Le Tribunal Arbitral du Sport devrait trancher en faveur du Maroc dans l'affaire de la finale de la CAN 2025. Une tendance lourde se dessine.
Quatre-vingt-dix minutes de football n'auront pas suffi à trancher. C'est désormais dans les couloirs feutrés du Tribunal Arbitral du Sport, à Lausanne, que se joue le véritable épilogue de la Coupe d'Afrique des Nations 2025. Selon nos informations, une tendance forte se dégage du côté du TAS : le Maroc devrait se voir confirmer le titre continental, après que la CAF a décidé de déclarer le Sénégal forfait sur tapis vert avant la finale. Une affaire qui empoisonne le football africain depuis plusieurs semaines et qui n'a pas fini de faire des vagues.
Pourquoi la CAF a-t-elle pris une décision aussi radicale contre le Sénégal ?
Tout remonte aux heures précédant la finale. La Confédération Africaine de Football a invoqué une irrégularité dans la composition du groupe sénégalais, un motif suffisant selon ses propres règlements pour disqualifier les Lions de la Téranga avant même le coup d'envoi. La décision a provoqué un séisme. À Dakar, la stupeur a laissé place à la colère. La Fédération Sénégalaise de Football a immédiatement contesté, estimant que la sanction était disproportionnée et que les conditions d'un procès équitable n'avaient pas été réunies.
À en croire l'entourage de la délégation sénégalaise, les éléments versés au dossier démontreraient que l'irrégularité soulevée relevait d'un vice de forme administratif et non d'une tentative délibérée de fraude. Un argument défendu bec et ongles devant le TAS, mais qui semble peiner à convaincre les arbitres suisses. La jurisprudence du Tribunal joue contre Dakar : dans des affaires similaires impliquant des questions de qualification ou d'éligibilité de joueurs, le TAS a historiquement eu tendance à valider les sanctions des instances sportives dès lors que les règlements sont clairs et que leur application est cohérente.
Côté marocain, le silence officiel est de mise, mais la sérénité transpire. Les dirigeants de la Fédération Royale Marocaine de Football ont fait le choix de laisser les juristes travailler, sans communiquer publiquement sur le fond du dossier. Une posture qui en dit long sur leur confiance dans l'issue de la procédure.
Qu'est-ce qui penche concrètement en faveur du Maroc devant le TAS ?
Plusieurs éléments structurels militent pour une validation de la décision de la CAF. Premier point : le règlement de la compétition est explicite sur les conditions d'éligibilité des joueurs et les délais de déclaration des listes. Dès lors que la Confédération démontre qu'une règle a été enfreinte — même involontairement — le TAS tend à ne pas substituer son appréciation à celle de l'instance sportive compétente, sauf en cas d'erreur manifeste ou de violation du principe de proportionnalité.
Or, selon nos informations, la CAF aurait documenté l'irrégularité avec suffisamment de précision pour résister à l'examen du TAS. Deuxième élément : le Sénégal n'a pas obtenu de mesures provisoires suspendant la décision initiale, ce qui signifie que le Maroc est techniquement déclaré finaliste par défaut depuis plusieurs semaines. Cette absence de suspension est souvent interprétée comme un signal préjudiciable pour la partie requérante.
Troisièmement, le précédent de la CAN elle-même pèse dans la balance. La compétition, qui s'est jouée au Maroc cette année devant des stades combles — le Complexe Mohammed V de Casablanca a affiché complet lors des phases finales — a vu les Lions de l'Atlas réaliser un parcours impressionnant jusqu'en finale. Priver le pays hôte de ce titre sur la base d'une procédure jugée solide par les instances serait une décision lourde de sens. Le TAS en est conscient, même si sa mission première reste l'application du droit sportif.
Quelles conséquences pour le football africain si le Maroc est sacré sur tapis vert ?
Un titre décerné sans avoir été disputé jusqu'au bout sur le terrain laisse toujours un goût amer. Le Maroc le sait. Remporter une CAN de cette façon, même légitimement, entacherait le palmarès aux yeux d'une partie de l'opinion africaine. À Dakar, on ne manquera pas de le rappeler. La rivalité entre les deux nations, exacerbée ces dernières années par leurs trajectoires ascendantes respectives sur le continent et sur la scène mondiale, prendrait une dimension supplémentaire, plus amère que sportive.
Pour la CAF, l'enjeu dépasse le seul cas sénégalais. Si le TAS valide sa décision, l'instance dirigée par Patrice Motsepe sortira renforcée dans sa capacité à faire respecter ses règlements, même contre les nations les plus puissantes du football africain. Le Sénégal, champion d'Afrique en titre depuis sa victoire au Cameroun en 2022, n'est pas n'importe quel adversaire. L'infliger une telle sanction à la sélection d'Aliou Cissé et de ses Lions envoie un signal fort à toutes les fédérations du continent : les règles s'appliquent à tout le monde.
Reste une question qui dépasse le juridique. Le football, contrairement à d'autres sports, tire une grande partie de sa légitimité du terrain. Une médaille gagnée sur un recours, aussi justifié soit-il, ne vaut jamais tout à fait une médaille gagnée sur un but. Les Marocains, qui rêvaient d'un sacre retentissant devant leur public, savent qu'ils auraient préféré trancher l'affaire à quatre-vingt-dix minutes de la gloire. Ou en prolongation.
La décision définitive du TAS est attendue dans les prochaines semaines. Elle dira si le droit aura raison du terrain — et si le football africain saura en tirer les leçons pour assainir ses procédures administratives avant la prochaine édition. Une chose est sûre : cette affaire Sénégal-Maroc laissera des traces bien au-delà du verdict, et le match retour, s'il a lieu un jour en compétition officielle, s'annonce déjà comme l'un des plus chargés en histoire de la CAN.