Avant le quart de finale de Ligue des champions, Serge Gnabry a affiché ses craintes face aux deux stars offensives du Real Madrid. Un aveu qui en dit long.
« Ils peuvent décider d'un match en une seule action. » Serge Gnabry n'a pas cherché à noyer le poisson. À 48 heures du choc entre le Real Madrid et le Bayern Munich en quart de finale de Ligue des champions, l'ailier allemand a lâché ce qui ressemble à un vrai aveu de méfiance vis-à-vis de Kylian Mbappé et Vinicius Junior. Deux noms qui font froid dans le dos à n'importe quel défenseur européen. Et qui donnent au duel de mardi soir (21h00, Santiago Bernabéu) une dimension particulière.
Pourquoi Gnabry pointe Mbappé et Vinicius comme les dangers numéro un ?
Il y a une lucidité dans les mots de Gnabry qu'on ne peut pas balayer d'un revers de main. Kylian Mbappé, depuis son arrivée au Real Madrid l'été dernier, a planté 31 buts toutes compétitions confondues cette saison. Une intégration fracassante dans la machine Merengue, lui qui avait mis quelques semaines à trouver ses marques sous les ordres de Carlo Ancelotti. Vinicius Junior, lui, reste l'électron libre le plus redouté d'Europe. Ses crochets, sa vitesse, sa capacité à surgir dans les grands rendez-vous — il avait inscrit le but de la victoire en finale de Ligue des champions 2022 face à Liverpool — en font un cauchemar récurrent pour les défenses adverses.
Gnabry sait de quoi il parle. Lui-même ailier tranchant dans ses grandes années, l'Allemand comprend mieux que quiconque ce que représente affronter ce type de profil. La différence de vitesse, l'imprévisibilité dans les un contre un, l'efficacité dans les moments décisifs. Face à ces deux-là réunis dans la même équipe, le Bayern Munich va devoir sortir un plan défensif quasi parfait pour espérer passer l'obstacle.
Thomas Müller, en fin de carrière au club, et les cadres de Vincent Kompany savent que la clé du match se jouera dans les couloirs. Alphonso Davies à gauche, Josip Stanisic ou Benjamin Pavard à droite — selon les choix tactiques de l'entraîneur belge — auront une responsabilité écrasante pour contenir ces deux fusées.
Le Bayern Munich a-t-il les armes pour neutraliser la BBC version 2025 ?
Pas question de capituler avant le coup d'envoi, évidemment. Le Bayern Munich de cette saison n'est pas une équipe qui fait de la figuration en phase à élimination directe. Sous la houlette de Vincent Kompany, les Bavarois ont retrouvé une identité de jeu ambitieuse, un pressing haut assumé et une volonté de tenir le ballon qui rappelle les grandes heures du club. En Bundesliga, ils caracolent en tête avec un jeu séduisant, porté notamment par le retour en forme de Harry Kane — déjà auteur de plus de 30 buts cette saison, toutes compétitions comprises.
Mais la Ligue des champions, c'est autre chose. Le Real Madrid au Bernabéu, c'est un monstre à dompter. Depuis 2016, le club de la capitale espagnole n'a perdu qu'un seul match à domicile en phase à élimination directe de la compétition. Un seul. Cette statistique à elle seule illustre pourquoi ce déplacement est l'un des plus périlleux du calendrier européen.
Kompany devra trouver le bon équilibre. Trop défensif, il offre le jeu au Real Madrid et s'expose aux transitions foudroyantes de Mbappé et Vinicius. Trop offensif, il risque de se retrouver exposé dans son dos sur les contre-attaques d'une équipe qui excelle dans ce registre depuis des années. Le milieu de terrain sera déterminant. Joshua Kimmich, capitaine et métronome du Bayern, devra abattre un travail colossal pour à la fois alimenter les offensives bavaroises et récupérer les ballons avant qu'ils n'atteignent les deux stars madrilènes.
Ce quart de finale peut-il basculer sur un seul homme ?
La réponse de Gnabry, en creux, c'est oui. Et il a raison. Les grands matches de Ligue des champions se jouent souvent sur des détails, sur des séquences de deux ou trois minutes qui font basculer les équilibres. Mbappé, lors de son premier Classico sous le maillot du Real Madrid, avait déjà montré qu'il était capable de surgir dans les moments clés avec une froideur déconcertante. Vinicius, lui, est habitué à ces nuits européennes électriques depuis maintenant plusieurs saisons.
Mais attention à ne pas réduire ce quart de finale à un simple duel entre les attaquants madrilènes et la défense bavaroise. Harry Kane, s'il répète sa production offensive de la saison, peut faire énormément de mal à une défense du Real Madrid qui n'est pas exempte de fragilités. Antonio Rüdiger, David Alaba s'il est disponible, et Éder Militão forment une charnière expérimentée, mais elle a montré des failles sur les dernières semaines en Liga.
Leroy Sané, s'il retrouve son meilleur niveau — lui qui souffle le chaud et le froid depuis le début de saison — pourrait aussi être l'homme providentiel pour le Bayern Munich. Sa vitesse, sa technique, sa capacité à éliminer en un contre un : autant d'atouts qui pourraient mettre en difficulté les latéraux madrilènes dans l'autre sens.
Ce quart de finale de Ligue des champions entre le Real Madrid et le Bayern Munich s'annonce comme l'un des matchs de la décennie dans cette compétition. Deux philosophies, deux cultures footballistiques qui s'affrontent au sommet de l'Europe. La déclaration de Gnabry sur Mbappé et Vinicius n'est pas une capitulation — c'est le signe que les Bavarois arrivent à Madrid les yeux grands ouverts, conscients du danger, et c'est peut-être leur meilleure chance de créer la surprise. Le retour à l'Allianz Arena sera alors une autre histoire. Si tant est qu'il y en ait un.