Le président de la CAF refuse de répondre clairement sur le rôle de la confédération dans la finale de la CAN 2025. La polémique enfle.
Patrice Motsepe avait le choix entre la transparence et le silence. Il a choisi le silence. De retour du Sénégal où il s'était rendu en visite officielle, le président de la Confédération africaine de football a été rattrapé par les questions qui fâchent sur la finale de la CAN 2025, celle qui oppose le Maroc au Sénégal. Et son esquive, aussi visible qu'une faute de main dans la surface, n'a fait qu'alimenter une polémique qui refuse de s'éteindre.
Qu'a dit — ou plutôt tu — Motsepe sur le rôle de la CAF ?
La scène s'est déroulée en marge de son déplacement au Sénégal. Interrogé sur les accusations d'ingérence de la CAF dans la finale de la CAN 2025, Patrice Motsepe a visiblement choisi l'esquive. Selon nos informations, le dirigeant sud-africain n'a fourni aucune réponse directe sur les conditions dans lesquelles la confédération aurait pu interférer dans l'organisation ou le déroulement de cette rencontre au sommet entre les Lions de l'Atlas et les Lions de la Teranga.
Ce silence assourdissant prend une dimension particulière quand on sait que Motsepe venait précisément de rencontrer des responsables sénégalais. Venir chez l'une des deux nations finalistes sans adresser frontalement la controverse, c'est un choix politique qui ne passe pas inaperçu dans les couloirs des fédérations africaines. À en croire l'entourage de plusieurs observateurs du football continental, cette attitude alimente les suspicions davantage qu'elle ne les dissipe.
La CAF, sous la présidence de Motsepe depuis 2021, s'est pourtant évertuée à redorer son image après des années de scandales sous Issa Hayatou puis Ahmad Ahmad. Mais chaque non-réponse de son président sur un sujet aussi sensible que l'intégrité d'une finale continentale ravive les vieux démons d'une institution dont la gouvernance reste scrutée de près par les observateurs internationaux.
Pourquoi cette finale Maroc-Sénégal cristallise-t-elle autant de tensions ?
Une finale de CAN entre le Maroc et le Sénégal, ce n'est pas un match anodin. Ce sont deux mastodontes du football africain, deux nations qui pèsent économiquement et médiatiquement sur le continent. Le Maroc, demi-finaliste de la Coupe du monde 2022 et pays organisateur du Mondial 2030, et le Sénégal, champion d'Afrique en titre depuis son sacre en 2022 face à l'Égypte, représentent à eux deux une part colossale des intérêts commerciaux de la CAF.
C'est précisément cette concentration d'enjeux qui rend le moindre soupçon d'ingérence explosif. Quand deux des trois premières économies du football africain s'affrontent en finale, chaque décision arbitrale, chaque choix logistique, chaque communication officielle de la CAF est passé au crible. Et les réseaux sociaux marocains comme sénégalais n'ont pas attendu le coup de sifflet final pour détecter — à tort ou à raison — des biais dans la gestion du tournoi.
Selon nos informations, des questions précises auraient été posées à Motsepe sur la désignation de l'arbitre, sur certaines décisions prises en amont de la finale concernant la billetterie et la sécurité, et sur d'éventuelles communications officieuses entre la CAF et les fédérations concernées. Sur ces trois points, pas de réponse ferme. Pas de chiffre. Pas de date. Rien qui permette de fermer le dossier.
Le timing de la visite au Sénégal ajoute encore une couche d'ambiguïté. Rencontrer des officiels sénégalais à quelques jours ou semaines d'une finale qui implique leur sélection nationale, c'est soit une maladresse diplomatique monumentale, soit un signal délibérément ambigu. Dans les deux cas, la CAF en sort fragilisée.
Quelles conséquences pour la crédibilité de la CAF sur ce dossier ?
La confédération africaine de football compte aujourd'hui 54 fédérations membres. Elle gère un budget qui a considérablement évolué depuis l'arrivée de Motsepe, avec des droits TV et des partenariats commerciaux en hausse. Mais une institution sportive, aussi bien financée soit-elle, ne vaut que ce que vaut sa parole dans les moments de crise.
Or là, la parole de Motsepe est introuvable. Et l'absence de communication claire sur l'ingérence présumée de la CAF dans la finale de la CAN 2025 crée un vide que chaque rumeur, chaque tweet, chaque analyse à chaud vient combler à sa manière. C'est le terreau idéal pour les théories du complot, que celles-ci soient fondées ou non.
À en croire plusieurs sources proches des fédérations africaines, la pression monte en interne pour que la CAF produise un document officiel, un communiqué détaillé ou une conférence de presse complète qui réponde point par point aux accusations. Motsepe a jusqu'ici préféré la gestion au cas par cas, les déclarations en marge d'événements, les non-réponses policées. Cette méthode a ses limites, et elles semblent atteintes.
Il faut aussi rappeler que la CAN 2025 se déroule au Maroc, pays hôte. Ce détail n'est pas neutre. Organiser une compétition continentale sur son propre sol confère un avantage logistique et médiatique indéniable aux Lions de l'Atlas. Que la CAF ait ou non pesé sur certains aspects de l'événement, la simple perception d'un déséquilibre suffit à entacher la compétition. En football, la perception fait parfois autant de dégâts que la réalité.
Certains réclament désormais l'intervention d'une instance indépendante pour auditer les conditions dans lesquelles cette finale a été préparée et gérée. Une demande qui, si elle venait à être formalisée par une ou plusieurs fédérations membres, mettrait la CAF dans une position extrêmement inconfortable.
La finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal n'a pas encore eu lieu — ou du moins, ses suites immédiates restent vives dans les mémoires — mais le vrai match se joue désormais sur le terrain institutionnel. Patrice Motsepe devra bien finir par sortir de sa réserve. Et quand il le fera, chaque mot sera disséqué. Le football africain mérite mieux que des esquives présidentielles sur des questions qui touchent à l'intégrité même de sa plus grande compétition nationale.