Avant un déplacement périlleux en Bosnie-Herzégovine, Gattuso et Donnarumma ont tiré la sonnette d'alarme. La Squadra Azzurra joue gros sur la route du Mondial 2026.
« La pression est importante. » Gennaro Gattuso n'a pas cherché à enjoliver la situation. Le sélectionneur de l'Italie a dit la vérité, brutalement, comme il a toujours su le faire en tant que joueur sur les pelouses de Serie A et de Ligue des champions. Avant d'affronter la Bosnie-Herzégovine dans le cadre des qualifications pour la Coupe du Monde 2026, la Squadra Azzurra marche sur des œufs. Et tout le monde en est conscient, du vestiaire jusqu'au sélectionneur.
Un rendez-vous en Bosnie qui ressemble Ă un ultimatum pour la Squadra Azzurra
On ne peut pas comprendre l'urgence du moment sans se souvenir de ce qui s'est passé il y a quelques années. L'Italie, double championne du monde, pays de football par excellence, éliminée à deux reprises consécutives lors des barrages de qualification — en 2018 et en 2022. Une humiliation nationale, une blessure encore ouverte dans la mémoire collective transalpine. Alors quand Gattuso prend les rênes de la sélection avec cet héritage sur les épaules, chaque match compte double, chaque faux pas résonne comme une catastrophe.
Le déplacement en Bosnie-Herzégovine n'est pas un match anodin. C'est potentiellement un tournant dans le groupe de qualification. Perdre des points ici, dans un stade hostile, face à une équipe bosnienne qui n'a rien à perdre, ce serait rouvrir une plaie que tout un pays essaie désespérément de refermer. Gattuso le sait. Et il ne fait pas semblant de ne pas le savoir.
Gianluigi Donnarumma, lui, a pris le relais. Le portier du Paris Saint-Germain, capitaine et visage de cette génération italienne, a choisi les mots de la responsabilité. Pas la fanfaronnade, pas la langue de bois habituelle des conférences de presse. Donnarumma a reconnu publiquement la fragilité du moment, ce qui, de la part d'un joueur de son statut, est tout sauf anodin. À 26 ans, il est déjà le gardien le plus capé de sa génération, avec plus de 60 sélections au compteur. Il sait ce que signifie porter ce maillot bleu, et il sait surtout ce que coûte une élimination de Coupe du Monde pour un pays comme l'Italie.
Sur le plan statistique, la situation est préoccupante sans être catastrophique — c'est précisément là que réside le danger. Une équipe qui serait clairement éliminée n'aurait rien à perdre. Mais l'Italie, elle, est dans cette zone grise où chaque point perdu alimente les doutes, et chaque victoire ne fait que repousser temporairement l'angoisse. Le groupe de qualification reste serré, et un revers en Bosnie-Herzégovine pourrait remettre en question la position italienne avec plusieurs journées encore à jouer.
- 2 éliminations consécutives en barrages de Coupe du Monde pour l'Italie (2018, 2022)
- Plus de 60 sélections pour Gianluigi Donnarumma, capitaine incontesté de la Squadra Azzurra
- La Bosnie-Herzégovine, adversaire imprévisible sur ses terres, n'a jamais participé à une phase finale de Coupe du Monde
- Un résultat négatif plongerait l'Italie dans une position délicate avec plusieurs journées de qualification restantes
Gattuso face à son plus grand défi : reconstruire une identité et gagner en même temps
Prendre la sélection italienne dans ce contexte, c'est accepter de jouer avec le feu dès le premier jour. Gennaro Gattuso n'est pas un idéaliste — c'est un homme de football pragmatique, taillé dans la roche, qui a gagné la Ligue des champions avec le Milan AC en 2003 et en 2007 et porté le maillot de la Nazionale pendant plus d'une décennie. Il comprend mieux que quiconque ce que représente cette équipe pour les Italiens.
Mais diriger une sélection nationale, c'est un autre métier. On ne peut pas construire une équipe semaine après semaine comme dans un club. Les internationaux arrivent, repartent, s'intègrent dans des systèmes tactiques différents toute l'année, et il faut recréer une cohérence en quelques jours de rassemblement. Gattuso travaille avec ce matériau-là . Et pour l'instant, la pression extérieure — médias italiens en embuscade, supporters qui n'ont pas oublié les deux catastrophes mondiales — ne facilite pas la tâche.
La question que personne ne pose vraiment mais que tout le monde se pose : est-ce que ce groupe de joueurs a la solidité mentale pour supporter le poids d'une troisième élimination ? Donnarumma, Federico Chiesa, Nicolò Barella — ces joueurs évoluent au plus haut niveau européen chaque semaine, ils ont la qualité. Mais la qualité individuelle ne suffit pas quand le collectif vacille et quand le spectre des échecs précédents plane au-dessus du vestiaire.
Gattuso a choisi la transparence. En admettant publiquement que « la pression est importante », il ne montre pas une faiblesse — il montre qu'il comprend la réalité et qu'il n'entend pas fuir ses responsabilités. C'est une posture de leader. Reste à savoir si ses joueurs seront capables de transformer cette lucidité collective en performance sur le terrain bosniaque.
Le vrai test commence maintenant. Une victoire en Bosnie-Herzégovine ne résoudra pas tous les problèmes de la Squadra Azzurra, mais elle enverrait un signal fort : cette équipe a appris de ses traumatismes. Un faux pas, en revanche, relancerait immédiatement le débat sur le projet Gattuso, sur les choix de joueurs, sur la capacité de l'Italie à se qualifier pour un Mondial après des années de disette. Le football italien n'a pas le droit à l'erreur. Et Gattuso, qui n'a jamais eu peur du combat, en est parfaitement conscient. La route vers la Coupe du Monde 2026 passe par Sarajevo. Toute une nation regarde.