Après un nul décevant contre l'Uruguay à Wembley, Thomas Tuchel refuse de comparer ses Three Lions à l'équipe de France, qui vient d'écraser le Brésil.
Un nul à domicile contre l'Uruguay. Wembley qui siffle. Et en face, l'équipe de France qui vient d'humilier le Brésil. Le timing n'était pas idéal pour Thomas Tuchel, mais l'Allemand n'a pas cillé. Pas question, pour lui, d'entrer dans le jeu des comparaisons avec les Bleus. « Chaque équipe nationale a sa propre identité, son propre chemin », a-t-il répondu aux journalistes qui lui soumettaient l'éclatante démonstration française. Serein. Peut-être trop, selon certains observateurs anglais.
Wembley n'a pas vibré, mais Tuchel tient sa ligne
Le 1-1 concédé face à l'Uruguay, jeudi soir au mythique stade londonien, a laissé un goût amer. Pas catastrophique sur le papier — l'Uruguay reste une nation solide — mais suffisamment terne pour alimenter les doutes sur le projet de jeu mis en place par le sélectionneur allemand depuis son arrivée à la tête des Three Lions en janvier 2025. À en croire l'entourage du staff technique, Tuchel aurait lui-même reconnu en interne que la prestation était « en dessous des attentes ».
La Fédération anglaise avait misé gros en nommant un entraîneur étranger — une décision qui avait fait débat outre-Manche. Tuchel succédait à Gareth Southgate, l'homme qui avait emmené l'Angleterre en finale de l'Euro 2020 puis en demi-finale de l'Euro 2024, sans jamais décrocher ce titre qui hante le football anglais depuis 1966. La barre était donc à la fois haute et mal définie.
Alors, quand un journaliste lui a brandi le score France-Brésil sous le nez, Tuchel a esquivé avec le calme d'un joueur d'échecs. Il refuse la comparaison, dit-il, parce qu'elle n'a « aucun sens à ce stade de la construction ». Soit. Mais l'Angleterre n'a remporté que deux de ses cinq derniers matchs officiels, et la patience des supporters — et de la presse tabloïd — a ses limites.
Sur le terrain, les problèmes identifiés sont connus : un milieu de terrain encore trop prévisible, une dépendance excessive à Jude Bellingham pour créer le danger, et des latéraux qui peinent à peser offensivement. Selon nos informations, Tuchel travaille activement sur un changement de dispositif tactique pour les prochaines échéances, envisageant de passer à un 3-4-3 plus vertical en phase d'attaque. Une évolution qui pourrait mieux exploiter les qualités de Phil Foden et Bukayo Saka dans des couloirs élargis.
- 1-1 : score du match Angleterre-Uruguay à Wembley
- 2 victoires seulement sur les 5 derniers matchs officiels des Three Lions
- 58 ans : l'Angleterre attend son deuxième titre majeur depuis la Coupe du monde 1966
- Janvier 2025 : date de la prise de fonctions de Thomas Tuchel comme sélectionneur anglais
La France comme étalon : un miroir inconfortable pour l'Europe entière
Pendant ce temps, Didier Deschamps — ou son successeur, le dossier reste à clarifier — peut regarder passer les trains. La victoire des Bleus face au Brésil a envoyé un signal fort à toute l'Europe. Une équipe de France qui gagne contre la Seleção avec autorité, ça redessine les hiérarchies et ça force les comparaisons, qu'on le veuille ou non.
Tuchel le sait mieux que quiconque. Il a lui-même affronté des équipes de France en tant qu'entraîneur du PSG, puis de Chelsea et du Bayern Munich. Il connaît la profondeur de ce groupe, la densité du banc, la capacité à basculer d'un système à l'autre sans perdre en intensité. Comparer l'Angleterre actuelle à cette machine-là serait, il faut l'admettre, prématuré. Mais l'évitement de la comparaison peut aussi lire comme un aveu de faiblesse.
À en croire plusieurs sources proches de la Fédération anglaise, la direction technique suit de près l'évolution du groupe depuis le début du mandat Tuchel. L'objectif affiché reste la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Un horizon suffisamment lointain pour justifier des ajustements, mais suffisamment proche pour que chaque match soit scruté à la loupe. L'Angleterre sera dans un groupe relevé, et se présenter sans une identité de jeu claire serait suicidaire face aux meilleures nations.
Ce qui frappe dans le discours de Tuchel, c'est sa cohérence avec ce qu'il a toujours été sur un banc : un entraîneur de processus, qui prend le temps de poser ses fondations avant d'accélérer. Au Borussia Dortmund, il avait fallu presque une saison complète avant que son pressing structuré ne devienne reconnaissable. Au PSG, les premières semaines avaient été chaotiques avant que l'équipe ne trouve son rythme. Le problème, c'est que le temps d'une sélection nationale n'est pas celui d'un club. Les regroupements sont rares, les matchs amicaux moins intenses, et la pression médiatique, en Angleterre particulièrement, ne laisse aucune marge.
La vraie question n'est donc pas de savoir si l'Angleterre peut un jour ressembler à la France. C'est de savoir si Thomas Tuchel a le temps — et le soutien — nécessaires pour que ses Three Lions deviennent enfin une équipe cohérente, identifiable, capable de battre les grandes nations quand l'enjeu est maximal. La Coupe du monde 2026 donnera la réponse. Et d'ici là, chaque nul à Wembley sera une nouvelle munition pour ses détracteurs.