Après la démission de Gravina et Buffon, la FIGC se tourne vers Gennaro Gattuso pour relever la Squadra Azzurra après le désastre face à la Bosnie-Herzégovine.
La Bosnie-Herzégovine. Ce nom va résonner longtemps dans les couloirs de la FIGC. Battue ou accrochée — peu importe les détails — par une nation qui n'a jamais disputé une phase finale de Coupe du monde, l'Italie a une nouvelle fois plongé la tête la première dans le gouffre. Et cette fois, la chute a tout emporté avec elle : Gabriele Gravina et Gianluigi Buffon ont rendu leurs tabliers simultanément, laissant la Fédération italienne de football dans un état de sidération rarement vu depuis les années noires de 2017 et 2018, quand la Squadra Azzurra avait raté sa première Coupe du monde en soixante ans. L'histoire bégaie, mais de plus en plus fort.
Quand le monument Buffon ne suffit plus à masquer les fissures
Il y avait quelque chose de presque symbolique dans cette démission jumelle. D'un côté, Gabriele Gravina, le président fédéral qui avait promis une reconstruction après le fiasco du Mondial 2022 — auquel l'Italie n'avait pas non plus participé. De l'autre, Gianluigi Buffon, revenu dans le costume du dirigeant après une carrière de légende, persuadé que son seul nom suffirait à insuffler une âme à une génération de joueurs qui n'en a visiblement pas trouvé une. Deux hommes respectables, deux démissions inévitables.
Le problème de fond, c'est que la FIGC a longtemps cru qu'on pouvait soigner un système défaillant avec des figures tutélaires. Buffon comme chef délégation, c'était rassurant. C'était aussi, peut-être, une façon de ne pas regarder en face la réalité du football italien : des centres de formation à la peine, une Serie A qui attire de moins en moins les meilleurs entraîneurs étrangers, et une équipe nationale dont le collectif tient davantage du patchwork que du projet cohérent. Deux qualifications mondiales ratées en deux cycles — ce n'est pas un accident, c'est un système.
La défaite face à la Bosnie-Herzégovine n'est pas qu'un résultat sportif honteux. Elle est le révélateur d'une Italie qui ne sait plus jouer ensemble, qui ne sait plus ce qu'elle veut être sur un terrain. Le 4-3-3 ? Le 3-5-2 historique ? La possession à l'espagnole ? Depuis Marcello Lippi, depuis Antonio Conte même, personne n'a vraiment répondu à cette question avec conviction.
Gattuso, l'homme de la dernière chance ou du dernier recours
Alors la FIGC s'est tournée vers Gennaro Gattuso. L'ancien milieu de terrain au caractère de feu, parti s'exiler en Espagne après des expériences mitigées à Naples, à Valencia, à Marseille. Un homme qui porte l'Italie dans les veines — il a soulèvé la Coupe du monde 2006 avec ce groupe légendaire — mais dont le bilan d'entraîneur reste contrasté. À Naples, il avait réussi à remporter la Coupe d'Italie en 2020 et à qualifier le club pour la Ligue des champions, avant que les relations avec Aurelio De Laurentiis ne tournent au vinaigre. Depuis, sa carrière sur les bancs a ressemblé à une errance.
Pourtant, le choix de Gattuso n'est pas absurde. Il y a dans cet homme quelque chose que l'Italie réclame à corps et à cri depuis des années : une identité. Gattuso n'a jamais été un homme de systèmes complexes, il est un homme de valeurs, de combat, d'engagement physique et mental. Quand on l'a vu gueuler dans les vestiaires, bousculer ses joueurs, exiger l'effort au-delà du talent, on a reconnu quelque chose d'italien au sens profond du terme. Pas la dolce vita du football, mais l'âpreté de ceux qui ne lâchent rien.
Reste une question centrale : est-ce que Gattuso a évolué tactiquement depuis ses premières expériences ? Parce que la grinta ne suffit pas. Les équipes nationales modernes se construisent sur des automatismes travaillés en club, sur une philosophie de jeu assez claire pour être assimilée en quelques rassemblements par mois. Roberto Mancini l'avait compris lors de son mandat : l'Italie avait remporté l'Euro 2020 précisément parce qu'il avait imposé un style reconnaissable, une façon d'attaquer les espaces et de presser collectivement. Ce titre semble aujourd'hui appartenir à une autre époque.
La Squadra Azzurra devant le miroir, à trois ans du Mondial 2026
Le calendrier ne laisse aucune place à la tergiversation. Le Mondial 2026, co-organisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique, approche. L'Italie n'a plus le droit à l'erreur dans sa qualification — et la formule élargie à 48 équipes offre certes plus d'espoir, mais rater encore une phase finale serait un séisme institutionnel dont la fédération ne se relèverait peut-être pas. Trois échecs consécutifs rendraient le football italien, structurellement, le grand malade de l'Europe.
Gattuso héritera d'un groupe à rebâtir autour de quelques certitudes : Sandro Tonali, Federico Chiesa quand il est épargné par les blessures, Gianluca Scamacca qui peine à confirmer à haut niveau. Des profils intéressants, une génération qui n'a pas encore trouvé son leader. C'est peut-être là que Gattuso peut être utile plus qu'ailleurs : il sait ce que c'est que de tirer les autres vers le haut. Il l'a fait en tant que joueur pendant quinze ans. La question est de savoir s'il peut le faire en tant qu'entraîneur à ce niveau d'exigence.
La FIGC, elle, doit parallèlement se réformer en profondeur. Changer de sélectionneur est une décision visible, communicante, presque théâtrale. Mais si les fondations — la formation des jeunes, les infrastructures, la coordination entre clubs et sélection — ne bougent pas, Gattuso ne sera que le énième pompier appelé sur un incendie qu'on refuse d'éteindre à la source. L'Italie du football mérite mieux que des démissions en cascade et des noms célèbres sortis du chapeau. Elle mérite un projet. Gattuso en sera-t-il le visage ou le symptôme ? La réponse viendra vite. Elle vient toujours vite, dans ce pays où la patience footballistique n'a jamais été la vertu principale.