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Volley / ITW exclusif – Dominique Duvivier : “Quimper est le dindon de la farce de cette année”

L’ancien entraîneur 2018-2019 de Quimper Volley 29 et aujourd’hui coordinateur sportif du côté de Martin Hroch, Dominique Duvivier, a répondu à nos questions. Quimper Volley 29 a fini premier de sa poule en Elite féminine et a été victime du Covid-19. Istres, premier de l’autre poule, est monté en LAF pendant que Quimper doit rester en Elite féminine à cause d’un petit point. Dominique Duvivier nous explique, dans un entretien exclusif avec Sport Business Mag, la situation dans laquelle se trouve Quimper aujourd’hui.

 

Sport Business Mag : “Comment avez-vous vécu le confinement ?”

Dominique Duvivier : Plutôt bien, je suis dans une résidence à l’extérieur de Quimper donc je pouvez sortir de l’appartement. Les joueuses sont parties très rapidement après l’annonce du confinement. Les étrangères de l’équipe de Martin Horch avaient peur de la fermeture des frontières. Elle sont vite rentrées en République tchèque. Nous avons envoyé les séances pour travailler à distance. Elles avaient la possibilité de mettre des commentaires aux séances sur un tableau Excel pour voir si cela leur correspondait jusqu’à début juin. Dans tous les pays, le confinement n’était pas pareil, et donner des séances identiques à chacune ne convient pas à toutes les joueuses. La Canadienne, Kim Robitaille, pouvait s’entraîner à l’extérieur. En Tchéquie, à partir de mi-mai elles pouvaient reprendre notamment le Beach-Volley. Au mois de juin, les clubs s’entraînent également. Nous nous sommes organisés avec Martin Hroch pour mettre les joueuses dans des clubs pour qu’elles puissent s’entraîner. En France, c’était un peu plus compliqué. En tout cas, pour moi, le confinement s’est bien passé puisque j’avais toujours quelque chose à faire.

 

Après avoir changé de poste l’année dernière, d’entraîneur à coordinateur sportif, comment s’est déroulé la coopération avec Martin Hroch ?

Elle s’est bien déroulée. Cela nous a pris quelques semaines avant de bien trouver nos marques. Je ne voulais pas être un numéro 1 bis. Même si nous nous connaissions avant, il voulait marquer son territoire. Les premières semaines, j’était distant volontairement pour qu’il puisse montrer que c’est lui le patron maintenant. Je faisait le travail dans un rôle de second. J’étais plus sur la coordination du club que sur l’équipe première. Petit à petit nous avons trouvé nos marques et il m’a laissé de plus en plus de place. Je me suis positionné pour que nous nous ne marchions pas sur les pattes. Jusqu’à l’arrêt, nous avions passé une bonne saison.

 

Êtes-vous satisfait de votre saison 2019-2020 avec Quimper Volley ?

Très satisfait. Nous sortions de trois saisons compliquées. Il y avait eu un changement d’entraîneur avant que j’arrive en mi-saison. L’équipe devait descendre quand je suis arrivé. Ensuite, nous avons eu deux saisons où nous étions à la bagarre pour ne pas descendre en Elite. En 2017/2018, nous ne sommes pas descendus pas parce que Évreux a terminé dernier, alors que nous avions le même nombre de points. Ce n’était pas facile sur plan moral des joueuses et du staff qui sont là depuis quelques années quand nous sommes descendus l’année dernière. Cette année, nous faisons tout de même une saison quasi pleine avec seulement une défaite à Évreux, plutôt satisfait. Nous sommes contents du recrutement et de l’osmose du groupe. Plutôt une saison tranquille pour nous.

 

Dans quelle optique vous encaissez cette lourde décision de la Ligue Nationale de Volley de promouvoir Istres et pas Quimper?   

Comme vous avez pu le voir, nous ne sommes pas montés au créneau pour réclamer une quelconque accession. La LNV avait trois solutions, soit faire une saison blanche, donc sans aucune montée ni descente en ne visant aucun club, soit faire un championnat à 16 équipes avec Mougins qui reste, et Istres et Quimper qui montent, je pense que c’était la solution idéale qu’ils auraient dû faire, soit la solution qu’ils ont prise, faire monter Istres et faire descendre Mougins. Quimper est le “dindon de la farce” dans ce coup.

Avec tout ce qui s’est passé depuis le mois de mars, ça reste que du sport et il y a d’autres problématiques. Quimper est un club sain financièrement et dans sa gestion. Si c’est pour monter en LAF avec toutes les contraintes de la division pour encore faire une fois l’ascenseur ou faire une saison où nous avons du mal à performer, ce n’est pas si grave. Enfin, financièrement, nous ne savons pas ce qu’il va en devenir des partenariats privés et publics. Peut-être un changement de municipalité. La remontée en LAF contient un certain risque. Je trouve que la décision des dirigeants de ne pas faire appel est une bonne chose.

 

Quel est l’impact du Covid-19 d’un point de vue financier et humain au sein de Quimper Volley ?

