Ébranlé par l'élimination de l'Italie, Gennaro Gattuso envisagerait de quitter la sélection avant terme. Une décision explosive qui plonge le football italien dans la tourmente.
Deux ans. C'est le temps qu'il a fallu à Gennaro Gattuso pour arriver à la tête de la Nazionale et potentiellement repartir avant même d'avoir atteint son objectif. Selon nos informations et plusieurs sources proches de la Fédération italienne, l'ancien milieu de terrain de l'AC Milan aurait d'ores et déjà entamé une réflexion sérieuse sur son avenir à la tête de la sélection italienne. Une bombe à retardement dans un football transalpin déjà sous pression.
Le choc de trop : l'élimination qui a tout fait basculer
L'élimination de l'Italie a été un coup de massue. Pas seulement sportivement — les Azzurri ont livré une prestation indigente, incapables de peser sur les rencontres décisives, dépassés tactiquement et collectivement éteints. À en croire l'entourage du sélectionneur, Gattuso aurait très mal vécu les critiques qui ont déferlé dans les heures suivant l'élimination. Les tabloïds italiens ont été impitoyables, les consultants télévisés encore plus.
Ce qui frappe dans ce dossier, c'est la rapidité avec laquelle la situation s'est dégradée. Gattuso n'est pas un homme fragile — son palmarès en témoigne, notamment ce titre de champion du monde en 2006 avec l'Italie où il était l'un des patrons du vestiaire. Mais le rôle de sélectionneur, c'est une autre guerre. Moins de contrôle sur le quotidien des joueurs, des rassemblements éclairs, des attentes démesurées dans un pays où le calcio reste une religion nationale. L'homme qui ne lâchait rien sur un terrain se retrouve aujourd'hui face à des contraintes qu'il ne maîtrise plus.
La Fédération italienne de football — la FIGC — n'a pas encore réagi officiellement. Mais selon nos informations, des réunions de crise auraient eu lieu en interne pour évaluer la solidité du lien entre Gattuso et l'instance. Le président fédéral Gabriele Gravina se retrouve dans une position délicate : perdre un sélectionneur en pleine tempête fragiliserait encore davantage une structure déjà secouée par des résultats insuffisants.
La malédiction du banc de la Nazionale : un poste qui brûle ses occupants
Gattuso n'est pas le premier à tanguer sur ce siège éjectable. L'histoire récente de la sélection italienne est un cimetière de réputations. Roberto Mancini avait pourtant ramené l'Italie au sommet en remportant l'Euro 2021, mais il avait lui-même claqué la porte en août 2023, avant la fin de son contrat, invoquant un projet sportif qui ne lui convenait plus. Son successeur, Luciano Spalletti, avait pris les rênes avec enthousiasme après son sacre à la tête du Napoli — et s'était retrouvé éclaboussé par une élimination précoce à l'Euro 2024 face à la Suisse.
Trois sélectionneurs en moins de trois ans. Le chiffre dit tout. La Nazionale est devenue un poste ingérable, écrasé entre des attentes historiques — quatre étoiles sur le maillot — et une génération de joueurs qui peine à retrouver le niveau des grandes nations européennes. L'Italie rate une deuxième Coupe du Monde consécutive en 2022, elle sort dès les huitièmes de finale de l'Euro... Le déclin est documenté, chiffré, douloureux.
Gattuso avait été présenté comme l'homme de la reconstruction. Son image de guerrier, son charisme naturel, sa connaissance du football italien de l'intérieur devaient redonner une âme à une équipe qui en manquait cruellement. Les premiers mois avaient été encourageants, à en croire plusieurs observateurs de la Serie A. Mais les résultats ont rattrapé les bonnes intentions, et la tempête médiatique italienne ne pardonne pas.
Un départ précipité aux conséquences potentiellement désastreuses
Si Gattuso venait à confirmer son départ, la FIGC se retrouverait dans une situation inédite et particulièrement inconfortable. Trouver un sélectionneur de qualité en dehors des fenêtres internationales classiques relève du parcours du combattant. Les profils capables d'assumer cette fonction en Italie se comptent sur les doigts d'une main — et la plupart sont soit sous contrat avec des clubs, soit échaudés par ce que leurs prédécesseurs ont vécu.
Antonio Conte ? Trop coûteux, trop indépendant d'esprit pour accepter les contraintes d'une sélection. Massimiliano Allegri ? Son nom circule régulièrement, mais rien ne laisse penser qu'il soit prêt à s'engager dans ce type de mission. Roberto De Zerbi, dont la cote ne cesse de monter en Europe, représente une option plus moderne — mais il vient de prendre les rênes de l'OM et n'est clairement pas disponible.
Le calendrier aggrave tout. Les prochaines échéances de la Ligue des Nations et surtout les qualifications pour la Coupe du Monde 2026 arrivent à grande vitesse. Une transition à la tête de la sélection maintenant, c'est prendre le risque d'une troisième absence consécutive au Mondial — ce qui serait un séisme culturel et économique pour le football italien. Les droits TV, les partenaires commerciaux, l'ensemble de l'écosystème du calcio serait touché.
À en croire des sources proches du dossier, Gattuso aurait néanmoins accepté de prendre quelques jours avant de rendre sa décision définitive. Une fenêtre étroite durant laquelle la Fédération pourrait tenter de le convaincre de rester, en lui offrant davantage de garanties sur la composition du staff et sur la politique de sélection des joueurs. Car c'est là, semble-t-il, que le bât blesse : Gattuso voudrait plus de marge de manœuvre, moins d'interférences.
La semaine qui vient sera décisive. Soit Gattuso se ressaisit, reçoit les garanties qu'il demande et repart au combat avec la conviction que quelque chose peut changer. Soit il confirme son départ et l'Italie entre dans une nouvelle période de chaos institutionnel. Dans les deux cas, une chose est certaine : le football italien est à un carrefour. Et les décisions prises dans les prochains jours dessineront les contours de la Nazionale pour les quatre prochaines années.