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Voile/Vendée – Bestaven en maître, le Pacifique en traitre

Après plus de 60 jours passés en mers, 439 miles séparent désormais Yannick Bestaven, leader depuis 22 jours de son dauphin Thomas Ruyant. Pendant que le skipper de Maître CoQ IV savoure son avance, d’autres poursuivent leurs aventures dans l’enfer du Pacifique.

Si cet écart est le plus grand jamais enregistré sur cette édition entre le premier et le deuxième, la victoire est encore loin d’être assurée pour Bestaven.

C’est avec un visage reposé, rajeuni et fraichement rasé que le skipper de Maître CoQ IV est apparu hier matin au large de l’Uruguay. En pleine remontée de l’Atlantique Sud, Bestaven doit constamment faire face à des systèmes météorologiques complexes et variés ainsi qu’à la présence d’un anticyclone.

En attendant d’être complètement au ralenti, Maître CoQ IV poursuit sa navigation en fonction de la dépression qui s’est formée au large de Buenos Aires. « J’ai 15 nœuds de vent de travers » précise son skipper. Si l’avance qu’il possède parait grande et suffisante, il sait que le calme peut être de très courte durée. «  Il faudra garder la tête froide parce que je vais reperdre beaucoup (…) Je crois que personne ne sait vraiment comment ça va se passer, mais il va falloir être dessus, ce sera du gagne petit, comme en Figaro » indique Bestaven.

Si l’anticyclone rend la remontée l’Atlantique Sud complexe pour le leader, ses poursuivants pourraient profiter des différentes options proposées. Que ce soit Apivia, LinkedOut ou Groupe APICIL, ils sont nombreux à être lancés aux trousses de Bestaven. La poursuite est cependant dispersée.

Deux options bien différentes face à l’anticyclone de l’Atlantique Sud

On retrouve à l’Ouest, Charlie Dalin et Thomas Ruyant, bord à bord, qui ont retrouvé de la vitesse ce vendredi. Sur la bordure de la dépression, ils ont du faire face à un vent forcissant en milieu de journée, avant de retrouver des allures plus favorables en virant sur le bord qui convient à leur foil, dans la soirée.

Longeant la barrière des glaces cap à l’Est, on retrouve Damien Seguin et ses poursuivants qui ont passé leur temps à s’adapter et composer avec l’anticyclone aujourd’hui. On pourrait d’ici un peu plus de 24heures assister au regroupement des deux groupes de poursuivants, qui devraient, par la même occasion, réduire leur retard sur Yannick Bestaven et Maître CoQ IV.

Dans le groupe des poursuivants situé derrière Seguin, les écarts sont toujours aussi fragiles mais Louis Burton (Bureau Vallée 2) a réussi à prendre un peu d’avance. Jean Le Cam (Yes We Cam), Benjamin Dutreux (Omia-Water-Family), Giancarlo Pedote (Prysmian Group), Boris Herrmann (Seaexplorer – Yacht Club de Monaco), Maxime Sorel (VandB Mayenne) et Isabelle Joscke (MACSF) se tiennent en moins de 150 milles.

Au total, 14 skippers ont quitté l’enfer du Pacifique en franchissant le cap Horn pour partir à l’assaut de l’Atlantique. Romain Attanasio (Pure – Best Western Hotels and Resort) est le dernier à avoir coupé la longitude 67° 17’ 21’’ Ouest. Il a aperçu le cap fatidique ce jeudi matin à 05h45 UTC (6h45 heure française) soit 4 jours, 16 heures et 2 minutes après le leader Bestaven.

Attention à Louis Burton

Malgré des analyses rendues confuses et souvent contradictoires avec la complexité de la météo, le skipper poursuit sa remontée impressionnante sur son Bureau Vallée 2. Après être passé au cap Horn en 6ème position, lundi dernier, il n’avait pas hésité à rappeler qu’il revenait de loin : « J’ai réussi, alors que mille fois j’aurais pu abandonner. Je suis là et bien là. En chasse pour la cinquième place ! ».

Avec une détermination à toute épreuve, le skipper de Bureau Vallée 2 continue d’impressionner depuis qu’il est entré dans l’Atlantique. Désormais en 5ème position, il faudra impérativement surveiller les prochains jours du Malouin.

Températures chaudes à l’avant, sueurs froides à l’arrière

Si la latitude augmente à mesure que la flotte progresse vers le Nord, les températures se réchauffent de plus en plus sur la route du Vendée Globe. Les premiers skippers ont déjà pu noter un changement assez net : « J’ai rangé mes grosses polaires, mes gants, la chapka et compagnie, tout ça est au placard ! J’ai sorti mes habits d’intersaison. Dans quelques jours il fera très chaud, voire trop chaud » confiait Charlie Dalin, actuellement 2ème.

C’est bien une toute autre histoire qui est en train d’être racontée dans le Pacifique. Si ceux qui en sont sortis depuis le début de semaine en gardent un très mauvais souvenir, le reste de la flotte actuellement dans le Grand Sud navigue en plein enfer. Dans des conditions infernales les skippers doivent obligatoirement se surpasser pour être capables de résister à un vent très instable et parvenir à franchir le cap Horn.

Depuis le 3 janvier, les Cinquantièmes sifflent dans les oreilles du groupe emmené par Pip Hare (Medallia). Sur le dos d’une immense dépression, les huit solitaires qui composent le groupe vivent des jours épuisants. Naviguant dans 35 à 45  nœuds de vent, avec des rafales à 60, certains ont même eux le droit à de la neige sur leur bateau au petit matin. Aucun ne parvient à avancer rapidement dans une mer croisée qui n’arrête pas de se déchaîner. Déjà abimés par les 60 jours de course qui viennent de s’écouler, les bateaux pourraient facilement se casser.

Pip Hare dans les pleurs et la douleur

Restée prudente en prenant certaines précautions, la navigatrice a vu la mèche de safran bâbord de son bateau,  Medallia, rompre dans la journée d’hier. La Britannique, abattue par le coup de malchance n’a pas pu contenir ses larmes dans une vidéo postée dans les heures qui ont suivies.

Malgré sa peine aussi intense que la lutte qu’elle mène depuis de nombreux jours, Pipe Hare ne s’est pas laissée abattre. Disposant d’un safran de rechange, la navigatrice a procédé, avec brio, au remplacement ces dernières heures. “Chaque partie de mon corps me fait mal. J’ai les articulations ensanglantées sur chaque doigt, des bleus sur toutes mes jambes et j’ai découvert des muscles dont j’ignorais l’existence, mais OUI ! Le nouveau safran est en place et Medallia est de retour dans le jeu.” s’est exprimée, Pipe Hare. Si la Britannique est touchée physiquement, elle s’est montrée plus souriante que jamais après son exploit.

Naviguant en direction du cap Horn, les poursuivants devraient le franchir, vidés par la souffrance et l’épuisement, d’ici 2 jours et demi. Si ils ont eu la chance de ressentir une légère accalmie ce vendredi soir, les conditions de navigation vont à nouveau se durcir avant d’entamer la remontée de l’Atlantique Sud.

Hermine LEFEBVRE

 

Voile/Vendée Globe – Les passages s’enchainent au cap Horn

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