Sévèrement battue par l'Inter Milan (5-2), la Roma de Gasperini inquiète en championnat mais reste un prétendant sérieux en Ligue des Champions.
Cinq buts encaissés en une soirée. La Roma s'est pris une gifle monumentale face à l'Inter Milan (5-2), jeudi soir à San Siro, dans ce qui ressemblait pourtant à un vrai test de maturité pour le groupe de Gian Piero Gasperini. Résultat : les Giallorossi ont rendu une copie indigne de leurs ambitions. Et pourtant — c'est tout le paradoxe de cette équipe romaine — le technicien bergamasque n'a pas attendu le coup de sifflet final pour lancer un avertissement à tout l'Europe. Comme si cette défaite n'était qu'un accident de parcours dans un projet bien plus grand.
Une soirée cauchemardesque qui ne résume pas tout
Il ne faut pas chercher d'excuses là où il n'y en a pas. Face à l'Inter Milan de Simone Inzaghi, la Roma a été dominée dans tous les secteurs du jeu. Les Nerazzurri, qui caracolent en tête de Serie A avec une régularité de métronome, ont mis en lumière les fragilités défensives d'une équipe romaine encore en rodage sous les ordres de Gasperini. Cinq buts concédés, deux petits marqués — dont un consolation dans le garbage time — c'est un écart qui fait mal, surtout à la capitale.
Mais voilà ce qu'il faut comprendre sur Gian Piero Gasperini : l'homme n'a jamais construit ses équipes pour briller en novembre. Rappelez-vous l'Atalanta. Des saisons entières de montées en puissance, de systèmes progressivement huilés, de joueurs transformés, avant l'explosion finale. À Bergame, il a fallu attendre la troisième saison complète pour voir la machine tourner à plein régime. À Rome, il est encore en train d'installer ses fondations. Le problème, c'est que les tifosi romanistes, eux, n'ont pas la patience bergamasque.
La Roma affiche pour l'instant un bilan contrasté en Serie A — des victoires convaincantes contre des équipes du ventre mou, mais des lacunes criantes face aux cadors du championnat. L'équipe encaisse en moyenne plus de 1,5 but par match dans les rencontres face au top 6 italien cette saison, un chiffre qui témoigne d'un système défensif pas encore totalement assimilé par un effectif en transition. Le mercato estival a amené du sang neuf, mais l'intégration prend du temps, et les automatismes se construisent à l'entraînement, pas sous les projecteurs de San Siro.
- Score face à l'Inter Milan : 5-2, une défaite qui rappelle les pires soirées de la Roma ces dernières années
- Plus de 1,5 but encaissé en moyenne face au top 6 de Serie A cette saison
- Gasperini a mené l'Atalanta en Ligue des Champions trois saisons de suite, remportant l'Europa League en 2024
- La Roma dispute cette saison sa première campagne européenne majeure depuis plusieurs exercices sous la direction d'un nouveau staff
L'Europe comme terrain de reconquête et de démonstration
C'est là que le discours de Gasperini prend tout son sens. Car si la Roma vacille en Serie A, elle envoie des signaux très différents sur la scène européenne. Et l'entraîneur turinois d'origine le sait mieux que quiconque : la Ligue des Champions a une logique propre, des cycles différents, des adversaires qui ne te connaissent pas encore, des matchs à enjeu unique où le système peut primer sur la continuité. C'est exactement dans ces conditions que Gasperini excelle.
Son 3-4-2-1, sa capacité à transformer des joueurs sous-estimés en éléments décisifs, son pressing haut et son jeu de transitions rapides — tout cela devient une arme redoutable quand l'adversaire n'a pas eu le temps de t'analyser sur la durée. En Ligue des Champions, on ne se prépare pas à jouer contre toi pendant dix-huit matchs d'affilée. On prépare un dossier de scouting, et puis on découvre la réalité sur le terrain. Cette réalité-là, Gasperini sait la rendre inconfortable pour tout le monde.
L'avertissement lancé aux concurrents européens de la Roma n'est donc pas du bluff. C'est une déclaration d'intention fondée sur un palmarès récent solide. En 2024, Gasperini a offert à l'Atalanta sa première coupe européenne de l'histoire en écrasant le Bayer Leverkusen en finale de l'Europa League. Une équipe donnée outsider, construite sur des principes clairs, qui a renversé les pronostics. Le scénario pourrait se répéter sous les couleurs jaune et rouge.
Reste que l'équation est complexe. La Roma doit apprendre à dissocier ses performances en championnat de sa campagne européenne, ce qui est psychologiquement difficile pour un groupe. Une défaite 5-2 contre l'Inter laisse des traces dans les têtes. Gasperini lui-même le sait — il a connu des passages à vide à Bergame avant de trouver la bonne alchimie. Mais à Rome, la pression médiatique et populaire est d'une autre nature. La Curva Sud n'a pas la même philosophie que les supporters de l'Atalanta. Elle exige, elle juge vite, elle ne pardonne pas longtemps.
Combien de temps Gasperini aura-t-il pour faire tourner sa machine ? C'est peut-être la vraie question. Si les résultats en Serie A ne s'améliorent pas rapidement, le projet européen, aussi ambitieux soit-il, risque d'être fragilisé par un contexte interne instable. Un entraîneur ne peut pas construire sereinement quand la pression institutionnelle monte, et la Roma a une longue histoire de décisions précipitées.
Pour l'heure, Gasperini reste l'homme de la situation — et ses déclarations post-match, loin de sonnner comme des excuses, ressemblaient davantage à celles d'un général qui accepte de perdre une bataille tout en gardant les yeux rivés sur la guerre. La Ligue des Champions est là, le tableau est ouvert, et la Roma de Gasperini entend bien montrer en Europe ce qu'elle peine encore à démontrer chaque week-end dans le championnat italien. Le potentiel est réel. Le rendez-vous est pris. Il reste à tenir la promesse.