Tuchel s'incline à Wembley face au Japon. Deuxième contre-performance en deux matchs pour l'Angleterre, qui inquiète avant la compétition.
Wembley sifflait. Thomas Tuchel a vécu une soirée cauchemardesque sur le banc anglais : battu à domicile par le Japon lors de ce rassemblement de juin, l'Allemand fraîchement nommé à la tête des Three Lions accumule les signaux d'alarme. Deux matchs, deux contre-performances. L'Angleterre n'a plus le droit de se cacher derrière les excuses de rotation.
Tuchel a aligné son équipe type — et ça n'a pas suffi ?
Vendredi dernier face à l'Uruguay, le staff anglais avait brouillé les cartes avec un onze largement remanié. Difficile d'en tirer des conclusions définitives. Mais ce mardi, plus d'alibi possible : selon nos informations, Tuchel a choisi une composition bien plus proche de ce qu'il considère comme son équipe première, histoire de faire taire les critiques après la prestation terne contre les Uruguayens.
Raté. Le Japon, équipe disciplinée, organisée, redoutable en transition, a su exploiter les lacunes d'une défense anglaise encore en rodage sous ce nouveau système. À en croire l'entourage du staff technique, le coach allemand voulait tester ses axiomes tactiques en conditions proches du réel. Il a eu sa réponse — et elle fait mal.
Ce n'est pas un hasard si les Japonais, classés 18e au ranking FIFA, ont su poser des problèmes concrets à une équipe qui reste sur le papier parmi les favorites de la prochaine grande compétition. La Seleção du Japon avait déjà créé la sensation lors du dernier Mondial au Qatar en 2022 en sortant l'Allemagne et l'Espagne de la phase de groupes. Contre l'Angleterre, ils ont simplement confirmé qu'ils ne se déplacent pas pour faire de la figuration.
Qu'est-ce qui cloche vraiment dans le jeu anglais en ce moment ?
La question mérite d'être posée franchement. Depuis la finale de l'Euro 2024 perdue face à l'Espagne, l'Angleterre cherche un second souffle. Le départ de Gareth Southgate a ouvert une page nouvelle — et visiblement complexe à écrire.
Tuchel apporte ses principes : un pressing haut, une construction depuis l'arrière, des latéraux très offensifs. Sur le papier, séduisant. Sur le terrain, les automatismes ne sont pas encore là. Les circuits de passes sont prévisibles, le pressing insuffisamment coordonné, et les transitions défensives laissent des espaces que n'importe quelle équipe structurée peut exploiter.
Jude Bellingham, qui reste l'un des trois meilleurs milieux du monde à son poste, ne peut pas tout porter à lui seul. Harry Kane, même à 31 ans toujours aussi précis dans la surface, a besoin d'être mieux alimenté. À en croire plusieurs observateurs présents à Wembley, les lignes de jeu entre le milieu et l'attaque manquent cruellement de fluidité. Ce n'est pas une question de talent individuel — l'Angleterre n'en manque pas. C'est une question de collectif, et le collectif, ça prend du temps.
Pendant ce temps, de l'autre côté de la Manche, les Pays-Bas n'ont pas non plus brillé. L'équipe de Ronald Koeman a été tenue en échec par l'Équateur, une formation sud-américaine solide mais loin d'être insurmontable. Deux résultats en demi-teinte pour deux des poids lourds européens du moment — la période de préparation internationale réserve décidément des surprises.
Faut-il vraiment s'inquiéter pour la suite de la saison anglaise ?
Relativisons. Les matchs amicaux ont une valeur indicative, pas définitive. L'histoire récente du football est remplie d'équipes capables de mal jouer en juin et de performer en septembre. Les Three Lions eux-mêmes avaient inquiété lors de leur préparation avant l'Euro 2021 avant d'atteindre la finale. On connaît la suite.
Mais justement. La finale, c'était il y a quatre ans. Et depuis, deux finales perdues pour l'Angleterre — celle de l'Euro 2021 contre l'Italie, celle de l'Euro 2024 contre l'Espagne. La patience des supporters anglais a des limites, et le fait de changer de sélectionneur pour la première fois depuis 2016 avec Tuchel crée une attente particulière. On ne pardonnera pas longtemps les résultats médiocres au nom de la transition.
Sur les douze derniers mois, l'Angleterre ne présente pas un bilan rassurant en dehors des compétitions officielles. Et face à une nation comme le Japon — qui n'est plus une surprise mais une valeur installée du football mondial depuis son quart de finale au Mondial 2022 — concéder une défaite à domicile, c'est un signal que le staff ne peut pas balayer d'un revers de main.
Tuchel doit trouver rapidement ses réponses. Le prochain rassemblement, en septembre, sera scruté avec encore plus d'attention. D'ici là, le coach allemand aura le temps de travailler à Enfield, d'affiner ses schémas et de décider qui mérite vraiment d'intégrer son noyau dur. Plusieurs jeunes profils évoluant en Premier League pourraient profiter de ce contexte incertain pour s'imposer — à en croire certaines sources proches de la Fédération anglaise, des discussions internes ont déjà lieu autour de la liste élargie pour la prochaine fenêtre internationale.
Ce qui est certain : l'Angleterre de Tuchel est encore un chantier. Un chantier avec des fondations solides, mais un chantier quand même. Et les Japonais, ce mardi soir à Wembley, l'ont rappelé sans ménagement.