Troisième élimination consécutive en qualifications pour la Coupe du Monde, et une fédération italienne dont les déclarations scandalisent le pays tout entier.
Trois fois. Trois fois de suite, la Squadra Azzurra ne verra pas la Coupe du Monde. Une anomalie historique pour l'une des nations les plus titrées du football mondial — quatre étoiles au maillot, et pourtant incapable de se qualifier pour la grand-messe du football depuis 2014. Mais ce qui a véritablement enflammé l'Italie cette semaine, ce ne sont pas tant les résultats sur le terrain que les mots et l'attitude de la Fédération Italienne de Football (FIGC) dans la foulée de cette nouvelle humiliation. Une sortie de route sportive doublée d'une catastrophe communicationnelle.
Quand la fédération s'enfonce là où le foot italien saigne déjà
L'élimination en qualifications est en elle-même un séisme. L'Italie, championne d'Europe en 2021, absente du Mondial 2018 après une défaite contre la Suède, absente du Mondial 2022 après avoir trébuché face à la Macédoine du Nord dans des circonstances proprement surréalistes, rate donc une troisième échéance consécutive. Une série noire sans précédent pour un pays qui a remporté le titre mondial en 1934, 1938, 1982 et 2006. Le football transalpin vit une crise profonde, structurelle, qui touche autant la formation que le modèle économique des clubs de Serie A.
Mais au lieu d'éteindre l'incendie, les dirigeants de la FIGC ont semblé jeter de l'huile dessus. Les déclarations publiées dans la foulée de l'élimination ont provoqué une réaction de rejet immédiate dans tout le pays. Entre minimisation des responsabilités, discours technocratiques déconnectés de la réalité et refus apparent d'assumer les conséquences sportives et institutionnelles, la fédération a cristallisé une colère qui couvait depuis des années. Les anciens internationaux, les consultants télé, les supporters — tous ont répondu avec une violence verbale rare. Alessandro Del Piero, Luca Toni, Daniele De Rossi : les légendes du football italien n'ont pas mâché leurs mots sur les plateaux. Le message est unanime. Quelque chose est profondément cassé.
Les chiffres donnent le vertige. L'Italie n'a pas participé à la Coupe du Monde depuis douze ans. Sur cette période, elle a disputé trois cycles de qualification et échoué à chaque fois à franchir le dernier obstacle — playoff ou phase finale de groupe selon les éditions. Pendant ce temps, les effectifs italiens se sont raréfiés dans les grands clubs européens : à peine 23 % des joueurs évoluant en Serie A sont italiens, un ratio historiquement bas qui révèle l'asphyxie du vivier national.
- 3 qualifications manquées consécutives pour la Coupe du Monde (2018, 2022, 2026)
- 12 ans d'absence au Mondial pour une nation à 4 titres mondiaux
- Moins de 23 % de joueurs italiens en Serie A, record négatif
- 1 titre européen en 2021, seule éclaircie d'une décennie noire
L'après-choc : démissions, réformes ou immobilisme — l'Italie à la croisée des chemins
La question qui brûle toutes les lèvres à Rome, Milan et Turin est simple : qui va payer ? Luciano Spalletti, sélectionneur de la Nazionale depuis 2023, se trouve dans une position intenable. Son bilan ne plaide pas pour sa survie à ce poste, même si beaucoup s'accordent à dire que les maux du football italien dépassent largement la seule personne du coach. La FIGC, dirigée par Gabriele Gravina, devra elle aussi répondre de ses actes — et de ses déclarations tonitruantes — devant les instances du football transalpin.
Car le problème est systémique. Les centres de formation italiens, autrefois parmi les plus réputés d'Europe, ont perdu en compétitivité face aux académies espagnoles, allemandes, françaises et portugaises. Les clubs de Serie A, englués dans des difficultés financières chroniques — la dette cumulée des clubs du championnat dépasse les 4 milliards d'euros selon les dernières estimations — ne peuvent plus investir massivement dans la détection et le développement des jeunes talents. Résultat : une génération entière de joueurs italiens formés en marge du système, ou récupérés trop tard par les sélections nationales.
Roberto Mancini, qui avait conduit l'Italie au titre continental en 2021 avant de claquer la porte de manière fracassante pour rejoindre l'Arabie Saoudite, a déjà été cité comme une piste de retour possible — hypothèse aussitôt balayée par une partie de la presse italienne qui juge sa trahison de 2023 impardonnable. D'autres noms circulent, de Massimiliano Allegri à Claudio Ranieri, récemment retraité après son passage à la Roma. Mais nommer un nouveau sélectionneur sans réformer les structures, ce serait soigner le symptôme sans toucher à la maladie.
La véritable urgence est ailleurs. Elle réside dans la reconstruction d'un modèle de formation cohérent, dans une politique d'investissement dans les clubs amateurs et semi-professionnels, et dans une gouvernance fédérale capable de regarder en face les défaillances accumulées depuis dix ans. Ce n'est pas une crise de résultats — c'est une crise d'identité footballistique.
L'onde de choc de cette troisième élimination ne retombera pas de sitôt. Et si la FIGC pensait que le temps arrangerait les choses, les réactions populaires et médiatiques des derniers jours lui ont prouvé le contraire. L'Italie du football a besoin d'un électrochoc — pas de communiqués. La prochaine Coupe du Monde se jouera en 2030, co-organisée notamment par l'Espagne, le Portugal et le Maroc. Pour la Squadra Azzurra, ce sera une nouvelle chance. Mais sans remise à plat radicale, ce sera aussi, très probablement, un nouveau rendez-vous manqué.