Buteur avec Santos dans sa course au Mondial, Neymar se retrouve au cœur d'une polémique pour des propos misogynes visant une arbitre.
Il avait le vent en poupe, enfin. Neymar Jr, 34 ans, semblait renaître sous le maillot de Santos FC, celui de ses débuts, celui de ses premières promesses. Une victoire, un but, la Coupe du monde 2026 qui se rapproche à l'horizon — tout allait dans le bon sens. Et puis il a ouvert la bouche. Ou plutôt, il a tapé sur son téléphone. Quelques mots balancés en réaction à une décision arbitrale ont suffi à tout gâcher, une fois de plus. Le voilà rattrapé par une polémique qui dit bien plus que ce qu'on voudrait croire sur l'état d'esprit du personnage.
Un retour en fanfare vite éclipsé par le reste
Sur le terrain, difficile de ne pas reconnaître le talent intact. Santos a dominé son adversaire jeudi soir, et Neymar a retrouvé ses automatismes, ses dribbles caractéristiques, ce génie balle au pied qui avait tant manqué au football brésilien ces deux dernières années. Après des blessures à répétition, des passages douloureux à Al-Hilal où il n'aura disputé que quelques minutes en presque deux saisons, son retour au Brésil ressemblait enfin à une vraie renaissance sportive. Le Mondial 2026, organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique, reste son objectif ultime, et la Seleção a besoin d'un Neymar à son meilleur niveau pour y croire.
Mais le football ne se joue pas qu'avec les pieds. Et Neymar, malgré les années, malgré les scandales passés, semble n'avoir toujours pas intégré cette réalité. Dès le coup de sifflet final, alors qu'une décision arbitrale lui avait visiblement déplu en cours de match, il a choisi de réagir publiquement, sur les réseaux sociaux, avec des propos d'une vulgarité assumée à l'égard de l'arbitre — une femme. Le registre employé était sans ambiguïté : sexiste, condescendant, irrespectueux.
Quand le vestiaire du passé hante encore le présent
Les réactions n'ont pas tardé. Au Brésil, des associations féministes, des joueuses professionnelles et de nombreuses voix du monde sportif ont pris position avec une clarté tranchante. «Sexiste et discriminatoire» — les mots employés par les critiques ne laissent guère de place à l'interprétation. Et il faut bien reconnaître qu'ils sont justifiés. Remettre en cause la compétence d'une arbitre en ciblant spécifiquement son genre, avec un vocabulaire ordurier, ce n'est pas une sortie de route passagère : c'est un marqueur culturel profondément ancré.
La question mérite d'être posée franchement : quel signal cela envoie-t-il aux milliers de jeunes arbitres féminines qui essaient de se faire une place dans le football brésilien — et mondial ? La FIFA a officiellement encouragé l'arbitrage féminin dans les compétitions masculines depuis plusieurs années, un effort symbolique et concret à la fois. Quand la star la plus médiatisée du football brésilien les tourne en dérision, c'est toute une dynamique qui en prend un coup. Le problème n'est pas anecdotique.
Ce n'est pas non plus la première fois que Neymar se retrouve sous les projecteurs pour des raisons extra-sportives. Les affaires judiciaires, les controverses, les déclarations mal venues jalonnent une carrière aussi brillante que tumultueuse. À 34 ans, on aurait pu espérer une forme de maturité, un filtre supplémentaire entre la pensée et la publication. Non. Ce qui interpelle autant que les propos eux-mêmes, c'est cette impulsivité persistante, cette conviction implicite que le statut de star protège de tout.
Le Brésil regarde, la sélection attend, le temps presse
Dorival Júnior, le sélectionneur brésilien, se retrouve dans une position inconfortable qu'il connaît désormais bien. Intégrer Neymar dans une Seleção en reconstruction, c'est accepter le package complet : le talent immense, la capacité à faire basculer un match, mais aussi les turbulences permanentes qui gravitent autour du personnage. Le Brésil n'a plus remporté la Coupe du monde depuis 2002 — une disette de 24 ans qui pèse sur toute une nation — et la tentation de miser sur Neymar, malgré tout, reste réelle.
Seulement, l'opinion publique brésilienne n'est plus aussi indulgente qu'avant. Les réseaux sociaux ont amplifié la polémique avec une vitesse redoutable, et des voix importantes du sport et de la société civile réclament des sanctions, ou à minima des excuses claires et sincères — pas le communiqué froid et calculé habituel des gestionnaires d'image. Le Santos FC lui-même va devoir prendre position. Laisser passer en silence, c'est cautionner. Réagir, c'est risquer de se brouiller avec son joueur-vitrine au moment le plus délicat de sa propre saison.
Le football brésilien traverse une période charnière. Plusieurs clubs ont fait des efforts mesurables pour intégrer les femmes — joueuses, arbitres, dirigeantes — à tous les niveaux de la pyramide sportive. Des chiffres récents pointaient vers une progression du nombre d'arbitres féminines officiantes dans les championnats nationaux, une évolution lente mais réelle. Ce genre d'incident ne fait pas que ternir l'image d'un individu : il alimente un climat qui rend ces progrès structurellement fragiles.
Neymar a le temps, théoriquement, de redresser la barre. Sur le terrain, son niveau de jeu avec Santos laisse entrevoir qu'il peut encore peser sportivement. Mais le Mondial 2026, s'il veut vraiment y participer et y avoir un rôle, ne se gagnera pas seulement avec des buts. Il se gagnera aussi avec une image stabilisée, une réputation qu'on ne passe plus son temps à éteindre. La prochaine décision qui comptera ne viendra pas d'un arbitre — elle viendra de lui. Et cette fois, il faudrait peut-être choisir ses mots avec autant de soin qu'il choisit ses dribbles.