Après l'élimination des Azzurri du Mondial 2026, le président de la FIGC Gabriele Gravina a jeté l'éponge. Deuxième fiasco consécutif en qualif' pour la Squadra Azzurra.
Deux fois de suite. L'Italie, quatre fois championne du monde, rate une deuxième qualification consécutive pour la Coupe du Monde. Après la catastrophe de 2018 face à la Suède, le football transalpin vient de s'offrir une deuxième humiliation planétaire, éliminé dans les qualifications pour le Mondial 2026. Et cette fois, la tête est tombée. Celle de Gabriele Gravina, président de la Federazione Italiana Giuoco Calcio, qui a annoncé sa démission après des jours de pression intense. Une chute logique. Inévitable, même.
Qu'est-ce qui a précipité la chute de Gravina ?
Tout s'est accéléré après le match en Bosnie-Herzégovine. L'Italie ne prend pas le résultat qu'il lui faut, et voilà la Squadra Azzurra dehors. Mais ce qui a mis le feu aux poudres, ce ne sont pas les buts encaissés — c'est la bouche de Gravina. Ses déclarations d'après-match ont provoqué un tollé immédiat dans la péninsule. Maladroites, à contretemps, perçues comme déconnectées de la réalité d'un vestiaire et d'une nation en état de choc, elles ont transformé une colère sportive en crise institutionnelle.
Le football italien n'avait déjà pas digéré 2018. Cette génération-là, celle de Gianluigi Buffon en larmes sur la pelouse de San Siro, avait au moins l'excuse d'une transition générationnelle douloureuse. Mais là ? L'Italie avait remporté l'Euro 2021, Roberto Mancini avait semblé rebâtir quelque chose de solide. Et pourtant. Le successeur de Mancini, Luciano Spalletti, n'aura pas réussi à transformer l'essai. Deux ans après le sacre continental, les Azzurri regarderont le Mondial 2026 à la télévision.
Gravina, lui, était en poste depuis 2018. Il avait survécu à la première catastrophe. Il ne survivra pas à la seconde. Sous le feu des critiques des clubs, des anciens joueurs, et d'une presse italienne déchaînée, il a finalement rendu les clés. Sept ans à la tête de la fédération, pour finir sur cette image-là.
Peut-on vraiment mettre ça sur le dos d'un seul homme ?
Soyons honnêtes : Gravina n'a pas raté un penalty. Il n'a pas manqué un contrôle dans la surface. Le président d'une fédération ne fait pas les matchs, et réduire l'échec de tout un système à une seule démission serait trop commode. Le problème du football italien est structurel, profond, et il dure depuis bien plus longtemps que le mandat d'un dirigeant.
La Serie A produit de moins en moins de joueurs italiens capables de peser au plus haut niveau. Les clubs investissent massivement sur des étrangers — moins de 30 % des joueurs évoluant en Serie A sont italiens, un chiffre qui illustre l'asphyxie du vivier national. Les centres de formation, autrefois parmi les meilleurs d'Europe, ont perdu leur aura. Et pendant ce temps, des nations comme la France, l'Angleterre ou même le Portugal ont structuré des filières de détection et de formation qui portent leurs fruits sur la durée.
Reste que le rôle d'un président de fédération, c'est précisément d'anticiper ces dynamiques, de peser sur les décisions stratégiques, d'assumer la responsabilité politique quand le système déraille. Sur ce plan, Gravina n'a pas su imposer les réformes nécessaires. Et ses sorties médiatiques post-Bosnie ont achevé de convaincre tout le monde qu'il n'était plus l'homme de la situation — si tant est qu'il l'ait jamais été depuis l'Euro 2021.
Qui peut reconstruire la Squadra Azzurra sur des bases saines ?
La question est posée avec urgence à Rome. La FIGC doit désormais trouver un nouveau président, redéfinir un projet sportif cohérent, et surtout redonner une direction à une sélection nationale qui semble avoir perdu le fil de son identité. Luciano Spalletti, lui, est dans une position délicate. Restera-t-il ? Sera-t-il poussé vers la sortie avec l'arrivée d'une nouvelle direction ? Les prochaines semaines seront décisives.
Sur le banc, les noms circulent déjà. Antonio Conte, libre et jamais très loin des grandes causes nationales, pourrait être tenté par un défi de reconstruction. Mais Conte a ses exigences, ses conditions, et surtout sa façon de travailler qui nécessite un projet clair et des garanties institutionnelles solides. Sans stabilité en haut, difficile d'imaginer un grand entraîneur s'engager.
Du côté des joueurs, le talent existe — Sandro Tonali, Federico Chiesa quand il est en forme, Nicolò Barella au sommet de son art. Barella tourne à plus de 8 kilomètres parcourus par match en Serie A cette saison, symbole d'un joueur qui donne tout. Mais le talent individuel ne fait pas un collectif, et c'est bien là le nœud du problème : l'Italie n'a pas réussi à construire un bloc, une identité de jeu reconnaissable, un ADN tactique transmissible d'une génération à l'autre.
Le modèle espagnol, celui qui a accouché de la génération Xavi-Iniesta puis des talents de La Masia jusqu'à Pedri et Gavi, devrait faire réfléchir les dirigeants italiens. Construire prend du temps. Mais ne pas construire, ça coûte encore plus cher — en termes d'image, de résultats, et désormais, de têtes.
La démission de Gabriele Gravina est un signal. Pas une solution. Le vrai chantier commence maintenant, dans les couloirs de la FIGC, dans les centres de formation du nord au sud de la Botte. L'Italie a raté deux Mondiaux de suite — un fait inédit dans son histoire récente. Si les prochains dirigeants ne tirent pas les bonnes leçons de ce double naufrage, le troisième ne sera qu'une question de temps.