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Nasri et le fisc, les avocats contre-attaquent

Par Antoine Moreau··5 min de lecture·Source: Footmercato

Après la révélation des Échos sur un rattrapage fiscal de 5,5 M€, le clan Nasri sort du silence et conteste fermement les chiffres avancés.

Nasri et le fisc, les avocats contre-attaquent

5,5 millions d'euros. Le chiffre lâché par Les Échos a fait l'effet d'une bombe dans le microcosme du football français. Samir Nasri, ancien international tricolore aux 41 sélections et ex-star de l'Olympique de Marseille, de Arsenal ou encore de Manchester City, se retrouvait soudainement au cœur d'une affaire de redressement fiscal susceptible de ternir durablement son image, déjà écornée par quelques épisodes agités en fin de carrière. Sauf que le clan Nasri, lui, n'entend pas laisser cette version des faits s'installer sans répondre.

Le démenti des avocats, une contre-offensive méthodique

Me Jean-Noël Sanchez n'a pas mâché ses mots. L'avocat de Samir Nasri a pris position publiquement pour contester, point par point, les informations publiées par Les Échos. Pas question, pour la défense, de laisser prospérer ce qu'elle considère comme une présentation erronée — voire délibérément gonflée — d'un dossier fiscal dont la réalité serait bien différente de celle décrite dans la presse économique.

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Ce type de sortie médiatique coordonnée d'un cabinet juridique est rare. On ne monte pas au créneau sans raison dans ce monde-là. Cela traduit une conviction : les chiffres avancés sont faux, ou du moins suffisamment contestables pour justifier un droit de réponse en bonne et due forme. La somme de 5,5 M€ est formellement démentie par la défense, qui estime que la réalité du litige avec l'administration fiscale française est d'une tout autre nature, et d'une tout autre ampleur.

On touche ici à quelque chose de structurel dans le sport professionnel français. Les carrières des footballeurs de haut niveau, notamment celles qui se déploient sur plusieurs pays en l'espace de quelques années, génèrent une complexité fiscale et juridique que peu de gens imaginent. Nasri a joué à Marseille, Londres, Manchester, Séville, Angers, Chicago, Anderlecht… Autant de pays, autant de régimes fiscaux, autant de risques de frottements avec des administrations qui ne partagent pas toujours la même lecture des conventions bilatérales.

Une carrière, plusieurs pays, un casse-tête administratif permanent

Samir Nasri a quitté l'OM à 17 ans pour rejoindre Arsenal en 2008, avant de signer à Manchester City en 2011 pour environ 25 millions d'euros. Une trajectoire fulgurante, couronnée de deux titres de champion d'Angleterre avec les Citizens. Mais derrière les trophées et les gros salaires — on évoque des émoluments dépassant les 100 000 euros par semaine à son pic — se cache une réalité administrative souvent opaque.

Le cas Nasri n'est pas isolé. Ces dernières années, plusieurs footballeurs français ou évoluant en Ligue 1 ont fait face à des redressements fiscaux liés à la gestion de leurs droits à l'image, à des montages via des sociétés offshore ou à de simples erreurs de déclaration dans un contexte de mobilité extrême. L'administration fiscale française, de son côté, a durci le ton depuis une décennie. Les contrôles sur les sportifs de haut niveau se sont multipliés, et les services fiscaux disposent désormais d'outils de traçabilité bien plus sophistiqués qu'avant.

Ce durcissement est mondial. En Espagne, Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ont tous deux été condamnés pour fraude fiscale. En Italie, la Juventus Turin a fait l'objet de poursuites liées à ses pratiques salariales. Le football professionnel, avec ses flux financiers gigantesques et ses montages contractuels sophistiqués, est devenu une cible prioritaire pour les administrations fiscales européennes. En France, le fisc a récupéré plus de 30 millions d'euros auprès de sportifs professionnels au cours des cinq dernières années, selon des chiffres évoqués par des sources proches des milieux judiciaires.

Reste que dans le cas Nasri, rien ne permet à ce stade de valider les chiffres des Échos. Et la défense le martèle : toute extrapolation est prématurée.

Ce que cette affaire dit du rapport entre sport et argent public

Au-delà du cas personnel de Samir Nasri, cette affaire soulève une question que le sport business français continue d'esquiver. Comment encadrer, de manière cohérente et équitable, la fiscalité de sportifs dont les revenus explosent sur des périodes très courtes, dans des contextes de mobilité internationale permanente ? La question n'est pas anecdotique. Elle touche à la crédibilité du système tout entier.

Le football français, qui peine déjà à rivaliser avec ses voisins espagnol, anglais ou allemand en matière d'attractivité économique, ne peut pas se permettre de faire fuir ses talents avec une pression fiscale perçue comme confiscatoire. Mais il ne peut pas non plus tolérer que des revenus colossaux s'évaporent dans des structures opaques, au détriment de la solidarité nationale. Ce double impératif n'a, à ce jour, jamais vraiment trouvé sa résolution dans les textes.

Samir Nasri, 37 ans, a officiellement mis fin à sa carrière professionnelle en 2022. Il essaie depuis de se construire une reconversion, notamment dans le secteur de l'entraînement et du conseil sportif. Cette affaire, si elle devait se prolonger médiatiquement, ne servirait évidemment pas ce projet. D'où, sans doute, la rapidité et la fermeté de la réponse de son équipe juridique.

La bataille ne fait peut-être que commencer. Les avocats ont posé leurs pions. L'administration fiscale, elle, n'a pas encore répondu publiquement. Et l'issue de ce dossier, qu'il se règle en coulisses ou devant un tribunal, dira beaucoup sur la manière dont la France traite — et parfois malmène — ses anciens héros sportifs quand les projecteurs se détournent et que les chiffres entrent en scène.

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