Quelques semaines après avoir quitté la sélection libyenne, Aliou Cissé a officiellement signé en Angola. Un nouveau défi continental pour l'ancien champion d'Afrique.
Moins de trois semaines après avoir claqué la porte de la Libye, Aliou Cissé a déjà retrouvé un banc. Ce jeudi, la Fédération angolaise de football a officialisé la signature du technicien sénégalais, qui prend les rênes des Palancas Negras avec une mission claire : hisser l'Angola parmi les ténors du football africain. Rapide sur le marché, rapide à trancher. Cissé n'est pas homme à laisser traîner les choses.
Du désert libyen aux savanes angolaises, le come-back d'un bâtisseur
Il y a encore quelques mois, personne n'aurait parié sur un tel scénario. Après son départ fracassant du Sénégal en 2023 — au terme de 10 ans à la tête des Lions de la Teranga, une Coupe d'Afrique des Nations soulevée en 2022 et une double qualification mondiale —, Aliou Cissé avait fait le choix surprenant de rejoindre la Libye. Une aventure avortée prématurément, dans un contexte sportif et institutionnel compliqué. Ni résultats probants ni stabilité fédérale. Le mariage n'a pas tenu.
Mais le nom Cissé, dans le football africain, reste une valeur sûre. À 48 ans, l'ancien capitaine des Lions possède un CV qui en impose sur le continent : il est l'entraîneur qui a mis fin à 29 ans de disette continentale pour le Sénégal, couronnant une génération dorée avec Sadio Mané, Édouard Mendy ou Kalidou Koulibaly. Ce palmarès-là, aucune fédération africaine ne peut l'ignorer. L'Angola non plus.
Les Palancas Negras ne sont pas une sélection sans histoire. Quart de finaliste de la CAN 2010, l'Angola a longtemps souffert d'instabilité technique et de résultats en dents de scie lors des éliminatoires. La dernière décennie a été douloureuse, marquée par des absences répétées aux phases finales de la compétition africaine. Le projet qui attend Cissé est donc ambitieux, mais le chantier est réel.
Un recrutement stratégique pour une fédération qui veut exister
La Fédération angolaise de football ne s'est pas lancée dans ce recrutement par hasard. Choisir Aliou Cissé, c'est envoyer un signal fort : l'Angola veut structurer son football sur le long terme, avec un homme capable de construire un groupe, de fédérer des individualités et de gérer la pression des grandes compétitions. Car les échéances arrivent vite.
Les qualifications pour la Coupe d'Afrique des Nations 2025, qui se tiendra au Maroc, constituent la première pierre du test. L'Angola a besoin d'un déclic, d'un cadre tactique identifiable et d'une ambiance de groupe soudée. Trois ingrédients que Cissé a su distiller pendant dix ans au Sénégal, parfois au prix de choix forts — et parfois controversés. Sa gestion des personnalités, notamment lors des tensions autour de certains cadres sénégalais, avait démontré une autorité naturelle que beaucoup lui reconnaissent.
Sportivement, la tâche sera exigeante. Le football angolais dispose de joueurs évoluant principalement dans le championnat local, le Girabola, l'un des plus anciens d'Afrique subsaharienne. Quelques éléments évoluent en Europe — notamment au Portugal, en raison des liens historiques entre les deux pays —, mais le vivier reste limité comparé aux mastodontes continentaux. Avec un effectif à réévaluer et une génération de transition à gérer, Cissé devra composer avec ce qu'il a. Et ça, il sait faire.
Le pari d'une carrière sur banc qui cherche encore son sommet
La vraie question que pose cette signature, c'est celle de la trajectoire de Cissé comme sélectionneur itinérant. Après le Sénégal, la Libye, maintenant l'Angola. Le choix de ces destinations dessine le profil d'un technicien attiré par les projets à construire, les défis atypiques, les contextes où l'humain prime sur la logistique. Ce n'est pas l'entraîneur qui cherche une vitrine dorée. C'est celui qui veut laisser une empreinte.
Certains observateurs, au Sénégal notamment, avaient prédit qu'après son passage sur la Tanière des Lions, aucun banc africain ne pourrait pleinement le satisfaire. L'argument était compréhensible — comment surpasser ce qu'il avait accompli chez lui ? Mais Cissé semble avoir fait la paix avec cette idée. Construire un succès ailleurs, avec moins de ressources, prouverait peut-être encore davantage la valeur de sa méthode.
Il y a aussi une dimension symbolique dans ce choix angolais. Le pays sort d'une période de renouveau footballistique, avec des investissements croissants dans les infrastructures et une volonté affichée de la confédération nationale de moderniser ses structures. Si Cissé parvient à qualifier l'Angola pour la prochaine CAN et à y faire bonne figure, le pari aura été gagné des deux côtés. Et son profil sur le marché des sélections — pourquoi pas vers un grand nom continental à terme — s'en trouverait encore renforcé.
À Luanda, on espère que l'effet Cissé sera aussi immédiat qu'il l'avait été à Dakar. Le Sénégal, lui, sait ce que ça coûte de s'en séparer. L'Angola va peut-être l'apprendre dans l'autre sens — en découvrant ce que ça rapporte de lui faire confiance. Les prochaines éliminatoires africaines diront si cette greffe, aussi inattendue soit-elle, peut prendre.