Peu utilisé depuis son arrivée hivernale à la Roma, l'ancien Marseillais Robinio Vaz (19 ans) suscite des questions. Son coach Gian Piero Gasperini a tranché.
Dix-neuf ans, un transfert hivernal de l'Olympique de Marseille vers l'AS Roma, et déjà une impatience qui gronde autour de lui. Robinio Vaz n'a pas encore eu le temps de poser vraiment ses crampons sur les pelouses de Serie A que la question de son utilisation agite déjà les supporters giallorossi et les observateurs du mercato. Trop peu jouer à cet âge, dans ce club, avec ce potentiel — c'est forcément suspect, non ? Gian Piero Gasperini, lui, ne goûte guère aux procès d'intention. Et il l'a dit clairement.
Un gamin de 19 ans face à la machine Gasperini
Il faut comprendre ce que représente débarquer en plein hiver dans un club comme la Roma, en pleine saison, avec un vestiaire déjà constitué, des repères tactiques établis et un entraîneur qui ne laisse rien au hasard. Gian Piero Gasperini est l'un des techniciens les plus exigeants d'Europe. Sa méthode — on l'a vu à l'Atalanta Bergame pendant près d'une décennie — repose sur une intégration progressive, une maîtrise totale du système avant d'obtenir du temps de jeu significatif. Même les joueurs confirmés ont dû patienter avant de s'épanouir sous ses ordres.
Alors qu'attendre d'un attaquant de 19 ans, arrivé en janvier, qui découvre un nouveau championnat, une nouvelle langue tactique, une nouvelle intensité ? Robinio Vaz enchaîne les entrées en jeu en cours de match ou les places sur le banc, comme lors des dernières rencontres européennes et de championnat. Le scénario est classique pour un jeune en transition. Mais dans le monde du football moderne, où chaque minute de jeu est scrutée, analysée, monétisée, l'impatience est devenue structurelle.
Gasperini, lui, ne cède pas à cette fébrilité ambiante. Interrogé sur le cas de son attaquant, le technicien piémontais a été direct, sans détours : le joueur progresse, il s'adapte, et la patience est la seule voie raisonnable. Pas de polémique, pas de porte entrouverte vers un départ anticipé, pas de tirage de sonnette d'alarme. Une réponse de coach qui tient ses hommes.
L'OM a vendu un joyau, Rome doit l'affiner
Revenons un instant sur ce que représente cette transaction hivernale. L'Olympique de Marseille, sous l'impulsion d'un mercato janvier actif, a laissé partir Robinio Vaz vers la capitale italienne. À cet âge, un transfert vers un club de l'envergure de la Roma est une validation massive du potentiel. Ce n'est pas anodin. On ne recrute pas un gamin de 19 ans pour combler un vide statistique immédiat — on le recrute parce qu'on croit en ce qu'il sera dans dix-huit mois, dans deux ans.
La Roma, en Serie A, joue dans une compétition d'une intensité physique et tactique qui n'a rien à voir avec ce que peut traverser un jeune en Ligue 1. Le pressing adverse est différent, les duels plus intenses, les espaces plus fermés. L'adaptation prend du temps, parfois toute une saison. Il suffit de regarder les premières semaines d'un Xavi Simons à Leipzig, d'un Warren Zaïre-Emery au PSG ou même d'un Kylian Mbappé dans ses débuts à Monaco pour comprendre que les grands talents n'éclatent pas forcément en trois semaines.
Statistiquement, les attaquants recrutés en janvier par des clubs européens du top 6 national mettent en moyenne entre quatre et six mois avant d'afficher des performances régulières — le temps d'assimiler les automatismes, de trouver ses appuis dans le vestiaire, de comprendre les attentes réelles du coach. Robinio Vaz est dans cette fenêtre tout à fait normale. Rien d'alarmant, donc.
Ce qui est plus révélateur, finalement, c'est la manière dont Gasperini parle de lui. Pas une mise à l'écart feutrée, pas un discours passe-partout. Une défense franche, directe, cohérente avec la philosophie d'un entraîneur qui construit sur le long terme. Si le coach avait des doutes sur le joueur, on le saurait — Gasperini n'est pas homme à ménager les susceptibilités quand il s'agit de ses choix sportifs.
Quand la Roma mise sur l'avenir plutôt que sur l'urgence
La Roma traverse une saison de reconstruction sous l'impulsion de Gasperini, arrivé lui-même avec la mission de remettre de l'ordre tactique et de l'ambition collective dans un club qui en avait perdu le fil. Dans ce contexte, le recrutement de profils jeunes à fort potentiel — plutôt que des solutions immédiates coûteuses — dit quelque chose de la stratégie sportive du club.
Robinio Vaz s'inscrit dans cette logique : un investissement sur l'avenir, une prise de risque calculée sur un joueur dont la valeur marchande peut exploser si l'intégration se passe bien. Et les clubs italiens, malgré leur réputation parfois frileuse sur les jeunes talents, savent valoriser les profils offensifs quand ils éclatent. Pensons à ce qu'est devenu Nicolò Zaniolo à la Roma, précisément, avant que les blessures ne viennent brouiller sa trajectoire.
Ce qui se joue autour de Vaz, c'est aussi une question de gestion de l'information dans le football contemporain. Chaque absence des compositions d'équipe alimente des rumeurs, chaque entrée tardive relance le débat. Les réseaux sociaux ont transformé la lecture du temps de jeu en obsession collective. Gasperini, en répondant cash — comme il sait le faire — coupe court à ces spéculations stériles. Il protège son joueur en le mettant dans une case simple : travail, patience, progression.
Reste à savoir ce que la fin de saison réserve à l'ancien Marseillais. Si la Roma maintient ses ambitions en Serie A et si Gasperini commence à lui accorder des titularisations, même ponctuelles, ce transfert hivernal prendra rétrospectivement tout son sens. Dans le cas contraire, la question d'un prêt la saison prochaine pour accumuler du temps de jeu se posera avec une acuité nouvelle. Mais pour l'heure, la Roma ne lâche pas son pari, et Gasperini non plus.