Expédié de Rennes après une altercation avec Adrien Rabiot, Jonathan Rowe flambe désormais à Bologne et s'impose comme l'une des révélations de Serie A.
Il y a quelques mois à peine, Jonathan Rowe était un nom que l'on prononçait surtout pour raconter une mauvaise histoire. Une altercation à l'entraînement avec Adrien Rabiot, un départ précipité de Rennes en août, une réputation légèrement écornée avant même d'avoir vraiment existé en Ligue 1. Et maintenant ? L'Anglais marche sur les pelouses italiennes comme s'il avait toujours appartenu à ce football-là. Bologne FC 1909 a récupéré une pépite que la Bretagne a laissé filer sans trop se battre.
La scène Rabiot, ou comment un incident peut sauver une carrière
Rembobinons. L'été 2024, Rennes entame sa préparation avec des ambitions revues à la baisse après une saison compliquée. Jonathan Rowe débarque de Norwich City avec l'étiquette d'ailier rapide, technique, prometteur. Le Stade Rennais croit avoir fait un bon coup. Mais l'intégration tourne court. L'altercation avec Adrien Rabiot — dont les détails précis restent flous mais dont les conséquences, elles, sont limpides — signe la fin prématurée de l'aventure bretonne. Poussé vers la sortie, Rowe repart avec une valise et une question qui plane : est-ce qu'il a vraiment le niveau pour exister dans le football continental ?
Ce genre de départ forcé aurait pu briser un joueur. Il a construit Jonathan Rowe. Bologne, club ambitieux sous la houlette de Vincenzo Italiano — le technicien qui avait transformé la Fiorentina en machine à jeu — l'accueille à bras ouverts et lui offre ce que Rennes n'avait pas eu le temps de lui donner : la confiance dans la durée. En Italie, on ne brûle pas les étapes. On laisse un joueur s'installer, comprendre les rythmes, trouver ses repères. Rowe a saisi cette opportunité des deux mains.
La Serie A n'est pas la Ligue 1. Les espaces sont plus rares, les adversaires défensifs plus organisés, les transitions plus violentes. Et pourtant, Rowe s'y est adapté avec une facilité qui force le respect. Sa vitesse, déjà redoutable à Norwich, est devenue une arme absolue dans un championnat où les défenses jouent haut et où le moindre couloir libéré se transforme en autoroute. Il ne fait pas que courir : il choisit le bon moment, il lit le jeu.
Bologne lui offre un système, il leur offre des victoires
Vincenzo Italiano n'est pas le genre d'entraîneur à aligner onze joueurs et espérer que ça se passe bien. Son 4-2-3-1 est pensé pour valoriser les profils techniques et rapides sur les côtés, pour créer des déséquilibres permanents, pour forcer les lignes adverses à s'ouvrir. Dans ce schéma, Jonathan Rowe est une pièce maîtresse, pas un luxe. Il est le plan A, celui vers lequel on se tourne quand le match est fermé et qu'il faut trouver une solution.
Les chiffres commencent à parler pour lui. Bologne, qui reste sur une qualification historique en Ligue des Champions la saison passée — une première depuis plus de soixante ans —, se cherchait une identité offensive après les départs de l'été. Rowe est en train d'en devenir l'architecte. Ses statistiques de dribbles réussis le placent régulièrement dans le top 5 de Serie A à son poste, et sa capacité à peser sur les défenses adverses même dans les mauvaises soirées de son équipe témoigne d'une maturité que personne n'aurait parié trouver si vite chez un joueur de 22 ans qui sortait d'un fiasco à Rennes.
Ce qui frappe surtout, c'est sa régularité. À Norwich, on parlait d'éclairs de génie, de matches brillants suivis de passages à vide. À Bologne, il impose une constance que les clubs anglais de Championship peinent souvent à obtenir de leurs jeunes joueurs, parce que le championnat y est trop haché, trop physique, trop peu propice à la construction. La Serie A, paradoxalement, lui a appris la sobriété. Il ne gaspille plus. Chaque geste a un sens.
L'Angleterre regarde, et elle devrait s'inquiéter de ne pas l'avoir retenu
Voilà peut-être l'angle que personne ne veut vraiment aborder de ce côté de la Manche. Jonathan Rowe est international anglais espoirs, et ses performances actuelles au sein d'un club désormais rodé à la compétition européenne — Bologne a disputé la phase de ligue de la Champions League 2024-2025 — commencent à agiter les conversations autour de la sélection nationale. Gareth Southgate n'est plus là, c'est Lee Carsley qui gère désormais les Three Lions, mais le débat sur les ailiers anglais, éternel serpent de mer depuis des décennies, reste entier.
La Premier League, elle, s'est loupée avec lui. Norwich City n'a pas su le garder — impossible économiquement pour un club de Championship. Rennes n'a pas su le gérer — l'affaire Rabiot restera comme une erreur managériale avant d'être une faute de Rowe. Bologne, lui, a vu ce que les autres n'ont pas voulu voir. Il n'est pas le seul dans ce cas : l'Italie a ce talent particulier de récupérer les laissés-pour-compte du marché des transferts et de les transformer en références. Pensez à ce qu'a fait l'Atalanta de Gian Piero Gasperini avec des profils similaires au fil des années.
La question qui se pose maintenant n'est plus de savoir si Jonathan Rowe peut jouer à haut niveau. Elle est de savoir combien de temps Bologne pourra le conserver. Parce que quand un joueur de 22 ans commence à faire parler de lui en Serie A avec cette régularité, les scouts de Premier League et de Bundesliga ne tardent pas à pointer le bout de leur nez dans les tribunes du Renato Dall'Ara. Le mercato estival 2025 risque d'être scruté de près.
Pour l'heure, Jonathan Rowe n'a qu'un seul objectif en tête : finir la saison sur cette lancée et emmener Bologne le plus loin possible. Un club qui a retrouvé l'Europe après soixante ans de disette mérite bien qu'on lui offre quelques mois supplémentaires de lumière. Et l'ancien indésirable de Rennes, lui, a bien l'intention d'être celui qui l'allume.