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Le sport français se réveille enfin, mais il faut aller plus loin

Par Antoine Moreau··5 min de lecture·Source: Sport Business Mag

Paris 2024 a donné un coup de boost au sport tricolore avec Marchand et la boxe. Mais cette euphorie masque une réalité : nous construisons des champions au lieu de construire une culture sportive.

Le moment où la France a cru au sport

L'image est restée gravée. Léon Marchand émergent de la piscine de La Défense, deux médailles d'or en poche, la France entière le portant en triomphe. Le 1er août 2024, quelque chose s'est passé qui dépasse largement la simple performance athlétique. Ce n'était pas juste un nageur dominant ses concurrents - c'était un symbole. La preuve que oui, nous pouvions encore produire des champions mondiaux.

Sofiane Oumiha en boxe, avec sa médaille assurée aux demi-finales des -63,5 kg. Wassila Lkhadiri aux -50 kg femmes. Titouan Castryck en kayak monoplace. Les chiffres étaient là, les résultats étaient concrets, Le Figaro pouvait titrer sans exagérer. Mais voilà le problème que personne n'ose vraiment énoncer : ce que nous avons célébré en août, c'est d'abord un accident de parcours positif, pas une stratégie.

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Pourquoi nous confondons l'événement avec la construction

Regardez le MMA. Depuis la légalisation en 2020, la discipline a connu une explosion : 60 000 licenciés aujourd'hui en France, une accélération majeure en 2024, et surtout cet événement UFC à l'Accor Arena le 3 septembre 2022 qui a signé l'arrivée pour de bon du combat libre dans l'Hexagone. Ce n'est pas un accident. C'est une discipline qui s'est structurée, des fédérations qui se sont organisées, des clubs qui ont poussé comme des champignons après pluie.

Comparons avec le reste. Marchand, c'est magnifique, c'est indispensable pour la visibilité. Mais c'est aussi un enfant du privé, d'une filière Montpellier ultra-spécialisée. Pas un système. Quand il arrêtera - et les nageurs s'arrêtent tous - que restera-t-il ? Trois mille autres Marchand en herbe qui ont un bassin olympique accessible à côté de chez eux ? Non. Les fédérations françaises de natation vivent sur le crédit de deux ou trois nageurs à la fois, pas sur une infrastructure de masse.

Le MMA, lui, crée une base. Des jeunes qui regardent l'UFC à la télévision, qui demandent à leurs parents de les inscrire au club local, qui trouvent un truc bon marché, pas trop élitiste d'accès. C'est sale, c'est brut, c'est vrai. Et ça marche.

L'argument du prestige olympique, et pourquoi il est usé

On va nous dire : Antoine, tu es fou. Les Jeux olympiques, c'est le sommet du sport mondial. Marchand aux JO, c'est plus prestigieux que n'importe quel champion UFC. Et techniquement, oui. Mais politiquement, socialement, structurellement ? Non.

Les JO arrivent tous les quatre ans. Les audiences explosent pendant deux semaines, puis le sport retourne dans les placards de France Télévisions. Les budgets de la jeunesse et de l'accès aux équipements ne bougent pas. Les fédérations continuent à gérer la pénurie avec le sourire. Et dans quatre ans, on verra si la France a vraiment changé, ou si on aura juste eu un beau feu d'artifice olympique.

Le MMA, lui, a créé une dynamique économique, médiatique, structurelle. RMC Sport en parle chaque semaine. Les paris sportifs légaux y trouvent une poule aux œufs d'or. Les chaînes de télévision en veulent. Les sponsors investissent. Ce n'est pas du prestige olympique. C'est du vrai business sportif qui crée des emplois, des infrastructures, des pratiquants.

Quand on dit que la France renaît sportive, on compare les deux mondes comme s'ils étaient équivalents. Ils ne le sont pas. L'un construit du durable. L'autre compile des résultats ponctuels.

Mais attendez, ne jetons pas le bébé avec l'eau

Avant de me faire descendre en flammes par les fédérations olympiques, il y a un vrai sujet. Marchand n'existe que parce qu'il a eu accès à une structure, une piscine, un coach. Les Jeux olympiques attirent des investissements publics massifs, des installations qui restent ensuite. Paris 2024 a construit des équipements qui vont servir pendant des années. Et oui, avoir un nageur champion du monde inspire mille gosses à se lever tôt le samedi matin pour aller à l'entraînement.

Le problème, ce n'est pas les JO. C'est qu'on fait les JO et ensuite rien. On n'en tire pas les conséquences structurelles. Au lieu de regarder pourquoi le MMA a réussi à créer une base durable, on attend le prochain Marchand, on ferme les yeux sur les manques chroniques du sport français d'accès, et on se rendort.

Ce qu'il faudrait vraiment faire

Prendre la mécanique du MMA - celle qui fonctionne - et l'appliquer aux autres disciplines. Boxe, athlétisme, natation. Pas en tuant l'élitisme, mais en admettant enfin que l'élitisme sans base massive, c'est juste du spectacle. Et le spectacle, ça s'use.

Sofiane Oumiha en boxe, c'est bien. Mais combien de clubs de boxe peut pratiquer un jeune dans un rayon de 15 km de sa maison en province ? Pas beaucoup. Combien de ces clubs ont une vraie fédération, une vraie structure de progression ? Encore moins. Alors oui, on obtient une médaille olympique. Et puis le boxeur raccroche, les clubs ferment faute de pratiquants, et la génération suivante doit tout recommencer.

Le sport français a besoin d'un choix politique. Soit on continue à cultiver l'élitisme ponctuel des JO, ce qui produit des héros mais aucune masse. Soit on regarde le MMA en face, on comprend pourquoi ça marche, et on applique cette recette partout. Infrastructure de proximité. Accessibilité. Une vraie filière de progression, pas juste des fédérations qui attendent l'argent public.

Paris 2024 nous a donné un merveilleux moment. Mais un moment, ce n'est jamais qu'un moment. La question est : en avons-nous tiré les leçons, ou allons-nous replonger dans la torpeur habituelle ?

Les chiffres du MMA donnent la réponse. 60 000 licenciés et ça monte. Pendant ce temps, combien de jeunes français découvrent vraiment la natation, la boxe ou l'athlétisme chaque année ? Pas besoin de chercher loin. Le sport français sait compter. Il ne sait juste pas compter sur sa vraie base.

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