Sortie par la Bosnie aux tirs au but, l'Italie rate une deuxième Coupe du Monde consécutive. Le président de la fédération brise le silence sur l'avenir de Gattuso.
Deux Coupes du Monde de suite. L'Italie, quadruple championne du monde, ne sera pas aux États-Unis en 2026. Éliminée par la Bosnie-Herzégovine aux tirs au but lors du barrage de qualification — score nul 1-1 après prolongation, puis défaite 4-1 à la séance —, la Nazionale s'enfonce dans une crise structurelle dont elle peine à trouver le fond. Et le président de la Fédération italienne de football, Gabriele Gravina, a pris la parole. Ses mots, selon nos informations, ont résonné bien au-delà des frontières transalpines.
Une catastrophe nationale qui dépasse le simple résultat sportif
Il y a quelque chose d'irréel dans cette élimination. En 2018, l'Italie avait déjà manqué la Coupe du Monde en Russie — une première depuis 1958 — et le choc avait provoqué une refonte complète du système. Roberto Mancini avait été nommé pour reconstruire, avait remporté l'Euro 2020, puis était parti en 2023 pour rejoindre l'Arabie Saoudite dans des conditions jugées brutales par une grande partie de la fédération. Luciano Spalletti avait pris la relève, sans convaincre. Et désormais, c'est Gennaro Gattuso qui se retrouve dans l'œil du cyclone.
Nommé sélectionneur dans un contexte de turbulences, l'ancien milieu de terrain du Milan AC et de la Nazionale n'a pas réussi à stabiliser un groupe qui manque de leaders, de profondeur de banc et, surtout, de compétiteurs capables de performer sous pression. Un penalty raté, une séance de tirs au but catastrophique : 4 à 1 en faveur de la Bosnie. Les chiffres sont sans appel.
Gabriele Gravina, à en croire l'entourage de la fédération, aurait refusé de prendre une décision précipitée. Lors d'une prise de parole publique dans les heures suivant l'élimination, il a évoqué la nécessité d'une «analyse sereine et approfondie» avant tout choix concernant le staff technique. Traduction : Gattuso n'est pas automatiquement viré, mais sa position est fragilisée au point de se demander sur quelles bases elle pourrait encore tenir.
Ce qui rend cette situation particulièrement grave, c'est le contexte générationnel. L'Italie n'a pas produit de véritable renouveau depuis les grandes années Pirlo-Buffon-Cannavaro. Les talents existent — Sandro Tonali, suspendu, Federico Chiesa, revenant de blessure, Mateo Retegui en construction — mais la mécanique collective n'existe pas. Deux absences mondiales en huit ans, c'est le signal d'un dysfonctionnement qui va bien au-delà d'un sélectionneur.
- 1-1 : score à l'issue des prolongations face à la Bosnie-Herzégovine
- 4-1 : résultat de la séance de tirs au but, en défaveur de l'Italie
- 2e : deuxième Coupe du Monde consécutive manquée par la Nazionale (après 2018)
- 1958 : dernière fois avant 2018 que l'Italie avait raté un Mondial
Gattuso sur le siège éjectable, la fédération face à un choix historique
Reste la question centrale : que fait-on de Gattuso ? L'homme est respecté dans le football européen pour sa personnalité, sa combativité, son travail en club — Naples, Milan, des passages contrastés à Valence et à Marseille. Mais le poste de sélectionneur est un autre métier. Et en Italie, l'opinion publique n'est pas patiente, surtout après un tel humiliation.
Selon nos informations, plusieurs noms circulaient déjà en coulisses avant même le coup de sifflet final du match contre la Bosnie. Claudio Ranieri, qui vient de boucler sa dernière saison sur le banc de l'AS Roma, est évoqué comme une option de transition crédible. Antonio Conte, libre depuis son départ de Naples en 2024, représente le profil maximaliste : un entraîneur de rang mondial, qui a déjà prouvé sa capacité à galvaniser des groupes en difficulté. Mais Conte a ses exigences — en termes de mercato, de projet, de moyens — et la fédération italienne n'est pas réputée pour sa générosité ni sa patience.
La vraie question que pose cette élimination est plus profonde. L'Italie a-t-elle les structures pour reformer durablement sa sélection ? Les clubs de Serie A souffrent économiquement depuis des années. La formation, longtemps fierté du football transalpin, s'est effilochée. Les meilleurs jeunes italiens jouent souvent en dehors de leur pays — Tonali à Newcastle, Frattesi à l'Inter, Chiesa maintenant à Liverpool. Il manque une colonne vertébrale de joueurs évoluant au plus haut niveau et capables d'emmener un groupe en compétition internationale.
Gravina, qui brigue la présidence de l'UEFA à plus long terme, sait que son bilan à la tête de la FIGC sera jugé à l'aune de ces deux absences mondiales consécutives. L'Euro 2020 remporté sous Mancini reste la grande parenthèse lumineuse d'une décennie autrement morose. Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, remporter un championnat d'Europe ne garantit pas la compétitivité en phase de qualification — deux formats radicalement différents.
À en croire plusieurs observateurs proches de la fédération, une décision sur le poste de sélectionneur pourrait intervenir dans les prochaines semaines, avant la reprise des compétitions UEFA Nations League. Un maintien de Gattuso avec des garanties renforcées, ou un départ négocié : les deux scénarios sont sur la table. Ce qui est certain, c'est que l'Italie ne peut plus se permettre une troisième absence mondiale en 2030. À ce stade, ce ne serait plus une crise — ce serait une agonie.