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Buffon claque la porte - la Squadra Azzurra perd son âme

Par Antoine Moreau··5 min de lecture·Source: Footmercato

Après Gravina, Buffon démissionne de ses fonctions au sein de la fédération italienne. Un séisme institutionnel qui interroge l'avenir du football transalpin.

Buffon claque la porte - la Squadra Azzurra perd son âme

Il avait arrêté de jouer en 2023, après avoir tout gagné, tout vécu, tout encaissé. Gianluigi Buffon avait choisi de rester dans le football par la grande porte — non plus entre les poteaux, mais dans les couloirs feutrés de la fédération italienne, la FIGC. C'était, disait-on, la transmission d'un héritage, le passage de relais d'une légende vivante à une institution en quête de sens. Sauf que cette institution vient de perdre, en l'espace de quelques jours, ses deux figures les plus emblématiques. Après le président Gabriele Gravina, c'est Gianluigi Buffon lui-même qui a annoncé sa démission. Le navire fédéral prend l'eau, et cette fois, personne ne plonge pour le sauver.

Quand les capitaines abandonnent le navire ensemble

Les crises institutionnelles dans le football ont souvent ce visage-là : une démission entraîne une autre, le vide attire le vide. On se souvient de la débâcle de la Fédération espagnole après l'affaire Luis Rubiales en 2023, ou du chaos argentin des années 1990 où les présidents se succédaient comme des entraîneurs de bas de tableau. L'Italie, elle, a une tradition particulière dans l'art du désastre organisé. La non-qualification pour la Coupe du monde 2018 avait déjà provoqué une onde de choc durable. La répétition du traumatisme en 2022 n'a rien arrangé.

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Gravina avait tenu bon malgré les appels à sa démission répétés. Il avait survécu aux pressions, aux crises internes, aux résultats catastrophiques d'une Nazionale incapable de se qualifier pour deux Mondial consécutifs — une première dans l'histoire du pays qui a remporté quatre titres mondiaux. Sa démission, quand elle est finalement venue, avait tout d'un aveu d'échec. Celle de Buffon, dans la foulée, ressemble davantage à un refus. Le refus de cautionner ce qui suit. Le refus de rester dans un bateau qui ne sait plus où il va.

Buffon avait rejoint la structure fédérale avec le titre de chef de la délégation de la Nazionale. Un rôle symbolique autant que fonctionnel — il était le visage, la mémoire, la continuité. 171 sélections en équipe nationale, un Mondial 2006 soulevé à Berlin, une carrière qui a traversé quatre décennies de football européen. On ne recrute pas ce genre de profil pour ses compétences en logistique. On le recrute pour ce qu'il représente. Et c'est précisément cette dimension symbolique qui rend sa démission si lourde de sens.

La Nazionale, miroir brisé d'un football en crise profonde

Le football italien souffre d'un mal plus profond que quelques mauvais résultats. La Serie A a longtemps été le championnat de référence mondial — dans les années 1990, elle concentrait les meilleurs joueurs de la planète, de Ronaldo à Zidane en passant par Ronaldo le Brésilien, Batistuta, Shevchenko. Aujourd'hui, elle est distancée sportivement et financièrement par la Premier League, talonnée par la Liga et la Bundesliga, et peine à retenir ses propres talents. Les clubs italiens ont investi moins de 800 millions d'euros sur le marché des transferts en 2024, quand les clubs anglais dépassaient les trois milliards.

Ce décrochage économique a une conséquence directe sur la formation et l'éclosion des talents. Les jeunes Italiens jouent moins. Les équipes de jeunes nationales peinent à rivaliser avec leurs homologues espagnoles ou françaises. La Nazionale, autrefois machine à produire des défenseurs d'exception et des milieux de terrain intelligents, tourne désormais à vide. L'Euro 2020 remporté face à l'Angleterre aux tirs au but avait masqué ces fissures — Roberto Mancini avait construit une équipe compétitive sur des bases tactiques solides, mais sans vraie profondeur de banc, sans génération derrière.

Mancini lui-même était parti en 2023, de façon fracassante, pour rejoindre l'Arabie Saoudite et sa sélection nationale. Un autre départ qui avait fait l'effet d'une gifle. Luciano Spalletti avait pris le relais, et l'Euro 2024 en Allemagne avait tourné au fiasco, avec une élimination en quarts de finale face à la Suisse — la Suisse — sur un score sans appel. La grogne était montée d'un cran supplémentaire.

Dans ce contexte, le départ de Buffon n'est pas anodin. Il signifie que même les plus attachés à cette institution, même ceux qui auraient pu servir de phare dans la tempête, n'y croient plus. Ou ne veulent plus servir de caution symbolique à un système qui dysfonctionne.

Qui pour reconstruire, et sur quelle fondation ?

La question qui se pose maintenant à la fédération italienne est brutale dans sa simplicité : qui prend le relais, et avec quelle vision ? Les candidats potentiels à la présidence sont déjà en embuscade, les noms circulent, les lobbys s'activent. Le football italien n'a jamais été avare en figures qui veulent le sauver — et en décideurs qui finissent par l'enfoncer un peu plus.

Ce qui manque au football transalpin, c'est moins un président charismatique qu'une réforme structurelle en profondeur : refonte du calendrier des championnats de jeunes, meilleure coordination entre clubs et sélection, revalorisation du temps de jeu accordé aux joueurs italiens en Serie A. Des chantiers énormes, ingrats, qui demandent du temps et une stabilité politique que la fédération semble incapable de produire en ce moment.

Buffon avait dit un jour que le football lui avait tout appris sur la défaite. Il connaît mieux que quiconque la différence entre un match qu'on peut encore retourner et un match plié. Sa démission ressemble à ce moment — celui où un gardien légendaire lève les bras, non par capitulation, mais par lucidité. La balle est maintenant dans le camp de ceux qui décideront de l'avenir de la Nazionale. Ils ont tout à prouver, et très peu de crédit pour le faire.

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