L'arrivée de Roberto De Zerbi sur le banc de Tottenham provoque ses premiers tremblements : trois joueurs se retrouvent déjà hors des plans du technicien italien.
Quand Roberto De Zerbi pose ses valises dans un club, il ne fait pas que changer le style de jeu — il remodèle les hiérarchies, redistribue les cartes, et certains se retrouvent inévitablement sans chaise quand la musique s'arrête. À Tottenham Hotspur, le technicien italien, qui avait déjà opéré une forme de révolution culturelle à Brighton & Hove Albion entre 2022 et 2024, n'a pas tardé à inscrire ses premières décisions fortes. Trois joueurs du club londonien figurent déjà en marge de son projet, relégués dans les limbes d'un effectif en pleine recomposition.
Qui sont ces joueurs que De Zerbi a déjà rayés de sa liste ?
Les identités de ces premières victimes collatérales du changement d'ère à Tottenham sont révélatrices d'une philosophie de jeu très précise. Roberto De Zerbi, formé à l'école du football de position, héritier intellectuel de Pep Guardiola et de Maurizio Sarri, recherche des profils capables de s'intégrer dans un système exigeant techniquement, où la relance depuis l'arrière, la fluidité des circuits de passes et l'intelligence positionnelle priment sur la seule qualité athlétique.
Les joueurs mis à l'écart n'ont pas nécessairement failli sur le terrain ces dernières saisons — certains ont même été des éléments réguliers sous Ange Postecoglou. Mais le football de De Zerbi suppose une adhésion quasi-totale à ses principes, et ce qui peut sembler une qualité dans un autre système devient parfois une limitation rédhibitoire dans le sien. C'est moins un jugement sur leur niveau qu'une incompatibilité de registre. L'histoire du football européen regorge de ces joueurs excellents dans un contexte donné, devenus soudainement transparents après un changement d'entraîneur — Mesut Özil sous Unai Emery à Arsenal en est peut-être l'illustration la plus célèbre.
À Tottenham, le club a d'ores et déjà confié les clés du projet à un noyau de joueurs jugés compatibles avec la vision italienne, laissant d'autres en marge des séances les plus importantes de préparation tactique. Une situation qui, si elle devait se prolonger, poserait à court terme des questions de gestion de vestiaire — et à moyen terme, des questions de mercato.
Que dit cette situation du projet sportif des Spurs ?
Tottenham traverse depuis plusieurs années une période de questionnement profond sur son identité. Après l'épopée Pochettino, la parenthèse Mourinho, les passages de Nuno Espírito Santo, Antonio Conte, Cristian Stellini et Postecoglou, le club du nord de Londres accumule les ruptures de style avec une régularité troublante. Depuis le départ de Mauricio Pochettino en novembre 2019, les Spurs ont utilisé pas moins de six entraîneurs différents, sans jamais retrouver la cohérence qui les avait portés jusqu'à la finale de la Ligue des champions en 2019.
L'arrivée de Roberto De Zerbi s'inscrit dans ce contexte d'une direction sportive qui cherche enfin une ligne claire. Le choix d'un technicien aussi identitaire — et aussi exigeant — que l'Italien est en soi un signal fort. Ce n'est pas un pompier venu gérer une transition, c'est un architecte recruté pour construire quelque chose de durable. Mais cette ambition a un coût humain immédiat : les joueurs dont le profil ne correspond pas au cahier des charges se retrouvent dans une position délicate, exposés à un mercato estival ou hivernal dont ils ne maîtrisent pas les contours.
Sur le plan économique, la situation mérite attention. Tottenham a longtemps été présenté comme un modèle de gestion vertueuse à l'échelle de la Premier League, avec un stade flambant neuf inauguré en 2019, une capacité de 62 850 places et des revenus commerciaux en croissance régulière. Mais les résultats sportifs, eux, n'ont pas suivi : aucun trophée majeur depuis la Coupe de la Ligue 2008. Faire coexister une ambition économique forte et une instabilité sportive chronique finit par éroder la valeur de marque — et donc l'attractivité du club pour les joueurs de premier plan. De Zerbi doit résoudre cette équation.
Quel précédent De Zerbi offre-t-il pour lire son avenir à Tottenham ?
À Brighton, Roberto De Zerbi avait mis environ six mois à véritablement imprimer sa marque. Les premiers temps avaient été marqués par quelques incompréhensions tactiques, des résultats en dents de scie, et des interrogations légitimes sur la capacité d'un technicien aussi exigeant à s'adapter à la Premier League. Puis quelque chose s'était enclenché : les Seagulls avaient terminé sixièmes en 2023, leur meilleur classement historique en Premier League, et avaient atteint les huitièmes de finale de la Ligue Europa la saison suivante — une performance remarquable pour un club de cette taille.
Ce précédent est utile pour comprendre pourquoi les premières décisions de De Zerbi à Tottenham, même celles qui peuvent sembler brutales, obéissent à une logique construite. Il ne s'agit pas de purges arbitraires mais d'un tri précoce destiné à éviter les frictions qui ralentissent l'appropriation d'un système. L'entraîneur italien sait, par expérience, que le temps que met un joueur réfractaire à ses idées à accepter sa marginalisation est du temps volé à la dynamique collective.
Les trois joueurs aujourd'hui écartés des plans de De Zerbi sont, en ce sens, moins des victimes d'un caprice que les premiers révélateurs d'une méthode. Une méthode qui a prouvé son efficacité dans un contexte moins exposé que celui de Tottenham — un club désormais scruté à la loupe par ses supporters, ses actionnaires et la presse sportive internationale. La marge d'erreur est plus étroite, les attentes plus immédiates, et la pression bien moins comparable à celle d'un club du milieu de tableau anglais.
Reste une question que ni les chiffres ni les conférences de presse ne trancheront avant plusieurs mois : Roberto De Zerbi, qui a construit sa réputation sur la patience et la profondeur de travail, trouvera-t-il à Tottenham l'espace nécessaire pour laisser germer son projet ? L'histoire récente des Spurs suggère que cette patience, précisément, est la denrée la plus rare dans les couloirs du Tottenham Hotspur Stadium. Et si ce nouvel épisode de purge sportive préfigure une véritable renaissance, ou n'est qu'un de plus dans la longue série de faux départs londoniens, seule la prochaine saison en Premier League sera en mesure de le dire.