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Football

Mbappé - 'J'ai pensé arrêter l'équipe de France'

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: RMC Sport

Sur le podcast de Tchouaméni, Kylian Mbappé a raconté l'onde de choc raciste après son penalty raté contre la Suisse à l'Euro 2021 — et sa rencontre décisive avec Noël Le Graët.

Mbappé - 'J'ai pensé arrêter l'équipe de France'

« Ça a été très brutal. » Trois mots. Kylian Mbappé n'en a pas besoin de plus pour décrire ce qu'il a vécu dans les heures qui ont suivi le soir du 28 juin 2021, quand son tir au but contre la Suisse a envoyé la France hors de l'Euro. L'attaquant du Real Madrid s'est confié sur le podcast The Bridge, animé par son coéquipier en sélection Aurélien Tchouaméni, et ce qu'il y révèle dépasse largement le cadre sportif. C'est une plongée dans l'un des moments les plus sombres de sa vie publique — et peut-être privée.

Que s'est-il réellement passé après ce penalty raté à Bucarest ?

Le scénario est connu : Mbappé tire le dernier tir au but, Yann Sommer plonge à sa gauche et repousse le ballon. La France est éliminée. Ce qui suit l'est beaucoup moins. En quelques heures, les réseaux sociaux se transforment en déferlante de haine. Des milliers de messages racistes, des insultes, des menaces. Mbappé reçoit une violence verbale d'une ampleur qu'il n'avait jamais connue, lui qui avait pourtant déjà porté les espoirs d'une nation entière dès ses 18 ans.

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« J'ai pensé à arrêter l'équipe de France », lâche-t-il dans le podcast. La phrase tombe, nette, sans dramatisation excessive. Ce n'est pas une posture. C'est la traduction brute d'un joueur qui, à 22 ans, se retrouve seul face à une haine industrielle qu'aucun succès sportif ne peut absorber. Le penalty manqué, n'importe quel joueur peut le vivre. La suite — les injures racistes, la mise en cause de sa légitimité à représenter la France — relève d'une autre nature.

Ce qui frappe dans son récit, c'est l'isolement. Pas l'isolement physique, mais celui d'un homme qui se demande si le jeu en vaut encore la chandelle. Quand représenter son pays devient un vecteur de haine plutôt qu'une source de fierté, la question se pose avec une violence particulière.

Noël Le Graët est-il le seul à avoir empêché Mbappé de tout arrêter ?

C'est là qu'intervient une rencontre que Mbappé décrit comme décisive. À l'époque président de la Fédération Française de Football, Noël Le Graët prend les devants. Il contacte le joueur, demande à le voir. Les deux hommes se retrouvent pour une conversation que Mbappé qualifie de déterminante dans son choix de rester.

Le Graët a souvent été critiqué pour sa gestion des affaires extra-sportives de la FFF — et à raison, au vu de sa sortie fracassante sur Zinédine Zidane en 2023, qui lui a coûté son poste. Mais sur ce dossier précis, au moment précis où Mbappé vacillait, il semble avoir fait ce qu'il fallait : se montrer présent, exprimer un soutien concret, rappeler au joueur ce que sa présence en Bleu représentait. Mbappé ne donne pas tous les détails de leur échange, mais le résultat parle : il est resté.

Cette séquence pose une vraie question sur la gestion institutionnelle du racisme dans le football français. Car si Le Graët a bien réagi à titre personnel, la FFF n'a jamais vraiment érigé en priorité absolue la lutte contre les abus racistes visant ses joueurs. Entre 2020 et 2022, plusieurs internationaux français ont été ciblés après des défaites ou des prestations décevantes, sans que la fédération ne déploie de réponse systémique et durable. Le geste de Le Graët était humain. Une politique, c'est autre chose.

Qu'est-ce que cette confidence révèle sur Mbappé, au-delà du symbole ?

Choisir le podcast d'Aurélien Tchouaméni pour livrer ce témoignage, ce n'est pas anodin. The Bridge n'est pas une émission de grande chaîne. C'est un espace entre pairs, entre coéquipiers qui se connaissent, qui partagent les mêmes vestiaires et les mêmes silences d'après-match. Mbappé s'y exprime différemment que face à un journaliste de L'Équipe ou d'une télévision nationale. Il lève la garde.

Et ce qu'on voit derrière cette garde levée, c'est un joueur qui a traversé quelque chose de profondément perturbant à un âge où d'autres construisent encore leur identité. Mbappé avait 22 ans lors de l'Euro 2021. Il était déjà champion du monde, déjà considéré comme le meilleur joueur français de sa génération, peut-être du monde. Et pourtant, en une nuit, un penalty raté a suffi à déchaîner une haine raciste capable de faire vaciller sa carrière internationale.

Ce témoignage dit aussi quelque chose sur la solitude structurelle des footballeurs médiatisés. Ils évoluent dans une exposition totale, disponibles à l'admiration comme au lynchage collectif, sans que les clubs ou les fédérations n'aient toujours les outils pour les protéger psychologiquement. Mbappé en a parlé. Combien d'autres joueurs, moins exposés, moins soutenus, ont plié sans jamais le dire ?

Il y a également dans cette confidence une forme de maturité revendiquée. Mbappé aurait pu taire cet épisode, l'enfouir sous les titres qui ont suivi — le Ligue des champions avec le Real Madrid, les records en sélection, les 48 buts inscrits sous le maillot bleu en 79 sélections. Il a choisi de le raconter. Parce que mettre des mots sur une telle expérience, c'est aussi refuser que d'autres joueurs aient à la vivre dans le silence.

Reste une question ouverte, et elle est brûlante : trois ans après cet Euro manqué, le football français a-t-il réellement changé sa façon de protéger ses joueurs contre le racisme en ligne ? Les outils existent — signalement automatisé, partenariats avec les plateformes, soutien juridique aux joueurs ciblés. Mais entre l'outil disponible et la volonté politique de s'en saisir, le fossé reste immense. La confession de Mbappé devrait relancer ce débat. Elle ne le fera probablement que le temps d'un cycle d'actualité. Sauf si les principaux intéressés — joueurs, clubs, FFF — décident cette fois de transformer la parole en actes.

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