Le patron de l'UEFA menace de retirer l'organisation de l'Euro 2032 à l'Italie. Un avertissement sans précédent qui secoue le football transalpin.
« L'Italie doit se réveiller. » Le message d'Aleksander Čeferin est tombé comme une bombe dans les colonnes de la Gazzetta dello Sport. Le président de l'UEFA ne prend plus de gants : si la Péninsule ne redresse pas la barre rapidement, l'organisation de l'Euro 2032 pourrait lui être purement et simplement retirée. Une menace à peine voilée, formulée avec une précision chirurgicale, qui résonne comme un ultimatum dans les couloirs de la Federcalcio.
L'UEFA hausse le ton : Čeferin ne bluff pas
Dans cet entretien accordé à la bible du sport italien, le dirigeant slovène n'a pas usé de circonvolutions diplomatiques. Le constat est brutal : les infrastructures ne suivent pas, les chantiers stagnent, et le football italien dans son ensemble peine à donner des signaux rassurants à l'instance européenne. Pour rappel, l'Italie avait décroché l'organisation de l'Euro 2032 en candidature conjointe avec la Turquie en octobre 2023 — un choix qui semblait alors acter le renouveau structurel du pays après des années de sous-investissement chronique dans ses stades.
Čeferin est pourtant un homme qui mesure ses mots. S'il choisit d'interpeller publiquement les autorités italiennes via un journal aussi emblématique que la Gazzetta, c'est que la situation est jugée préoccupante en interne à Nyon. L'UEFA attend des garanties concrètes, pas des promesses de façade. Et le calendrier, lui, tourne inexorablement : il reste moins de huit ans avant le coup d'envoi, un délai qui peut paraître long mais qui, dans la réalité des grands travaux de rénovation de stades, est presque compté.
La Turquie, de son côté, avance. Istanbul, Ankara, Izmir — les projets se concrétisent. Ce contraste avec l'immobilisme relatif du dossier transalpin n'a sans doute pas échappé au président de l'UEFA, qui dispose désormais d'un argument de pression redoutable.
Le football italien, malade de ses stades depuis trente ans
Pour comprendre pourquoi cette menace est crédible, il faut saisir l'ampleur du retard structurel accumulé par l'Italie. Le pays n'a pas construit un seul stade de football neuf depuis le Mondial 1990 — plus de trois décennies de statu quo, pendant lesquelles la Premier League bâtissait l'Allianz Arena, le Wanda Metropolitano ou le Tottenham Hotspur Stadium. Les enceintes italiennes, propriété des municipalités dans leur grande majorité, sont vieillissantes, peu rentables et souvent inadaptées aux standards modernes exigés par l'UEFA pour accueillir une compétition de l'envergure d'un Championnat d'Europe.
La Juventus Turin fait figure d'exception avec son Allianz Stadium inauguré en 2011, premier stade privatif du Serie A. L'Inter Milan et l'AC Milan cherchent encore — et depuis des années — un consensus pour construire un nouveau San Siro ou rénover l'existant, sans qu'aucune solution définitive n'ait été actée. Roma, Naples, Florence : partout les mêmes blocages administratifs, les mêmes guerres de chapelle entre clubs, élus locaux et groupes de pression.
Sur les dix stades pressentis pour accueillir l'Euro 2032, plusieurs ne répondent pas encore aux normes UEFA Category 4, le standard minimal imposé pour une compétition internationale majeure. Le rapport d'avancement présenté à Nyon début 2024 avait d'ailleurs déjà suscité des inquiétudes en interne, selon plusieurs sources proches du dossier. Čeferin, lui, attendait depuis : il vient de faire monter la pression d'un cran.
Un retrait possible ? Les conséquences seraient dévastatrices
Retirer l'Euro 2032 à l'Italie serait un séisme sans précédent dans l'histoire du football européen. Jamais un pays co-organisateur désigné n'a été écarté à ce stade d'un processus d'attribution. Ce scénario catastrophe impliquerait une redistribution totale du tournoi vers la Turquie, seul partenaire de candidature, ou l'ouverture d'un appel à candidatures d'urgence — une option logistiquement cauchemardesque pour l'UEFA elle-même.
Mais la menace, aussi forte soit-elle, est avant tout politique. Čeferin envoie un signal aux instances gouvernementales italiennes : sans déblocage législatif permettant aux clubs de devenir propriétaires ou locataires à long terme de leurs enceintes, rien ne bougera. Le projet de loi sur les stades, en discussion depuis des années au Parlement, tarde à franchir toutes les étapes. Le gouvernement Meloni a pourtant affiché sa volonté d'accélérer — mais entre les déclarations d'intention et le texte promulgué, l'UEFA ne veut plus se contenter de bonnes paroles.
Les retombées économiques en jeu sont considérables. Une édition de l'Euro génère aujourd'hui entre 1,5 et 2 milliards d'euros de retombées directes pour les pays organisateurs, sans compter l'effet d'image et les investissements en infrastructures qui perdurent bien au-delà du tournoi. Perdre cet événement serait une gifle diplomatique et un manque à gagner monumental pour l'économie du sport italien, déjà sous tension.
À l'horizon 2032, tout reste encore possible. Mais le compte à rebours est lancé, et Čeferin vient de placer l'Italie face à ses responsabilités historiques. Si Rome tarde encore à légiférer, si les chantiers continuent de piétiner, la question ne sera plus de savoir si l'UEFA peut retirer l'organisation — mais quand elle le fera. Le football italien a rendez-vous avec lui-même. Et cette fois, l'arbitre s'appelle Čeferin.