Aller au contenu principal
Autres Sports

Le 'like gate' marocain : quand les réseaux sociaux enflamment le football africain

Par Rédaction SBM··5 min de lecture·Source: Footmercato

Saibari, Ben Seghir et Targhalline se sont excusés après avoir liké des contenus hostiles au Sénégal. Un incident révélateur des tensions post-CAN 2025.

Le 'like gate' marocain : quand les réseaux sociaux enflamment le football africain

Trois joueurs internationaux marocains, un like malencontreux — ou assumé — sur les réseaux sociaux, et une crise diplomatique footballistique qui dépasse largement les frontières du terrain. Bilal El Khannouss, Ilyes Targhalline et Ayyoub El Amloud Ben Seghir n'avaient sans doute pas mesuré l'ampleur de ce que leurs interactions numériques allaient provoquer, dans un contexte déjà saturé de tensions entre deux géants du football africain. L'affaire dite du « like gate » n'est pas une tempête dans un verre d'eau : elle révèle, en creux, la profondeur des fractures qui traversent le continent depuis la finale de la CAN 2025.

Pourquoi un simple like a-t-il mis le feu aux poudres entre Maroc et Sénégal ?

Pour comprendre l'explosion qui a suivi, il faut remonter au verdict de la Confédération Africaine de Football concernant la finale de la Coupe d'Afrique des Nations 2025. La décision de la CAF — dont les contours exacts ont nourri une controverse persistante — a laissé les supporters sénégalais avec un sentiment d'injustice profond et une colère diffuse, cherchant à s'exprimer sur tous les fronts.

BetBurger — Surebets & Valuebets en temps réel

Scanner professionnel de surebets et valuebets pour maximiser vos gains sportifs.

Découvrir BetBurger →

18+ | Les jeux d'argent peuvent être dangereux. Jouez responsablement.

C'est dans ce climat électrisé que des joueurs de la sélection marocaine ont « liké » des publications jugées provocatrices ou méprisantes à l'égard du Sénégal et de ses joueurs. Sur les réseaux sociaux, où chaque geste est disséqué en temps réel par des millions de followers, ce type d'interaction ne passe jamais inaperçu. Les captures d'écran ont circulé à vitesse grand V, les comptes sénégalais ont relayé, amplifié, et la mécanique de l'indignation numérique s'est emballée avec une efficacité redoutable.

Ce qui frappe dans cette affaire, c'est moins l'acte lui-même que ce qu'il révèle du rapport qu'entretiennent les footballeurs professionnels avec leur présence en ligne. À l'heure où un joueur compte plusieurs millions d'abonnés — Ben Seghir dépasse les deux millions sur Instagram —, chaque interaction est un acte public, potentiellement politique. La frontière entre l'expression personnelle et la représentation nationale est devenue quasi inexistante, et les fédérations le savent désormais à leurs dépens.

Des excuses suffisantes pour éteindre un incendie structurel ?

Saibari, Ben Seghir et Targhalline ont donc présenté leurs excuses. Publiquement, comme l'exige la grammaire des crises contemporaines. Le geste était attendu, nécessaire, et dans une certaine mesure sincère — du moins dans la forme. Mais suffit-il à refermer une plaie qui s'est rouverte avec une brutalité que peu d'observateurs anticipaient ?

La réponse honnête est non. Les excuses individuelles de trois joueurs, aussi médiatisées soient-elles, ne peuvent pas absorber la charge émotionnelle accumulée depuis la CAN. Entre le Maroc et le Sénégal, le football a toujours été un espace de rivalité intense, nourrie par des histoires collectives, des ambitions continentales croisées et, plus récemment, par la montée en puissance simultanée des deux nations sur la scène internationale. Le Maroc a atteint les demi-finales de la Coupe du monde 2022, une première africaine et arabe historique. Le Sénégal, champion d'Afrique en 2021-2022, a construit une génération dorée autour de Sadio Mané et de ses successeurs. Ces deux projets se regardent, se jaugent, et parfois se heurtent.

Le « like gate » n'est que le symptôme visible d'une rivalité qui cherche ses exutoires. Et les réseaux sociaux, en permettant à chacun d'observer en temps réel les comportements des joueurs adverses, ont créé un espace de friction permanent que ni les clubs, ni les fédérations, ni la CAF elle-même n'ont encore appris à réguler efficacement.

Que dit cet épisode sur la gestion des footballeurs africains à l'ère numérique ?

Il y a une ironie cruelle dans cette histoire : les joueurs concernés évoluent pour la plupart dans les grands championnats européens, habitués aux communications soignées, aux media trainings et aux chartes comportementales des clubs. Ben Seghir est formé à l'AS Monaco, club réputé pour sa rigueur institutionnelle. Targhalline, de son côté, a grandi dans un environnement professionnel exigeant. Et pourtant, dès qu'ils enfilent le maillot national, ou simplement lorsqu'ils naviguent en privé sur leurs téléphones, une partie de ces réflexes disciplinaires semble s'évaporer.

Cela pointe vers un vide structurel dans la gestion des sélections africaines. Les fédérations européennes ont depuis longtemps mis en place des protocoles stricts encadrant l'usage des réseaux sociaux en période de rassemblement. La Fédération Royale Marocaine de Football, pourtant reconnue comme l'une des mieux organisées du continent, devra vraisemblablement renforcer ce volet. Une charte numérique contraignante, des sessions de sensibilisation régulières, et peut-être une cellule de veille capable d'anticiper ce type de dérapage avant qu'il ne devienne une crise : ces outils existent, ils sont appliqués ailleurs, ils peuvent l'être ici.

La question est aussi plus large. Le football africain vit une transformation profonde : il produit des joueurs de classe mondiale, suscite un intérêt croissant des droits TV — la CAN 2023 avait rassemblé des audiences records avec plus de 100 millions de téléspectateurs cumulés sur certains matchs —, et attire des investisseurs qui regardent le continent comme le prochain grand marché du sport global. Dans ce contexte de professionnalisation accélérée, les incidents liés aux comportements des joueurs sur les réseaux sociaux représentent un risque réputationnel réel, pas seulement pour les individus concernés, mais pour l'image du football continental tout entier.

L'affaire Saibari-Ben Seghir-Targhalline se referme formellement avec des excuses acceptées et des comptes nettoyés. Mais elle laisse ouverte une question qui va bien au-delà des likes et des stories : à quel moment le football africain se dotera-t-il des infrastructures institutionnelles — et pas seulement sportives — à la hauteur de son talent ? La CAF, dont l'autorité est déjà contestée après ses décisions arbitrales, a là une occasion de porter un débat qui mérite mieux qu'une gestion au cas par cas. Avant la prochaine CAN, avant le prochain incident, avant que la prochaine étincelle numérique n'embrasse à nouveau ce qui aurait dû rester un simple match de football.

MarocSénégalCAN 2025Ben SeghirSaibariCAF

Articles similaires