Le capitaine sénégalais Kalidou Koulibaly a évoqué la douloureuse élimination de la CAN 2025 et livré une confidence inattendue sur Yassine Bounou.
« On a tous été dévastés. » Ces mots, Kalidou Koulibaly les a prononcés sans détour dans un entretien accordé au Media Carré, quelques semaines après le coup de massue infligé par la Confédération Africaine de Football. La décision de la CAF de prononcer une défaite sur tapis vert contre le Sénégal lors de la Coupe d'Afrique des Nations 2025 a fait l'effet d'un tremblement de terre dans le football africain. Et le capitaine des Lions de la Téranga, lui, n'a pas avalé la pilule en silence. Il a parlé. Franchement. Et ce qu'il a confié sur Yassine Bounou, le gardien marocain, mérite que l'on s'y arrête.
Pourquoi la CAF a-t-elle retiré le titre au Sénégal ?
L'affaire a secoué le continent tout entier. Le Sénégal, champion en titre depuis son sacre historique de 2021 au Cameroun, s'est vu disqualifier de la CAN 2025 pour une irrégularité liée à l'alignement d'un joueur non éligible lors de la compétition. La CAF, après instruction du dossier, a tranché sans appel : défaite sur tapis vert, élimination, et transfert du trophée au Maroc, finaliste de la compétition. Un scénario kafkaïen, inédit à ce niveau.
Kalidou Koulibaly, lui, était sur le terrain. Il a sué, souffert, gagné des duels, porté son équipe. Voir ce titre lui glisser entre les doigts par voie administrative, après des semaines de compétition intense, a quelque chose d'intrinsèquement cruel. Le défenseur central de l'Al-Hilal Saudi Club ne s'est pas répandu en accusations, mais sa voix porte. Et quand un joueur de son calibre — 120 sélections, capitaine depuis des années, référence mondiale au poste — prend la parole, le football africain écoute.
La décision de la CAF soulève des questions profondes sur la gouvernance du football continental. Comment un joueur non éligible peut-il franchir toutes les étapes de vérification sans que personne ne tire la sonnette d'alarme ? Ce n'est pas la première fois que l'instance africaine se retrouve dans l'œil du cyclone pour des raisons administratives, et l'image du football africain en prend inévitablement un coup à l'échelle internationale.
Qu'est-ce que Koulibaly a vraiment dit sur Bounou ?
C'est là que l'entretien prend une tournure inattendue. Alors que l'on aurait pu s'attendre à une amertume dirigée vers le Maroc, bénéficiaire de cette décision, Kalidou Koulibaly a choisi de rendre hommage à Yassine Bounou. Le gardien de Séville — aujourd'hui pilier indiscutable des Lions de l'Atlas — est apparu dans les propos du capitaine sénégalais non pas comme un adversaire honni, mais comme un grand du football africain que le Sénégalais respecte profondément.
Koulibaly a reconnu que Bounou avait été l'un des meilleurs gardiens de la compétition, que ses performances avaient été déterminantes pour le parcours marocain sur le terrain. Une confidence qui en dit long sur la classe du défenseur. À 33 ans, Koulibaly a atteint ce stade de maturité où l'on sait distinguer le fond — la décision administrative — de la forme — la qualité d'un rival. Ce n'est pas de la résignation. C'est du respect. Celui qu'un compétiteur de haut niveau accorde à un autre compétiteur de haut niveau.
Yassine Bounou, de son côté, a lui aussi traversé des années de lutte pour s'imposer. Passé par le Wydad Casablanca, Gérone et Séville avant de devenir le dernier rempart indiscutable du Maroc, le portier de 33 ans a inscrit son nom en lettres dorées dans l'histoire du football africain lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, où les Lions de l'Atlas avaient atteint les demi-finales — une première absolue pour une nation africaine. Sa cote en Europe a depuis explosé, et son autorité dans les cages marocaines n'est plus discutée par personne.
Quel avenir pour le Sénégal après ce traumatisme institutionnel ?
Le Sénégal n'a pas perdu sur le terrain. C'est peut-être ce qui rend la situation encore plus complexe à digérer, pour les joueurs comme pour les supporters. Les Lions de la Téranga restent l'une des sélections les plus talentueuses du continent africain, avec un effectif qui fait régulièrement trembler les meilleures équipes mondiales. Sadio Mané, même en fin de cycle international, reste une icône. La génération emmenée par Koulibaly a prouvé sur vingt ans qu'elle pouvait aller chercher les plus grands trophées.
Mais cette affaire laisse une cicatrice. Pas seulement sportive — administrative, institutionnelle, presque philosophique. Peut-on encore croire que le football se gagne uniquement sur le rectangle vert ? La question, aussi inconfortable soit-elle, traverse désormais les esprits sénégalais. Le sélectionneur national devra reconstruire un groupe potentiellement ébranlé dans ses certitudes, avant les prochaines échéances qualificatives pour la Coupe du monde 2026, compétition qui s'annonce historique avec sa formule élargie à 48 nations et son organisation partagée entre les États-Unis, le Canada et le Mexique.
Pour Koulibaly lui-même, l'heure tourne. À 33 ans, chaque compétition internationale pourrait être la dernière. La CAN 2027, organisée au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, sera peut-être son ultime chance de soulever un trophée continental à la tête de son pays. Il le sait. Et c'est peut-être pour ça qu'il a choisi, dans cet entretien, de parler sans fiel, avec la hauteur de vue de quelqu'un qui sait que le football — même blessé — reste plus grand que ses controverses. L'histoire retiendra que Koulibaly a été grand sur le terrain. Elle devrait aussi retenir qu'il l'a été en dehors.