Le Stade Bilino Polje ne disposerait ni de VAR ni de goal line technology pour accueillir l'Italie mardi. Un match de qualification Mondial 2026 à haut risque.
Zenica, mardi soir. L'Italie débarque en Bosnie-Herzégovine avec une qualification pour la Coupe du Monde 2026 dans le viseur, et le Stade Bilino Polje qui l'attend n'aurait ni VAR, ni goal line technology. Selon nos informations, la rencontre comptant pour les éliminatoires du Mondial pourrait se disputer dans des conditions technologiques dignes d'une autre époque — un détail qui, dans un match à ce point décisif, pourrait tout changer.
Un stade hors normes pour un enjeu continental
Le Bilino Polje, c'est 12 000 places, une atmosphère de chaudron balkanique réputée pour faire craquer les visiteurs, et une pelouse qui n'a pas toujours brillé par sa qualité. Mais l'absence présumée de VAR dans une rencontre officielle de qualification UEFA, c'est une autre affaire. À en croire l'entourage de la délégation italienne, la question a été posée aux instances concernées avant le déplacement. La réponse — ou son absence — en dit long.
L'UEFA impose en principe le recours à la vidéo dans ses compétitions majeures, mais les qualifications pour la Coupe du Monde relèvent d'un protocole distinct, impliquant directement la FIFA. Or la FIFA n'oblige pas systématiquement les fédérations hôtes à équiper leurs enceintes de la goal line technology ni du VAR pour les matchs de qualification, dès lors que le stade répond aux critères minimaux d'homologation. Résultat : des rencontres à fort enjeu peuvent encore, en 2025, se jouer à l'ancienne.
Sur les quelque 200 rencontres de qualification disputées en Europe pour ce cycle 2026, moins de 60 % auraient bénéficié du VAR, selon les données compilées par plusieurs observateurs accrédités. Un chiffre qui surprend, et qui illustre les inégalités criantes entre fédérations membres.
L'Italie, traumatisée par les erreurs d'arbitrage, replonge dans ses cauchemars
Pour la Squadra Azzurra, le sujet est particulièrement sensible. On se souvient. Novembre 2017, le play-off retour contre la Suède à Milan. Pas de but litigieux cette fois-là, mais une élimination sèche qui avait privé l'Italie du Mondial 2018. Puis le scénario cauchemardesque s'était répété en mars 2022 face à la Macédoine du Nord. Deux absences consécutives en Coupe du Monde pour la nation la plus titrée d'Europe continentale — quatre étoiles mondiales, mais une décennie noire dans les qualifications.
Luciano Spalletti a reconstruit. Lentement, laborieusement. L'Italie a retrouvé des couleurs, une identité de jeu, quelques certitudes. Mais un but accordé à tort sur une action litigieuse, un ballon qui franchit ou ne franchit pas la ligne sans que personne ne le sache vraiment — et tout peut s'effondrer à nouveau. Les fantômes italiens sont particulièrement sensibles à ce genre de scénario.
À en croire plusieurs sources proches de la Fédération italienne, la FIGC aurait officiellement demandé des garanties à la FIFA sur les conditions techniques du match. La fédération bosnienne, elle, assure que le stade est homologué et que toutes les conditions réglementaires sont remplies. Ce qui est vrai sur le papier. Mais homologué ne signifie pas nécessairement équipé des outils modernes de contrôle.
Zenica, symbole des fractures du football européen
Derrière l'anecdote technique se cache une réalité structurelle. Le football européen reste profondément inégalitaire dans ses infrastructures. Entre le Tottenham Hotspur Stadium à 1,2 milliard d'euros et le Bilino Polje de Zenica, il y a un gouffre qui dépasse la seule question des tribunes.
La Bosnie-Herzégovine n'a pas les moyens financiers d'équiper son stade principal des technologies que les grands championnats considèrent comme acquises depuis des années. Le budget annuel de la Fédération bosnienne de football tourne autour de 8 millions d'euros — soit moins que le salaire mensuel de certains joueurs évoluant dans les clubs que l'Italie affronte chaque semaine en Serie A. L'UEFA verse des dotations aux fédérations membres, mais elles ne suffisent pas à combler ces écarts structurels.
Ce n'est pas la première fois que Zenica se retrouve sous le feu des critiques pour ses conditions d'accueil. Lors de précédentes rencontres à enjeu, des délégations étrangères avaient déjà soulevé des problèmes logistiques — vestiaires, pelouse, communications techniques avec le quatrième arbitre. Autant de signaux faibles qui s'accumulent.
Pour les arbitres désignés pour diriger ce match — un trio dont le nom circule dans les couloirs de la FIFA mais n'a pas encore été confirmé officiellement au moment où nous écrivons —, l'absence de VAR représente une pression considérable. Chaque décision sera définitive. Aucun recours possible. Dans un match où les deux équipes jouent potentiellement leur billet pour le Mondial, la marge d'erreur est nulle.
Reste une question qui dépasse ce seul match : la FIFA peut-elle continuer à autoriser des rencontres qualificatives pour sa compétition phare dans des stades non équipés des technologies qu'elle promeut elle-même comme garants de l'intégrité du jeu ? La réponse officielle est que les ressources et les délais ne permettent pas une généralisation immédiate. Sur le terrain, mardi soir à Zenica, ce sera chaque joueur, chaque arbitre, et peut-être le sort d'une qualification, qui paieront le prix de cette ambiguïté réglementaire. Si l'Italie repart des Balkans avec un résultat litigieux plein les valises, la question ne restera pas longtemps sans réponse.