Le FSV Mayence 05 perd une nouvelle fois son bras de fer judiciaire contre Anwar El Ghazi, viré en 2023 pour avoir soutenu la Palestine sur les réseaux sociaux.
Deux ans. Deux ans que le FSV Mayence 05 tente de faire valider en justice le licenciement d'Anwar El Ghazi, et deux ans que la justice lui répond non. La dernière décision vient encore de tomber en faveur de l'ailier néerlandais, confirmant une tendance lourde : le club rhénan a mal joué sa main, juridiquement comme médiatiquement, dans ce dossier explosif qui mêle foot, géopolitique et liberté d'expression.
Trois matchs, un post Instagram, une rupture brutale
Octobre 2023. El Ghazi débarque à Mayence après un passage à Everton et plusieurs années à tenter de relancer une carrière prometteuse. L'ailier de 30 ans n'a disputé que trois rencontres sous ses nouvelles couleurs quand tout bascule. Sur son compte Instagram, il publie un message de soutien à la cause palestinienne dans le contexte du conflit à Gaza — «From the river to the sea, Palestine will be free», une formule qui déclenche immédiatement une tempête en Allemagne, pays où la sensibilité autour du conflit israélo-palestinien est historiquement très vive.
La direction du FSV Mayence 05 réagit dans les heures qui suivent. Le joueur est suspendu, puis licencié. Le club invoque une violation du contrat, une atteinte aux valeurs de l'institution. Sauf qu'El Ghazi, lui, n'a jamais accepté cette version. Assisté de ses avocats, il conteste le bien-fondé du renvoi dès le départ, estimant avoir simplement exercé son droit à l'expression personnelle sur un sujet extrasportif.
Selon nos informations, le joueur a toujours maintenu que son message n'était pas antisémite et qu'il ne pouvait pas être assimilé à un acte contractuellement répréhensible. La justice, à plusieurs reprises désormais, lui donne raison.
Mayence face à un mur judiciaire qu'elle n'anticipait pas
Le club de Bundesliga pensait peut-être en finir rapidement. Il n'en est rien. Ce nouveau revers judiciaire est le énième signe que la procédure engagée par Mayence repose sur des bases fragiles. Les tribunaux allemands ont, à chaque étape, refusé de valider la thèse du club selon laquelle El Ghazi aurait commis une faute grave justifiant un licenciement immédiat.
L'enjeu financier est considérable. El Ghazi avait signé un contrat jusqu'en juin 2025, selon plusieurs sources proches du dossier. Si ses prétentions salariales sont intégralement reconnues, Mayence pourrait devoir rembourser plusieurs centaines de milliers d'euros de salaires non versés — certaines estimations évoquent un montant pouvant dépasser le million d'euros en tenant compte des charges et des frais de procédure cumulés depuis deux ans.
À en croire l'entourage du joueur, El Ghazi n'a jamais cherché un arrangement à l'amiable. Il voulait un verdict clair. Un précédent. La démarche est autant symbolique que financière : faire reconnaître qu'un footballeur professionnel ne perd pas ses droits fondamentaux en signant un contrat avec un club de sport professionnel.
Cette affaire s'inscrit dans un débat plus large qui traverse le football européen depuis l'automne 2023. Des dizaines de joueurs, à travers tout le continent, ont été sanctionnés, mis sous pression ou simplement muselés par leurs clubs dès lors qu'ils prenaient position sur le conflit au Proche-Orient. Certains ont reculé. El Ghazi, lui, a tenu. Et pour l'instant, les juges lui donnent raison.
Quand le football ne peut plus faire semblant d'ignorer le monde
Cette affaire pose une question que le monde du sport professionnel esquive depuis trop longtemps : jusqu'où un employeur peut-il contrôler la parole publique de ses salariés en dehors du terrain ? La réponse allemande, via les tribunaux, semble indiquer que la frontière est beaucoup plus étroite qu'espéré par les clubs.
Mayence n'est pas un cas isolé. En Angleterre, aux Pays-Bas, en France, plusieurs clubs ont tenté de sanctionner des joueurs pour des prises de position liées au conflit israélo-palestinien. Les résultats ont été mitigés, souvent défavorables aux institutions sportives. La jurisprudence qui se construit, procès après procès, envoie un signal clair : l'expression politique d'un sportif, même clivante, ne suffit pas à justifier une rupture contractuelle si elle ne constitue pas une incitation directe à la haine.
El Ghazi, lui, n'a pas rejoué en Bundesliga depuis son éviction. À 30 ans, sa carrière européenne a été stoppée net par cette polémique. Il a tenté de rebondir, sans succès retentissant, dans d'autres championnats. Mais à en croire ses proches, la priorité n'est plus forcément de trouver un nouveau club — c'est de voir cette affaire aller à son terme, de gagner sur le fond.
Pour le FSV Mayence 05, chaque nouvelle défaite judiciaire est une gifle supplémentaire. Le club avait agi vite, sous pression médiatique et politique, dans un pays où tout ce qui touche au conflit au Proche-Orient est traité avec une extrême sensibilité historique. Cette précipitation coûte cher. Financièrement. En image. Et en crédibilité sportive.
La question désormais est simple : Mayence va-t-il continuer à se battre jusqu'en dernier recours, ou finira-t-il par trouver un accord discret pour clore un dossier devenu embarrassant ? Chaque audience supplémentaire est une publicité négative pour un club de milieu de tableau qui n'avait pas besoin de se retrouver au centre d'un débat aussi clivant. L'issue judiciaire finale, quand elle viendra, pourrait bien faire jurisprudence bien au-delà des frontières allemandes.