Bradé après à peine six mois en Catalogne, Vitor Roque empile les buts au Brésil et renvoie Barcelone à ses erreurs de recrutement.
61 millions d'euros potentiels. C'est la somme que Barcelone avait promis de débourser pour s'attacher les services d'un gamin de dix-huit ans présenté comme le futur Ronaldo Fenômeno. Le football aime ses prophéties excessives — surtout quand elles finissent de la pire des façons. Vitor Roque, recruté en janvier 2024 avec tout le cérémonial d'un club convaincu de tenir une pépite, n'a jamais vraiment existé sous le maillot blaugrana. Quelques bouts de matchs, des statistiques invisibles, un prêt expédié vers le Betis Séville et aujourd'hui, un retour au Brésil qui ressemble à une renaissance éclatante. Pendant ce temps, au Camp Nou rebaptisé, Hansi Flick cherche toujours un attaquant capable de faire oublier Robert Lewandowski sur le long terme.
Le naufrage barcelonais, une affaire de contexte et de précipitation
Pour comprendre l'échec catalan, il faut remonter aux conditions de son arrivée. Barcelone avait recruté Vitor Roque en provenance de l'Athletico Paranaense en pleine crise financière structurelle, avec une « levière économique » dégainée comme on fait un chèque en bois. Le timing était déjà problématique. Débarquer dans un vestiaire où Robert Lewandowski régnait encore, où Ferran Torres et Ferran Torres attendaient leur heure, où le projet tactique de Xavi Hernández n'avait pas de place évidente pour un jeune attaquant sudaméricain encore brut, c'était se condamner à l'inexistence institutionnelle. En six mois à Barcelone, Vitor Roque n'a inscrit que cinq buts en vingt-quatre apparitions toutes compétitions confondues, dont une large part en sortie de banc. Pas de quoi justifier l'investissement, encore moins de quoi convaincre un entraîneur sous pression.
Le prêt au Real Betis lors de la saison 2024-2025 n'avait rien arrangé. L'environnement sévillan, pourtant réputé pour sa bienveillance envers les profils techniques sud-américains — on pense à Joaquín, à Denílson, à Edu dans une autre époque —, n'a pas suffi à allumer l'étincelle. Le garçon semblait plombé par une étiquette trop lourde, celle du recrutement raté à prix d'or, cette malédiction qui colle à la peau des joueurs achetés avec trop de tambours et trop peu de réflexion tactique.
Reste une question qui fâche : Barcelone avait-il seulement besoin de lui ? La réponse honnête penche vers le non. Le Barça de cette période achetait encore sur réputation et potentiel, dans une logique de vitrine plutôt que de planification sportive rigoureuse. Vitor Roque en a été la victime collatérale.
Le Brésil comme territoire de la revanche, Roque impose ses conditions
Retourné au pays à l'été 2025, Vitor Roque a signé à Palmeiras — et là, quelque chose s'est déréglé dans le bon sens. Sous les ordres d'Abel Ferreira, le technicien portugais qui a transformé le Verdão en machine continentale, le jeune attaquant retrouve ce qu'il n'avait jamais vraiment eu en Europe : du temps de jeu, de la confiance, un système taillé pour ses qualités. Neuf buts en douze matchs de Brasileirão, des performances qui rappellent soudainement aux observateurs barcelonais pourquoi ils avaient déboursé autant d'argent pour ce profil.
Abel Ferreira n'est pas n'importe qui. L'homme a déjà façonné des joueurs difficiles, a gagné deux Copa Libertadores avec Palmeiras, a transformé des profils erratiques en certitudes collectives. Avec Vitor Roque, il applique la méthode classique des coachs ibériques qui excellent en Amérique du Sud : responsabiliser le joueur, lui donner un rôle précis, ne pas le noyer sous les attentes médiatiques. Le résultat est visible à chaque journée du championnat brésilien.
Ce qui frappe, dans le jeu actuel de Vitor Roque, c'est la maturité des déplacements. À dix-neuf ans, il lit les espaces avec une intelligence qui n'était pas lisible à Barcelone — parce que personne ne lui donnait le temps de l'exprimer. Son taux de conversion atteint 23 % en championnat, un chiffre qui ferait rougir bon nombre d'attaquants européens engagés dans des championnats réputés plus relevés. Et puis il y a cette capacité à peser sur les défenses, à jouer dos au but, à combiner avec les milieux — autant d'automatismes qui se construisent dans la durée, pas en quelques semaines de temps de jeu parcellaire.
- 31 M€ payés comptants par Barcelone à l'Athletico Paranaense en janvier 2024
- 30 M€ de bonus potentiels prévus dans le contrat initial
- 5 buts seulement inscrits en 24 matchs sous le maillot barcelonais
- 9 buts en 12 matchs depuis son retour à Palmeiras en Brasileirão 2025
Ce qui rend l'affaire piquante pour Barcelone, c'est le timing. Le club catalan peine encore à trouver une solution crédible pour l'avenir du poste d'attaquant de pointe. Robert Lewandowski avance en âge, Lamine Yamal et Raphinha jouent dans d'autres couloirs, et la question du neuf reste entière. Dani Olmo a été acheté pour aider — pas pour être une neuf. La situation aurait pu être différente si Vitor Roque avait bénéficié d'un projet d'intégration sérieux, d'un accompagnement technique digne de ce nom. Il ne l'a pas eu.
L'histoire du football déborde de joueurs que le mauvais club, au mauvais moment, a transformé en erreur de casting. Adriano à l'Inter de la dernière période Moratti, Alexandre Pato à Chelsea, Robinho au Manchester City des premières années Abu Dhabi. Tous avaient le talent. Tous ont manqué le contexte. Vitor Roque n'est pas encore sorti de cette zone grise — un retour en Europe, dans un club mieux structuré, reste le vrai test — mais ce qu'il produit au Brésil depuis quelques semaines constitue la meilleure des réponses à ceux qui avaient enterré trop vite. Barcelone, qui conserve des options contractuelles sur le joueur, suit les statistiques. Et elles ne plaident plus pour l'oubli.