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Football

ASSE - les ultras stéphanois descendent dans la rue pour survivre

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Plusieurs centaines de supporters de Saint-Étienne ont manifesté contre la dissolution potentielle de leurs groupes. Une crise qui dépasse le simple cadre disciplinaire.

ASSE - les ultras stéphanois descendent dans la rue pour survivre

Plusieurs centaines de personnes dans les rues de Saint-Étienne un samedi d'hiver, à quelques heures d'un match de Ligue 2 contre Dunkerque — pas exactement le genre d'affiche qui fait trembler les tribunes de presse. Sauf que ce samedi-là, la tension ne venait pas du terrain. Elle venait d'une menace administrative qui pèse sur l'identité même du club le plus titré de France : la dissolution possible des groupes ultras stéphanois. Une nouvelle vague de manifestations, une de plus, qui dit quelque chose de profond sur la fracture qui s'est ouverte entre les instances du football français et ses supporters les plus engagés.

Que risquent concrètement les groupes ultras de l'ASSE ?

Le spectre de la dissolution n'est pas une métaphore. Depuis plusieurs mois, les autorités examinent la situation des associations de supporters stéphanois dans un contexte national où la répression des groupes organisés s'est considérablement durcie. La dissolution administrative d'un groupe ultra, c'est la mort civile d'une communauté qui existe parfois depuis plusieurs décennies — ses locaux, ses finances, son existence légale, tout disparaît par décret.

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Pour comprendre l'ampleur de ce que cela représente à Saint-Étienne, il faut rappeler que le Kop Sud de Geoffroy-Guichard est l'un des bastions historiques du supporterisme français. Les Magic Fans, fondés en 1991, ont traversé les relégations, les remontées, les trahisons de dirigeants et les années de vaches maigres sans jamais baisser pavillon. Dissoudre ces groupes, ce n'est pas neutraliser quelques fauteurs de troubles : c'est amputer le club d'une partie de son âme collective.

Les manifestants de ce samedi après-midi l'ont exprimé sans ambiguïté. Banderoles, chants, cortège dans les artères de la ville — la forme ressemble à une démonstration de force, mais le fond est une supplique. Ne touchez pas à ce que nous avons construit. Le message s'adresse autant aux préfets qu'à la direction du club, dont le silence relatif sur ce dossier commence à peser lourd dans les rangs des ultras.

Pourquoi ce conflit révèle une crise bien plus large du football français ?

Saint-Étienne n'est pas un cas isolé. Depuis la loi du 10 mai 2010 sur la prévention des violences dans les stades, et plus encore depuis les incidents survenus lors de la finale de la Coupe de France 2022 au Stade de France, les pouvoirs publics ont durci leur approche des groupes organisés. Plusieurs dizaines de dissolutions ou de suspensions ont frappé des associations de supporters à travers toute l'Europe ces dix dernières années, de l'Allemagne à l'Espagne, souvent avec des effets inverses à ceux recherchés : disperser un groupe structuré, c'est parfois créer une nébuleuse incontrôlable.

La Ligue de Football Professionnel navigue à vue sur ce sujet. D'un côté, elle a besoin des ultras pour garantir l'atmosphère et l'attractivité télévisuelle des stades — un Geoffroy-Guichard sans son Kop Sud, c'est une boîte de nuit avec les lumières allumées. De l'autre, elle subit la pression des instances politiques et des diffuseurs qui veulent un produit lisse, sécurisé, commercialement présentable. Cette contradiction est au cœur de tout.

À Saint-Étienne, elle prend une résonance particulière parce que le club traverse déjà une période de grande fragilité. Relégué en Ligue 2 au printemps 2023, remonté dans l'élite avant d'y souffrir à nouveau, l'ASSE cherche un second souffle sportif et institutionnel. Dans ce contexte, s'aliéner sa base populaire la plus militante serait une faute stratégique majeure. Les ultras ne sont pas seulement des supporters : ils sont le capital émotionnel du club, sa capacité à mobiliser dans les moments difficiles.

Quel avenir pour le dialogue entre supporters et institutions ?

La scène est presque beckettienne. D'un côté des supporters qui manifestent, encore et encore, sans certitude d'être entendus. De l'autre des institutions qui encaissent la pression sans véritablement ouvrir le dialogue. Godot n'arrive pas, mais le match, lui, a lieu quand même — et dans les tribunes, quelques milliers de personnes regardent le terrain en pensant à autre chose.

Pourtant, des modèles existent. En Allemagne, le dialogue entre les clubs, la fédération et les groupes ultras a produit la Sicherheitsdebatte, ce grand débat sur la sécurité dans les stades qui a abouti en 2012 à un compromis fragile mais réel : les clubs se sont engagés à ne pas céder aux pressions sécuritaires excessives, les ultras ont accepté un cadre de responsabilisation collective. Le résultat ? Des Bundesliga avec des stades pleins, une ambiance préservée, et une violence résiduelle marginalisée.

En France, on en est loin. La culture du dialogue avec les supporters organisés reste embryonnaire, souvent remplacée par une logique de rapport de force qui ne satisfait personne. Les 500 manifestants de Saint-Étienne ce samedi ne demandent pas l'impunité — ils demandent à exister légalement, à être traités comme des interlocuteurs et non comme des suspects. Nuance capitale, que les prefectures et la LFP auraient intérêt à saisir avant que la situation ne se radicalise davantage.

La saison de l'ASSE est déjà sous tension sportive. Si la crise ultra venait à s'envenimer, si des dissolutions étaient prononcées dans les semaines à venir, Geoffroy-Guichard risquerait de ressembler à ce que craignent le plus les amateurs de football authentique : un stade-décor, avec des tribunes tièdes et un club qui aurait perdu le seul lien qui résiste vraiment aux mauvaises séries. Car dans le football comme ailleurs, on peut survivre à une relégation. Survivre à la perte de son identité populaire, c'est une autre affaire.

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