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Trail/Interview – La Via Alpina par Guillaume Arthus

  • Pierre-Louis Maternowski

C’était il y a 1 an. En septembre/octobre 2019, Guillaume Arthus s’était lancé le défi de terminer l’itinéraire rouge de la « Via Alpina » en autonomie totale, une traversée intégrale des Alpes de Slovénie jusqu’à Monaco, en traversant 8 pays (Italie, Slovénie, Autriche, Allemagne, Liechtenstein, Suisse, France, Monaco). Cette grande traversée des Alpes lui a pris 44 jours. Il a donc fallu surmonter 1064 heures de progression pour venir à bout des 2.650 kilomètres et 170.000 mètres de dénivelé positif (l’équivalent de 20 fois l’Everest à monter depuis le niveau de la mer…).

Un documentaire retraçant cette aventure incroyable a été réalisé par les spécialistes de l’agence spécialisée Peignée Verticale. La Via Alpina a manifestement donnée à Guillaume Arthus d’autres envies de voyages, mais aussi de défis. Autant de motifs pour l’approcher avec la simplicité qui le caractérise, et de lui en demander un peu plus sur lui et ses projets !

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Comment as-tu commencé le Trail ? Ta famille pratiquait déjà cette activité ?

Absolument pas ! Je n’ai pas les gènes de Kilian Jornet (la star mondiale du Trail running et du Ski alpinisme) ! (il rigole). Quand j’étais petit, nous n’étions pas le style de famille à « faire les crêpes au soleil » et bronzer sur la plage. Je partais tous les étés à la montagne avec ma famille pendant 3 semaines, pour faire de longues randonnées. Je connais donc une partie des Alpes depuis plusieurs années.

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La grandeur des Dolomites

J’ai commencé la course par un marathon en 2009 avec mon frère. J’ai désiré continuer, même si lui s’est arrêté. J’ai travaillé « à fond » pour arriver à ce niveau-là, pour pouvoir explorer les montagnes comme je le désire. Mon entrainement, je l’ai commencé à 22 ans (en 2012). Sur les courses, j’avais souvent 15 ans de moins que les autres participants, et on n’appelait pas encore cette discipline le Trail mais la course en montagne. Puis, j’ai avancé par projet. À la suite de mon premier marathon, je me suis lancé comme défi l’UTMB® (Ultra Trail du Mont Blanc), que j’envisageai au départ en 2020. J’ai réalisé finalement l’UTMB® en 2014 et la Via Alpina en 2020. Un peu plus vite que prévu !

« 16 fois la distance de l’UTMB »

Tu as connu quand et comment la Via Alpina ?

Après l’UTMB®, je voulais me donner un autre objectif à préparer. J’ai donc cherché, et trouvé la Via Alpina. Le Tour du Mont Blanc m’a donné l’envie de découvrir encore plus largement les Alpes. C’était pour moi comme une évidence. Mais quand j’ai vu la distance de la Via Alpina après avoir terminé l’UTMB®, je me suis rendu compte que c’était incroyable comme distance, et que ça représentait près de 16 fois la distance de l’UTMB® ! Mais ce défi était pour moi aussi un bon prétexte pour découvrir les Alpes d’une seule traite, et en autonomie totale.

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Guillaume Arthus sur les sentiers en Slovénie

Peux-tu nous parler de la conception de ton sac que tu as réalisé tout seul ?

Bien évidemment. Cette séquence est pour moi extrêmement importante car la conception et la réalisation de mon sac, seul, illustre la motivation qu’il faut mettre dans ce type de projet. J’ai dû apprendre à coudre afin de pouvoir confectionner ce sac comme je le désirais. C’était une manière de dire que ne pas savoir faire quelque chose, ne signifie pas nécessairement ne pas y arriver. Je me suis donné les moyens pour le penser, le confectionner et j’ai réussi mon sac de la « Via Alpina ». J’ai bien évidemment dû faire une étude des matériaux, de la forme idéale, plusieurs essais, etc…

Comment as-tu choisi ton matériel ?

Le matériel est important dans le Trail, mais dans ce challenge je devais réfléchir intelligemment car chaque kilo dans le sac était un kilo…. à porter sur 2.650 kilomètres ! Je devais prendre des affaires essentielles, avec 2/3 fonctionnalités afin d’optimiser le plus d’espace possible. Par exemple, j’ai fait le choix de prendre un coussin pour dormir, car dans cette épreuve, le confort pour dormir est essentiel, afin de pouvoir bien se reposer.

Comment as-tu préparé la Via Alpina ?

Je me préparais durant des week-ends dans les Alpes, ou à côté de chez moi, même si j’habite à Paris, et qu’il y a beaucoup de plat ! Je me suis entrainé aussi durant des voyages à l’étranger. Selon le nombre de jours où je partais, je pouvais courir par exemple en 2 jours 170 km avec des 7 000 ou des 8 000 de dénivelé positif. Si je pouvais rester plus longtemps, comme 40 jours, je visais les 800 km avec 50 000 de dénivelé positif. Il m’arrivait de faire aussi des doubles kilomètres verticaux. J’avais plaisir à découvrir seul les sentiers à pied.

