Nampalys Mendy dénonce une décision de la CAF qu'il qualifie de scandale. Le milieu sénégalais de 33 ans, toujours actif à Watford, rêve encore du Mondial.
«Un scandale.» Le mot est lâché, sans détour, sans la diplomatie de façade habituelle des footballeurs professionnels. Nampalys Mendy n'a pas l'habitude de faire dans la dentelle verbale, et quand l'ancien Monégasque pointe la Confédération Africaine de Football du doigt, c'est avec la conviction de quelqu'un qui a passé suffisamment d'années dans les entrailles du football continental pour savoir de quoi il parle. À 33 ans, le milieu de terrain sénégalais continue sa route à Watford, club historique de Championship anglaise, et n'a visiblement pas l'intention de se taire.
Le dernier à parler est souvent celui qui a le plus à perdre
Il y a quelque chose d'assez remarquable dans la longévité de Nampalys Mendy. Formé à Nice, révélé à Monaco dans les années 2010, passé par Leicester City à l'époque où les Foxes réalisaient ce miracle sportif qui reste l'un des événements les plus déroutants de l'histoire du football européen, le natif de la Roche-sur-Yon a traversé les époques sans jamais véritablement tomber. Aujourd'hui à Watford, il continue d'enchaîner les matchs en Championship, cette deuxième division anglaise plus physique que jamais, à un âge où nombre de ses contemporains ont raccroché les crampons ou cherché une retraite dorée dans les championnats du Golfe.
Mais c'est son rapport au maillot sénégalais qui crée aujourd'hui la polémique. Écarté de la dernière Coupe d'Afrique des Nations, Mendy n'a pas digéré les mécanismes institutionnels qui, selon lui, ont fabriqué une injustice. La décision de la CAF qu'il cible — sans que les détails précis en soient encore pleinement publics — est décrite par le joueur comme profondément problématique, symptomatique d'une gouvernance du football africain qui peine à convaincre même ceux qui l'ont servi avec fidélité.
Ce n'est pas la première fois que la CAF essuie des critiques venues de l'intérieur. En 2021, l'organisation de la CAN avait déjà suscité des remous logistiques et sportifs considérables, entre changements de dates, stades approximatifs et décisions arbitrales controversées. La crédibilité de l'institution reste un chantier permanent, et des voix comme celle de Mendy, qui n'ont rien à prouver financièrement et suffisamment de recul pour contextualiser, sont précisément celles qui devraient être écoutées.
Quand les Lions du Sénégal broient du noir sans leurs anciens
Le Sénégal, champion d'Afrique en titre depuis 2022, navigue dans une période de transition générationnelle qui n'est jamais simple à gérer. Aliou Cissé — ou son successeur selon l'actualité du moment — doit jongler entre la fidélité aux cadres expérimentés et l'impératif de renouveler un groupe qui vieillit. Mendy incarne exactement cette tension : un joueur qui possède encore le niveau, qui le prouve semaine après semaine en Angleterre, mais que les choix sélectifs ou les règlements fédéraux semblent avoir écarté d'une CAN à laquelle il estimait avoir sa place.
L'histoire du football africain est jalonnée de ces absences incompréhensibles. On se souvient de Samuel Eto'o, exclu de sélection au Cameroun dans des circonstances rocambolesques, ou plus récemment des tensions entre la fédération ivoirienne et certains de ses internationaux. Le rapport entre les joueurs de la diaspora africaine — qui évoluent en Europe et vivent leur footballistique dans un autre contexte — et les instances continentales est structurellement compliqué. Ces hommes voyagent des milliers de kilomètres pour défendre leurs couleurs, s'exposent à des blessures en pleine saison de club, et s'attendent en retour à une transparence minimale dans les décisions qui les concernent.
Mendy n'est pas un agitateur. Sa carrière parle pour lui : plus de 200 matchs en Premier League, une loyauté constante envers les Lions du Sénégal malgré la concurrence intense au milieu de terrain, et une discrétion professionnelle qui rend sa prise de parole d'autant plus significative. Quand quelqu'un comme lui dit «scandale», ce n'est pas pour faire le buzz — c'est parce qu'il a pesé le mot.
33 ans, Watford, et une Coupe du Monde en ligne de mire
Ce qui est peut-être le plus frappant dans le cas Mendy, c'est l'obstination. À 33 ans, avec la CAN dans le rétroviseur, il ne parle pas de retraite internationale. Il parle de Coupe du Monde. La prochaine édition, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique en 2026, représente pour lui un objectif concret, pas une chimère de vestiaire.
Le Sénégal, présent au Mondial 2022 au Qatar où les Lions avaient atteint les huitièmes de finale avant d'être éliminés par l'Angleterre sur le score de 3-0, sera forcément parmi les grandes ambitions africaines pour 2026. Le continent disposera de neuf places — contre cinq précédemment — ce qui élargit mathématiquement les chances de qualification. Mais la route passera par des éliminatoires africaines qui ne pardonnent jamais.
Pour Mendy, l'équation est claire : maintenir son niveau à Watford, convaincre le sélectionneur sénégalais de l'inclure dans ses plans, et espérer que les turbulences institutionnelles de la CAF ne viendront pas parasiter une dernière aventure mondiale qui ressemble à un cadeau que le football lui devrait bien. À l'heure où certains joueurs africains évoluant en Europe choisissent de tourner la page sélective pour prolonger leur carrière de club, Mendy fait le pari inverse : celui de tenir les deux.
Sa prise de position contre la CAF, au-delà de la polémique immédiate, pose une question plus profonde sur la gouvernance du football africain à l'aube d'un Mondial élargi. Avec neuf équipes africaines sur la scène planétaire en 2026, la CAF va devoir montrer qu'elle est capable d'être à la hauteur de ce moment historique. Les Nampalys Mendy du football continental, ceux qui voient les rouages de près et ne mâchent plus leurs mots, pourraient bien être les meilleurs alliés d'une réforme que personne ne peut plus différer.