Le gardien international algérien brise le silence sur son choix de rejoindre les Fennecs, assumant pleinement une décision qui avait secoué le football français.
"Je ne regrette rien." Trois mots. Suffisants pour Luca Zidane. Le fils du plus grand footballeur français de l'histoire avait fait le choix de porter les couleurs de l'Algérie, et la tempête médiatique qui avait suivi ne l'a pas ébranlé d'un centimètre. Quelques mois après sa première sélection avec les Fennecs, le gardien sort du silence et assume. Frontalement. Sans détour. Et sa mise au point mérite qu'on s'y attarde.
Un choix assumé, une identité revendiquée
Luca Zidane ne s'est pas trompé de route. C'est en tout cas ce qu'il martèle depuis que la question de sa nationalité sportive est devenue le sujet footballistique le plus commenté de ces derniers mois. Le gardien de 26 ans, qui n'avait jamais réussi à s'imposer en équipe de France — ni à percer durablement en club malgré son passage au Real Madrid, à l'UD Logroñés, à l'UD Ibiza et plus récemment à Lausanne-Sport — a tranché. L'Algérie. Définitivement.
Ce qui surprend dans ses déclarations, c'est leur clarté. Pas de langue de bois, pas de formules diplomatiques creuses. Luca Zidane revendique son appartenance aux Fennecs comme une évidence, comme quelque chose qui coulait de source depuis longtemps. Sa mère, Véronique, est française. Son père, Zinédine, porte en lui toute la saga kabyle. Cette double identité, Luca l'a simplement choisie d'un côté. Et ce côté-là, c'est la rive sud de la Méditerranée.
Le débat avait pourtant enflammé les réseaux sociaux. Certains, en France, y avaient vu une forme de trahison. D'autres, en Algérie, s'étaient interrogés sur la sincérité de cet engagement. Deux camps. Deux lectures. Luca Zidane, lui, a choisi d'ignorer le bruit. "Ma nouvelle vie avec les Fennecs", dit-il — et dans cette formule, il y a une vraie appropriation du groupe, pas une simple étape de carrière. Le vestiaire algérien, la Fédération algérienne de football, le sélectionneur : tout cet écosystème, il dit l'avoir adopté pleinement.
Il faut aussi rappeler le contexte sportif. La concurrence en équipe de France dans les cages est proprement écrasante : Mike Maignan, titulaire indiscutable avec les Bleus, évolue au sommet de l'Europe avec l'AC Milan. Derrière lui, Brice Samba, Alphonse Aréola se battent pour la place de numéro 2. Pour Luca Zidane, la fenêtre française n'existait tout simplement pas. Avec l'Algérie, la donne change. Raïs M'Bolhi a longtemps régné, mais la succession est ouverte. Le poste est à prendre.
Une sélection en reconstruction, un rôle à construire
Ce soir à 20h30, l'Algérie affronte un nouveau test. Et Luca Zidane pourrait bien se retrouver dans les buts des Fennecs pour une rencontre qui compte. La sélection algérienne traverse une période charnière depuis l'élimination douloureuse de la Coupe du monde 2022 — une qualification ratée qui avait provoqué un électrochoc dans le football algérien. Depuis, la reconstruction est en marche, avec un objectif clair : retrouver le sommet africain et s'inviter sur la scène mondiale.
Dans ce projet, intégrer des joueurs issus de la diaspora fait partie de la stratégie. L'Algérie compte aujourd'hui parmi ses internationaux plusieurs profils formés en Europe : Riyad Mahrez, figure tutélaire du groupe malgré ses 33 ans, Houssem Aouar, Amine Gouiri ou encore Farès Chaïbi. Luca Zidane s'inscrit dans cette logique. Un gardien formé au Real Madrid, qui connaît les exigences du très haut niveau même s'il ne les a pas atteintes en club, ça représente un profil sérieux pour une équipe nationale qui veut monter en gamme.
- 26 ans : l'âge de Luca Zidane, à un tournant décisif de sa carrière internationale
- 3 : le nombre approximatif de clubs professionnels où il a évolué après son départ du Real Madrid, sans jamais s'imposer durablement
- 2025 : l'Algérie vise une qualification pour la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, Canada et Mexique — l'enjeu ultime de ce cycle
- 0 : le nombre de regrets que Luca Zidane dit avoir sur son choix de nationalité sportive
Car au fond, c'est bien là que tout se joue. La Coupe du monde 2026 se profile. L'Algérie, absente en 2022 après l'incroyable fiasco du barrage raté face à la Guinée aux tirs au but, est décidée à ne pas rater ce rendez-vous. La qualification passera par des éliminatoires africains où la concurrence est de plus en plus relevée — Maroc, Sénégal, Nigeria, Égypte revendiquent tous le statut de poids lourds du continent. Le poste de gardien titulaire de l'Algérie est un enjeu réel, pas un lot de consolation.
Luca Zidane le sait. Et c'est précisément pourquoi il parle maintenant. Ces déclarations ne sont pas anodines, elles ne sortent pas d'un hasard de micro tendu. Elles positionnent un joueur qui veut s'installer dans la durée, convaincre un staff, rassurer un public. Le nom Zidane, en Algérie, résonne différemment qu'en France. C'est une fierté nationale, une mythologie vivante. Luca porte ce patronyme avec une pression particulière, mais il semble avoir décidé d'en faire un moteur plutôt qu'un fardeau.
Reste une question que le temps seul pourra trancher : peut-il devenir le gardien numéro un des Fennecs sur le long terme ? Sa régularité en club, son niveau actuel à Lausanne-Sport — qui évolue en Super League suisse, un championnat respectable mais éloigné des sommets européens — laissent des interrogations légitimes. On n'entre pas en équipe nationale pour y faire de la figuration, surtout quand le nom qu'on porte attire automatiquement les projecteurs. Luca Zidane devra performer, match après match, pour que son choix soit validé par les résultats et pas seulement par les mots. Ce soir, l'horloge tourne.