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Hervé Renard reste sélectionneur de l'Arabie Saoudite

Par Antoine Moreau··5 min de lecture·Source: Footmercato

Annoncé partant après des résultats décevants, Hervé Renard conserve finalement son poste à la tête de la sélection saoudienne. Une décision qui surprend.

Hervé Renard reste sélectionneur de l'Arabie Saoudite

Il avait l'air d'un homme sur le départ. Les médias saoudiens bruissaient de rumeurs, les tabloïds du Golfe annonçaient la fin imminente d'une aventure commencée en 2019, et l'on voyait déjà Hervé Renard plier bagages direction une autre sélection, peut-être européenne, peut-être africaine — terrain qu'il connaît mieux que quiconque. Raté. La Fédération saoudienne de football a tranché, et le technicien français reste à son poste. Un feuilleton qui en dit long sur la façon dont le sport-business fonctionne dans la péninsule arabique.

Renard maintenu malgré la pression : une décision qui ne surprend qu'à moitié

La trêve internationale avait alimenté toutes les spéculations. Les résultats récents de l'équipe nationale saoudienne — loin de l'euphorie provoquée par la victoire historique face à l'Argentine lors du Mondial qatari en novembre 2022 — avaient ouvert des brèches dans la confiance placée en Renard. Ce fameux 2-1 contre la Albiceleste, considéré à l'époque comme l'un des plus grands exploits de l'histoire de la Coupe du monde, avait propulsé le sélectionneur français au rang de héros national. Mais dans le football, la mémoire collective est courte, et les attentes, elles, ne font que croître.

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Pourtant, la fédération a choisi la continuité. Pas par conviction romantique, plutôt par calcul. L'Arabie Saoudite accueillera la Coupe du monde 2034, et il serait pour le moins désastreux, sur le plan de l'image, de se présenter à cette échéance avec une équipe nationale en plein chaos institutionnel. Renard, lui, incarne une forme de stabilité — paradoxalement pour quelqu'un qu'on annonçait dehors il y a encore quelques jours.

Le sélectionneur français dispose d'un capital symbolique considérable dans le monde arabe. Deux Coupes d'Afrique des Nations gagnées, avec la Zambie en 2012 et la Côte d'Ivoire en 2015, plus une troisième avec le Maroc en 2013 — soit trois titres continentaux avec trois nations différentes, une performance qu'aucun autre technicien n'a réussi dans l'histoire du football africain. Ce palmarès impose le respect, même quand les résultats récents vacillent.

Un homme qui a toujours su naviguer dans les eaux troubles du football international

Hervé Renard a construit sa carrière sur une aptitude rare : celle de prendre en main des sélections considérées comme des outsiders et d'en faire des équipes capables de bousculer l'ordre établi. Il y a quelque chose de Didier Deschamps dans cette façon de préférer l'organisation collective au génie individuel, cette science du groupe qui transforme onze joueurs corrects en un collectif difficile à manœuvrer.

Son passage en Arabie Saoudite n'a jamais été un long fleuve tranquille. Il a pris en main une sélection en reconstruction, avec pour mission d'asseoir sa crédibilité sur la scène asiatique tout en préparant l'opinion à l'idée que le pays peut, un jour, tenir son rang dans une compétition mondiale qu'il organisera. Mission délicate, à mi-chemin entre le projet sportif et la vitrine diplomatique.

Car soyons clairs : le football saoudien est devenu une affaire d'État depuis que le Royaume a décidé de faire du sport l'un des piliers de sa stratégie de soft power. Le recrutement massif de stars vieillissantes dans la Saudi Pro League — Cristiano Ronaldo, Karim Benzema, Neymar — n'est pas étranger à cette ambition plus large. Dans ce contexte, le maintien de Renard s'inscrit dans une logique de cohérence : on ne change pas une direction sportive au moment où l'on essaie de convaincre le monde entier que le projet est solide.

Reste que les résultats des qualifications pour la Coupe du monde 2026 seront scrutés à la loupe. L'Arabie Saoudite évolue dans un groupe relevé de la zone asiatique, et chaque point perdu sera désormais commenté à l'aune de cette décision de maintien. Renard le sait. Il a l'habitude de travailler sous pression.

2034 en ligne de mire, et un pari sportif qui reste entier

La vraie question n'est pas de savoir si Renard méritait de rester ou de partir. Elle est ailleurs : l'Arabie Saoudite peut-elle construire une équipe nationale compétitive à domicile en moins de dix ans ? L'histoire offre des précédents mitigés. Le Japon en 2002, la Corée du Sud cette même année avec son parcours jusqu'en demi-finales — mais aussi l'Afrique du Sud en 2010, premier pays organisateur éliminé dès la phase de poules. Le prestige de l'organisation ne garantit rien sur le terrain.

Pour que 2034 ne ressemble pas à un cauchemar sportif pour les Saoudiens, il faudra bien plus qu'un maintien de façade. Il faudra des résultats, de la cohérence dans les choix tactiques, et surtout, un vrai développement des jeunes joueurs locaux qui ne soit pas éclipsé par l'arrivée permanente de stars étrangères dans le championnat domestique. C'est là le vrai paradoxe du modèle saoudien : à force d'importer du talent, on risque d'étouffer le talent domestique.

Renard, lui, a prouvé par le passé qu'il sait travailler avec des effectifs limités. Sa méthode — pressing haut, organisation défensive rigoureuse, transitions rapides — a fait ses preuves sur plusieurs continents. Mais le contexte saoudien reste unique, mélange d'ambitions dévorantes et de fragilités structurelles qu'aucune chimie d'équipe ne peut masquer indéfiniment.

Son maintien achète du temps. Combien ? Difficile à dire. Dans le football du Golfe, les retournements de situation se produisent à la vitesse des décisions prises dans des bureaux climatisés, loin des pelouses et des vestiaires. La Coupe du monde 2026 — à laquelle l'Arabie Saoudite devra se qualifier — donnera une première réponse. Et si la réponse est mauvaise, nul doute que les rumeurs d'un départ de Renard reprendront, avec encore plus d'intensité. En attendant, le homme au chemise blanche immaculée reste en poste. Pour l'instant.

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