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Racisme en tribunes - le père de Yamal brise le silence

Par Antoine Moreau··4 min de lecture·Source: Footmercato

Des chants islamophobes lors d'Espagne-Égypte ont poussé la famille de Lamine Yamal à réagir publiquement. Une affaire qui dépasse le simple incident de tribune.

Racisme en tribunes - le père de Yamal brise le silence

«Celui qui ne saute pas est musulman.» Ces mots ont résonné dans les tribunes pendant le match nul entre l'Espagne et l'Égypte (0-0) disputé ce mardi soir. Pas besoin de chercher longtemps l'interprétation : c'est de l'islamophobie, à peine déguisée, dans un stade où évoluait Lamine Yamal. Et cette fois, la famille du prodige barcelonais n'a pas encaissé en silence.

Mounir Nasraoui prend la parole, et ce qu'il dit compte

Le père de Lamine Yamal, Mounir Nasraoui, a publiquement exprimé son écœurement face à ces chants qui ont circulé dans les tribunes lors de cette rencontre amicale. Selon nos informations, sa sortie a immédiatement provoqué un torrent de réactions sur les réseaux sociaux, partagée des milliers de fois en quelques heures. Ce n'est pas un inconnu qui s'exprime — c'est le père d'un gamin de 17 ans qui porte déjà le numéro 10 de la Roja sur le dos, un joueur sacré champion d'Europe avec l'Espagne lors de l'Euro 2024 et qui enchaîne les performances stratosphériques avec le FC Barcelone.

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Ce qui rend la situation particulièrement lourde, c'est le contexte. Lamine Yamal, né à Esplugues de Llobregat d'un père marocain et d'une mère équato-guinéenne, est devenu en quelques mois le visage de toute une génération, celui qu'on met en couverture, celui qu'on compare à Lionel Messi. Et pendant ce temps, des supporters scandent des slogans qui, dans un autre cadre juridique, relèveraient directement du tribunal. La contradiction est saisissante.

À en croire l'entourage du joueur, Lamine Yamal lui-même a été touché par l'incident. Un joueur qui se donne à 100% sous le maillot de sa sélection nationale et qui se retrouve confronté à ce type de chants dans un stade censé l'accueillir comme un héros — le symbole est dévastateur.

  • Lamine Yamal : 17 ans, plus jeune buteur de l'histoire de l'Euro, lors de la demi-finale contre la France à l'Euro 2024
  • Espagne-Égypte s'est terminé 0-0, un résultat anecdotique au regard de ce qui a dominé l'après-match
  • En 2023, l'UEFA a infligé plus de 60 sanctions disciplinaires liées à des comportements racistes dans ses compétitions
  • Le chant «celui qui ne saute pas est...» est un dérivé islamophobe d'un format tristement répandu dans les stades européens

Une banalisation qui interroge les instances et la société du foot

Le problème n'est pas nouveau. Ces chants, sous différentes formes, ont déjà été entendus en Liga, en Serie A, dans des stades de Bundesliga. Mais quand ils surgissent lors d'un match international, dans un contexte de préparation ou d'amical, avec des caméras braquées et des milliers de spectateurs présents, ils révèlent quelque chose de plus profond : la normalisation rampante de l'islamophobie dans les enceintes sportives.

La fédération espagnole de football, la RFEF, n'a pas encore communiqué officiellement sur l'incident au moment où ces lignes sont écrites. Silence qui, en lui-même, dit beaucoup. Quand un joueur comme Vinícius Jr dénonce le racisme en Liga depuis des années — avec procès, condamnations, et soutien tardif des institutions — on mesure à quel point le chemin reste long pour que les clubs et fédérations traitent ces sujets avec la réactivité qu'ils méritent.

Selon nos informations, plusieurs associations antiracistes ont d'ores et déjà saisi l'affaire pour examiner les suites légales possibles. Car en Espagne, les discours haineux dans les stades sont théoriquement couverts par la loi sur les crimes de haine — mais les poursuites effectives restent rarissimes. Entre 2018 et 2023, moins d'une dizaine de dossiers liés à du racisme dans les stades espagnols ont débouché sur une condamnation réelle. Un chiffre qui illustre l'écart béant entre la législation et son application.

Ce qui change peut-être cette fois, c'est le profil de la victime. Lamine Yamal n'est pas un joueur ordinaire. À 17 ans, il génère déjà plus de 50 millions d'euros annuels en valeur marketing pour le FC Barcelone, d'après plusieurs estimations du secteur. Il est la coqueluche des sponsors, l'icône de la nouvelle génération, le joueur dont tout le monde veut un morceau. Difficile, dans ce contexte, pour les instances de rester muettes trop longtemps sans que cela ne leur coûte quelque chose — en image, en crédibilité, voire en partenariats commerciaux.

La pression ne viendra peut-être pas des tribunaux. Elle viendra des marques. Et ça, les fédérations le comprennent mieux que n'importe quel discours moral.

Reste une question centrale, que le football européen reporte depuis trop longtemps : jusqu'où faudra-t-il aller avant que les sanctions soient réellement dissuasives ? Matchs à huis clos, retraits de points, amendes massives — les outils existent. La volonté, elle, se fait attendre. La sortie du père de Lamine Yamal a au moins le mérite de remettre ce débat sur la table, violemment et nécessairement, au cœur de l'actualité footballistique.

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