire le premier, et il vise juste
Fabio Capello a tout vu. Entraîneur de la Juventus, de l'AC Milan, du Real Madrid, sélectionneur de l'Italie puis de l'Angleterre — l'homme n'est pas du genre à ménager les susceptibilités. Son édito publié à quelques heures du coup d'envoi du barrage contre la Bosnie-Herzégovine est une gifle enveloppée dans de l'humour. La dépanneuse, c'est l'image d'une mécanique grippée, d'un moteur qui ne démarre plus seul. Et derrière la blague, il y a une réalité statistique difficilement contestable.
L'Italie championne d'Europe en 2021 ne ressemble plus à grand-chose. Luciano Spalletti, sélectionneur depuis l'été 2023, peine à trouver l'alchimie d'un groupe qui a perdu ses piliers — Giorgio Chiellini, Leonardo Bonucci, Marco Verratti — sans vraiment les remplacer. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : dans sa phase de qualification pour ce Mondial 2026, la Nazionale a terminé deuxième de son groupe derrière la Norvège d'Erling Haaland, obligeant le pays de Dante à passer par la case barrages. Humiliant pour une nation qui a remporté quatre Coupes du Monde.
Capello ne prend pas de gants parce qu'il connaît le prix de l'exigence. Sous sa direction entre 2006 et 2010, l'Italie se qualifiait directement, sans détour par des matchs couperets. Sa boutade sur la dépanneuse, c'est aussi une façon de dire que le football italien a perdu la boussole — et que personne, dans les instances, ne semble vouloir regarder la réalité en face. En Série A, les clubs forment de moins en moins de joueurs italiens. Aujourd'hui, seulement 32 % des minutes jouées en championnat sont le fait de joueurs éligibles à la sélection nationale, un chiffre qui place l'Italie parmi les championnats les moins généreux en temps de jeu pour ses propres talents.
La Bosnie-Herzégovine, elle, n'est pas une équipe à prendre à la légère. Portée par des joueurs évoluant dans les meilleures ligues européennes — Edin Džeko est certes en fin de carrière, mais la génération Sasa Kalajdzic et consorts a grandi — elle a terminé en tête d'un groupe européen compétitif. Ce barrage, sur terrain neutre ou en match aller-retour, n'a rien d'une formalité. Capello le sait. C'est peut-être pour ça qu'il blague : parce que l'alternative, c'est de pleurer.
- 4 titres de Championne du Monde pour l'Italie — mais zéro participation au Mondial 2018, premier grand absent depuis 1958
- 32 % seulement des minutes jouées en Série A concernent des joueurs éligibles en équipe nationale italienne
- 2e place du groupe de qualification derrière la Norvège — l'Italie contrainte aux barrages pour la 2e fois en deux cycles
- Fabio Capello : 2 Ligues des Champions, 7 championnats nationaux — l'une des voix les plus légitimes du football européen
Un Mondial 2026 à ne pas rater, sous peine d'implosion
Rater la Coupe du Monde 2026 serait une catastrophe d'une tout autre ampleur que l'absence en Russie en 2018. Cette édition-là se joue aux États-Unis, au Canada et au Mexique — 48 équipes, un format élargi, une exposition commerciale et médiatique inédite. Pour la Fédération italienne (FIGC) et ses partenaires sponsors, ne pas être dans cette compétition reviendrait à laisser des centaines de millions d'euros sur la table. Gabriele Gravina, président de la FIGC, est sous pression maximale. Une élimination en barrage pourrait signer la fin de son mandat.
Spalletti, lui, joue sa crédibilité. Arrivé avec l'étiquette du tacticien brillant qui avait révolutionné Naples avec un certain Khvicha Kvaratskhelia et Victor Osimhen, il n'a pas encore convaincu à la tête des Bleus. Ses choix de sélection sont contestés, son système de jeu perçu comme trop complexe pour un groupe en reconstruction. Si l'Italie passe ce soir contre la Bosnie-Herzégovine, il gagnera du temps. Si elle chute, le séisme sera immédiat.
Le football italien traverse une crise structurelle que Capello, avec son trait d'humour corrosif, illustre mieux que n'importe quel rapport de commission. Les centres de formation peinent à produire des talents de niveau mondial. Les clubs de Série A préfèrent recruter à l'étranger plutôt que de faire confiance à la filière nationale. Et pendant ce temps, des nations comme le Portugal, la France ou l'Angleterre continuent d'aligner des générations dorées. L'Italie, elle, attend sa dépanneuse.
Mais l'histoire du football est aussi faite de résurrections inattendues. En 2021, personne ne misait vraiment sur une Italie championne d'Europe. Roberto Mancini avait tout reconstruit, brique par brique, en imposant un jeu séduisant et une identité claire. Spalletti est capable du même exploit — à condition que la nuit contre la Bosnie-Herzégovine ne devienne pas un nouveau point de rupture. La qualification pour le Mondial 2026 ne sera pas un point d'arrivée, elle sera le minimum syndical pour éviter que la blague de Capello ne devienne une épitaphe. Le coup d'envoi approche. Et cette fois, pas question d'attendre la dépanneuse.