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Les Dolomites sont un massif des Préalpes orientales méridionales qui s’élèvent en Italie

Raconte-nous ton départ et ton arrivée 

Au départ, j’ai ressenti un peu d’excitation de pouvoir enfin partir sur les sentiers. Une sensation que j’avais attendue depuis 5 ans de préparation. Je n’ai pas eu d’anxiété, rien. Je suis parti dans les meilleures conditions, je ne pouvais qu’être bien. J’étais concentré au maximum pour rentrer dans mon plan de route qui était un peu un plan de bataille. Je devais gérer au maximum ma fatigue, afin de ne pas dépenser plus que ce que je pouvais récupérer la nuit. A la fin, je devais « taper » dans mes réserves, et parfois faire des nuits blanches.

L’arrivée était pour moi l’accomplissement de 5 ans de préparation. C’était donc intense et incroyable. L’aboutissement d’une longue préparation que j’avais gardée secrète et dévoilée en janvier 2019 pour un départ en octobre de la même année. C’était gratifiant car il y avait beaucoup d’années de travail, avec des préparations sur des très longues distances comme le Tor des Géants dans la vallée d’Aoste en 2017, mais une traversée des Pyrénées en 14 jours la même année Un beau défi réalisé aussi.

Que peux-tu nous dire de ton mental ?

Dans une course aussi complexe, 80% repose sur le mental et 20% sur les conditions physiques. Pour moi, il y a 4 compétences majeures. Ça donne MENA : Mental, Endurance, Navigation et Autonomie. La Navigation était pour moi le point essentiel. Sur une distance aussi importante, il est important de pouvoir s’adapter en permanence, en fonction des problèmes ou des modifications de terrain. J’ai rencontré à peine 100 personnes en 44 jours. Pour le mental, c’était compliqué. C’est donc aussi un duel mental. Pour commencer ce genre de course, il faut être bien dans ses baskets ! La pluie a été également au rendez-vous pendant 10 jours… et dans mes souvenirs, il me restait encore 220 kilomètres à tenir. J’étais « défoncé » et mes pieds étaient méconnaissables. J’étais littéralement décomposé. J’en avais marre d’être dans cet état à la fin, j’étais à bout. Mon mental était au plus bas. C’est aussi ça qu’il faut surmonter.

Comment s’est passé ton retour à Paris ?

J’ai fini la course un Lundi, et je suis retourné au travail le Jeudi. J’étais physiquement et mentalement comme un ours ! J’étais plongé dans le travail, et cela m’a permis de me concentrer sur quelque chose. Il m’a fallu 1 mois pour récupérer physiquement, et 4 à 5 mois pour récupérer mentalement.

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Dans les montagnes du Liechtenstein

« J’étais défoncé et mes pieds étaient méconnaissables »

Qu’est-ce que la course t’a apporté ?

Depuis cette course, je sais que si un événement survient et qu’il n’est pas prévu, je vais réussir plus facilement à relativiser. Ce que je me suis dit, c’est qu’on ne profite pas assez de notre confort. On ne se rend pas compte de tout ce qu’on a au quotidien. Je fonctionne par grand projet, je ne peux pas vivre autrement. Je le dis et je le redis n’y allez pas sans préparation ! Si vous ne vous préparez pas avec rigueur et détermination sur une aussi grosse distance, n’y allez pas. Tu l’as vu, je suis célibataire à 30 ans. J’aime ma façon de vivre ainsi. Si je dois payer pour revivre tout ce que j’ai pu vivre, je n’hésiterais pas 1 seconde. Je vis pour le Trail. J’ai loupé des anniversaires et des soirées pour des entrainements et des week-ends Trail. Mais je peux dire aussi avec humour : « des gens ont fait des enfants, mais moi j’ai fait la Via Alpina ! ».

Ton film a une qualité d’image incroyable, peux-tu nous en parler ?

Le film a été réalisé par Peignée Verticale qui est une Agence de référence pour les films de Trail, et surtout une équipe extraordinaire de professionnels. C’est eux qui ont fait le documentaire de l’UTMB® par exemple. Le documentaire de la Via Alpina n’a pas été réalisé pour me suivre, mais surtout pour découvrir les Alpes. Pour moi, ce n’était pas une question de kilomètres à montrer, mais tout simplement partager les paysages indescriptibles que j’ai pu découvrir durant ma traversée des Alpes.

« Des gens ont fait des enfants, mais moi j’ai fait la Via Alpina ! »

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Un caméraman de Peignée Verticale dans les Dolomites

Quels sont tes projets pour le futur ?

J’ai d’abord pu récupérer et rester en forme, en faisant du vélo chez moi pendant le confinement. J’aimerai maintenant traverser la France en vélo… pour faire 2.600 km sur des routes mythiques (la Race Across France®). Le vélo, c’est aussi un sport intensif, et c’est pour cela que j’aimerai me lancer ce défi.

L’année prochaine sera consacrée au sentier de St Jacques de Compostelle en 2 semaines. En 2022, j’ai comme projet une grosse session de course aux USA.

Pour l’instant, tout cela reste dans mes prochains objectifs, et pour me faire plaisir, il faudra les préparer sérieusement. L’aventure sera alors à vivre et partager, à nouveau.

 

 

 

 

Interview de Guillaume Arthus par Philippine Choutet

Le film disponible ici

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