Oui, aujourd’hui nous pouvons chiffrer l’impact. Nous avons quelques partenaires qui nous ont annoncé qu’ils ne peuvent pas mettre autant. D’autres qui voudraient retarder leur réponse pour voir comme ça se passe. Cela ne change rien fondamentalement au niveau du club. Nous sommes un grand club en Elite féminine, mais aussi un petit club en LAF. Il faut rester mesuré. Le problème de la différence entre l’Elite et la LAF sont les coûts. Le challenge vidéo qu’il faut mettre en place coûte 27 000 euros. Il faut avoir huit contrats pros minimum, donc une joueuse supplémentaire à faire signer. Faire ses déplacements dans le sud, environ 6-7 voyages en avion pour aller jouer dans le Sud de la France, soit des dépenses importantes. Pour vous donner un ordre d’idée, notre match le plus court se situe à Nantes, à deux heures et demi en voiture. Ce sont nos “petits déplacements”. De plus, la situation géographique n’arrange pas les choses, mais bon, nous ne pouvons rien y faire. Il faut être raisonnable, le fait de ne pas repartir en LAF est un bien pour un mal. Pour jouer le championnat Elite, il n’y aura pas de soucis.

Ce n’est pas toujours évident de recruter des joueuses en étant aussi excentré. Mais ça ne nous empêche pas de faire un recrutement à l’international. Mais ça reste plus difficile pour nous que pour Nantes par exemple, qui est mieux desservi concernant les transports.

 

Avec un centre de formation aussi développé que le vôtre, vous discutez souvent avec Yamandu Peralta pour faire monter une joueuse en pro ? 

Oui, nous avons l’avantage de ne pas avoir un groupe étoffé de 10 joueuses pros. Les joueuses qui viennent au centre de formation savent qu’elles ont l’opportunité d’intégrer l’équipe première. Elles sont dans le collectif. Le week-end, il y aura toujours 3 joueuses qui se déplaceront avec les pros. Elles se disent : “Au moins j’ai une chance de jouer à Quimper”. Les montées en pro sont en fonction des besoins de Martin (Hroch) et en fonction des blessures. L’objectif est que les joueuses puissent faire de l’Elite et continuer leur formation.

Sur les trois dernières années, nous avons Kristyna Vojikova qui a passé toute la saison en Elite alors qu’elle est au centre de formation. Même chose pour Lola Morillon. Laura Boisselier est dans le groupe, mais avec peu moins de temps de jeu. Eva Elouga intègre l’équipe Elite cette année, à l’âge de 21 ans. Mélanie Malavenda arrive également en tant que troisième passeuse. En fonction des opportunités, si Kim Robitaille ou Sadio Dioumanera se blessent, Malavenda jouera. Pareil, Sadio Dioumera a passé quatre années au centre de formation, et a joué en LAF comme en Elite. Les joueuses savent que si l’opportunité s’y prête, elles auront du temps de jeu.

 

Est-ce que votre effectif connaît un changement majeur en restant en Elite féminine ?

Oui, il y a des changements. Le changement majeur est le départ de Grace Carter qui était là depuis quatre ans et en tant que capitaine de l’équipe. Une grosse perte pour nous. C’était une leader sur le terrain comme dans le vestiaire. Elle s’était bien implantée à Quimper. Pour moi, c’est quelqu’un qui va beaucoup me manquer.

Le groupe ne change pas tant que ça sinon. Nous gardons les deux mêmes passeuses avec Kim Robitaille et Sadio Dioumanera. La même centrale Marième Diagne qui est au club depuis six ans. Nous gardons également la réceptionniste-attaquante Barbora Gambova.

Il n’y que trois nouvelles joueuses qui intègrent le six de base. Karina Denisova qui remplace Roxane Hasseni. Tereza Patockova va remplacer Vendula Merkova à la pointe qui a été victime d’une rupture des ligaments croisés fin décembre 2019. Eva Elouga remplace Grace Carter. La même équipe devra se greffer sur le collectif des joueuses du CFC. Cassiopée Besnehard arrive de Venelle et nous aidera beaucoup sur cette saison. Aussi bien à l’entrainement que dans le championnat.

 

Quels sont les objectifs du clubs pour la saison à venir ? Une montée en LAF ? 

Nous allons jouer pour tout gagner. Peut-être que nous ne pourrons pas monter et ne pas tout gagner, mais en connaissant un peu mieux Martin Hroch, nous jouons pour gagner. L’objectif est de se qualifier pour les playoffs, puis nous ferrons tout pour jouer la montée. Nous sommes des compétiteurs et des sportifs compétiteurs avant tout.

En Coupe de France, on espère faire mieux que l’an dernier. Nous avions sorti Clamart, puis nous nous sommes pris une pilule par le RC Cannes (3-0). Nous espérons que recevoir une équipe de LAF au deuxième tour ne nous posera pas autant de problèmes que l’an dernier.

 

Dans le futur, vous avez des objectifs personnels ?

Personnellement non, je souhaite que le club vive bien. Que les licenciés se reconnaissent dans l’équipe élite et qu’ils prennent du plaisir au sein de la pratique et de la vie du club.

 

© Crédit photo – QV29 – Florence Massard

 

Matéo Le Clainche

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