La Saudi Pro League s'apprête à formuler une offre massive pour Dani Olmo. Après Neymar, Benzema et Ronaldo, les pétrodollars ciblent désormais le cœur du projet Laporta.
Soixante millions d'euros. C'est à peu près la somme que le FC Barcelone avait déboursée l'été dernier pour arracher Dani Olmo à Leipzig, au terme d'un feuilleton administratif qui avait failli virer au cauchemar juridique. Quelques mois plus tard, à peine le temps de voir l'international espagnol s'installer dans son nouveau rôle de pièce maîtresse du milieu blaugrana, voilà que la Saudi Pro League s'apprête à faire une offre que le joueur lui-même aura du mal à ignorer. L'histoire du football moderne ressemble parfois à un jeu de Monopoly où quelqu'un aurait changé les règles en cours de partie.
Quand Riyad fait les courses à Camp Nou
La manœuvre n'est pas nouvelle, mais elle ne cesse de gagner en sophistication. Après avoir aspiré Cristiano Ronaldo, Karim Benzema, Neymar Jr et une cohorte de joueurs en fin de cycle européen, les clubs saoudiens ont discrètement remonté leurs ambitions d'un cran. Il ne s'agit plus seulement de recruter des légendes en quête d'un dernier contrat doré — il s'agit désormais de cibler des joueurs de 26 ans, en pleine puissance, au sommet de leur valeur marchande et de leur influence sur le jeu.
Dani Olmo, 26 ans, entre précisément dans cette catégorie. Vainqueur de l'Euro 2024 avec l'Espagne, où il avait été l'un des hommes du tournoi, le Catalan natif de Terrassa représente exactement le profil que les investisseurs saoudiens cherchent à exposer sur leur vitrine : jeune, identifiable, techniquement irréprochable. Plusieurs sources de la presse espagnole évoquent une offre potentielle qui pourrait dépasser les 80 millions d'euros, assortie d'un salaire annuel capable de faire pâlir n'importe quel directeur financier de Liga.
Raphinha serait dans le même collimateur. Le Brésilien, révélation absolue de la saison barcelonaise avec plus de 30 buts toutes compétitions confondues, avait déjà été approché lors du mercato estival 2024. La Saudi Pro League n'avait pas insisté face au refus du joueur. Mais les ligues saoudiennes ont une vertu que peu d'autres possèdent : une patience infinie, adossée à une trésorerie qui ne connaît pas de plafond.
Le paradoxe Laporta : vendre pour survivre, garder pour exister
Joan Laporta se retrouve une fois de plus dans la position inconfortable qui définit son second mandat à la tête du Barça : celle d'un président contraint de jongler entre ambition sportive et réalité comptable. Le club catalan, dont la dette nette dépasse encore le milliard d'euros malgré plusieurs années d'efforts structurels, n'a pas les moyens de se permettre un refus hautain face à une offre saoudienne XXL.
Pourtant, laisser partir Dani Olmo dix mois après l'avoir recruté dans la douleur enverrait un signal désastreux. Pas seulement pour l'image du projet sportif que Hansi Flick est en train de construire — et qui mérite qu'on s'y attarde, tant l'Allemand a su redonner une identité de jeu cohérente à une équipe qui en avait perdu le fil —, mais aussi pour la crédibilité des recrutements futurs. Quel joueur ambitieux accepterait de rejoindre un club qui revend ses acquisitions récentes au premier chèque venu ?
Le précédent Frenkie de Jong hante encore les couloirs du Camp Nou. Pendant deux étés consécutifs, entre 2022 et 2023, le milieu néerlandais avait été au cœur d'un bras de fer épuisant entre le club et le joueur, Manchester United s'invitant dans la danse. De Jong était resté. Mais l'épisode avait coûté une énergie considérable, distrait l'effectif, et fragilisé publiquement la relation entre le joueur et son employeur. Laporta ne peut pas se permettre de rejouer cette pièce, surtout pas avec un joueur dont l'intégration dans le collectif de Flick semble enfin se stabiliser.
L'effet domino d'un été qui promet d'être chaud
Ce qui rend la situation particulièrement délicate pour le Barça, c'est que Dani Olmo ne serait pas un cas isolé. Si la Saudi Pro League frappe simultanément aux portes pour Raphinha et pour l'Espagnol, Barcelone devra gérer deux négociations à front renversé pendant toute la période estivale. Une distraction qui, dans le football de haut niveau, peut avoir des conséquences concrètes sur le recrutement, sur l'atmosphère interne, et sur la cohésion d'un groupe.
L'histoire récente du football européen regorge de clubs qui ont mal géré ce type de période. L'été 2023 du Paris Saint-Germain, entre le départ annoncé de Kylian Mbappé et les incertitudes sur l'avenir de Neymar, avait plombé une préparation entière et semé le doute dans un vestiaire qui n'en avait pas besoin. Le Barça, structurellement plus fragile financièrement que le club de la capitale française, peut encore moins se permettre une telle hémorragie d'énergie.
Reste une variable que les observateurs tendent à sous-estimer : la volonté des joueurs eux-mêmes. Ni Raphinha ni Dani Olmo ne semblent, à ce stade, manifester une envie particulière de quitter l'Europe pour aller jouer dans un championnat qui, malgré ses investissements colossaux, ne joue pas encore dans la même cour que la Ligue des Champions. Olmo, en particulier, a toujours affiché une ambition sportive qui dépasse la seule dimension financière — c'est d'ailleurs ce qui l'avait poussé à quitter la Masia adolescent pour rejoindre la Dinamo Zagreb, puis Leipzig, avant de rentrer au bercail catalan.
Mais les offres saoudiennes ne ressemblent à aucune autre. Elles ne se contentent pas de proposer de l'argent : elles offrent une sécurité financière générationnelle, une visibilité mondiale et, de plus en plus, un niveau de jeu qui progresse. La Saudi Pro League a attiré 44 joueurs évoluant en sélection nationale lors du seul mercato estival 2023. La tendance ne s'inverse pas. Et si l'été prochain voit Barcelone perdre deux de ses meilleurs éléments offensifs en même temps, c'est tout l'équilibre de la reconstruction Flick qui pourrait vaciller, juste au moment où elle commençait à prendre forme.