Le club andalou s'enfonce en Liga et flirte avec la zone rouge. Les supporters ont craqué et réclament des têtes.
Quatre Ligue Europa consécutives, un statut de terreur européenne, une identité de club conquérant gravée dans le marbre andalou. Aujourd'hui, le Séville FC ne fait plus peur à personne — et surtout pas à ses adversaires directs pour le maintien. La situation a pris une tournure dramatique ces dernières semaines, et les gradins du Ramón Sánchez-Pizjuán, autrefois une forteresse rugissante, sont devenus le théâtre d'une colère froide, profonde, structurelle.
Un club qui se noie, match après match
Les chiffres ne mentent pas, et ils sont accablants. Le Séville FC pointe dangereusement proche de la zone de relégation en Liga, avec un bilan comptable qui ferait rougir n'importe quel directeur sportif digne de ce nom. Moins de 30 % de victoires à domicile cette saison — dans un stade qui a longtemps fait trembler le Real Madrid et le FC Barcelone. C'est la réalité crue d'un club qui a perdu ses repères, son jeu, et peut-être sa boussole.
La liste des blessés est longue, les performances sont indigentes, et le vestiaire donne l'impression d'un bateau ivre sans capitaine réel. L'entraîneur actuel navigue à vue, sans marge de manœuvre financière et sans vrai projet de jeu identifiable. Plusieurs cadres de l'effectif performent bien en dessous de leurs standards habituels, et les recrues censées apporter du sang neuf n'ont pas tenu leurs promesses. García Pimienta, qui avait suscité quelques espoirs à son arrivée, n'a pas réussi à stopper l'hémorragie. Le collectif s'est effondré.
Ce qui frappe le plus, c'est la désorganisation défensive. Plus de 40 buts encaissés sur la première partie de saison, un ratio catastrophique pour une équipe qui se veut ambitieuse. Des erreurs individuelles à répétition, une ligne défensive qui recule au moindre pressing adverse, un gardien qui multiplie les sorties approximatives. Le Séville FC ne ressemble plus à rien.
Des tribunes en ébullition, une direction sous pression maximale
«Fuera, fuera, fuera.» Le mot d'ordre résonne désormais régulièrement au Ramón Sánchez-Pizjuán. Les Nervionenses — surnom des supporters sévillans — ont perdu patience. Après des années de gloire européenne, ils assistent impuissants à la décomposition progressive d'un club qu'ils ont porté aux nues. La rupture entre la base populaire et la direction n'est plus latente : elle est consommée.
Plusieurs groupes de supporters organisés ont pris position publiquement, exigeant des explications sur la gestion sportive et financière du club. Car derrière les mauvais résultats se cache une réalité comptable qui inquiète. Le Séville FC traîne une dette estimée à plus de 900 millions d'euros selon plusieurs médias espagnols, héritage d'un mercato XXL mené pendant les années fastes qui a fini par asphyxier le club. Les ventes forcées de l'été — Jules Koundé cédé à prix bradé il y a deux ans, Youssef En-Nesyri parti, Ivan Rakitic en fin de cycle — ont vidé le coffre à talents sans que les remplaçants soient à la hauteur.
José María del Nido Carrasco, le président, est dans l'œil du cyclone. Ses sorties médiatiques récentes n'ont fait qu'amplifier la tension. Promettre des «solutions immédiates» tout en reconnaissant les contraintes budgétaires, c'est exactement le type de communication qui agace une fanbase déjà à cran. Les supporters ne veulent pas de discours — ils veulent voir un projet.
- +40 buts encaissés en première partie de saison, pire bilan défensif des dernières années
- ~900 millions d'euros de dette structurelle pesant sur toutes les décisions sportives
- 1 seule victoire lors des 7 dernières journées de Liga (chiffre approximatif au moment de la rédaction)
- 4 titres en Ligue Europa entre 2014 et 2023 — l'écart avec ce passé glorieux mesure l'ampleur de la chute
Ce qui est troublant, c'est la vitesse à laquelle tout s'est délité. Il y a à peine deux ans, le Séville FC battait encore la Juventus et l'AS Roma en compétitions européennes. Aujourd'hui, le club lutte pour ne pas descendre en Segunda División. C'est vertigineux. Et ce vertige-là, les supporters le ressentent à chaque coup de sifflet final, à chaque but encaissé sur corner, à chaque occasion gâchée par un attaquant en manque de confiance.
Le mercato de janvier s'annonce décisif. Mais avec quelle marge de manœuvre ? Les clubs qui pourraient potentiellement prêter des renforts savent très bien dans quelle situation se trouve le Séville FC, et les négociations s'annoncent compliquées. Difficile d'attirer du talent de qualité quand on navigue dans la zone rouge et qu'on ne peut pas garantir de salaires compétitifs.
La fenêtre hivernale représente peut-être la dernière chance de sauver une saison qui part en lambeaux. Un recrutement chirurgical — un défenseur central fiable, un milieu récupérateur, idéalement un attaquant capable de peser — pourrait stabiliser l'équipe. Mais même avec ces renforts hypothétiques, il faudra du temps pour remettre de l'ordre dans un vestiaire qui semble avoir perdu la foi. Et le temps, justement, c'est exactement ce que le Séville FC n'a plus.
La question qui brûle les lèvres de toute l'Andalousie : jusqu'où va tomber ce club légendaire avant que quelqu'un, en haut, prenne vraiment ses responsabilités ? Un changement d'entraîneur seul ne suffira pas. C'est toute une structure, toute une philosophie de gestion, qui doit être remise à plat. Et si personne ne prend les décisions qui s'imposent dans les prochaines semaines, le Séville FC pourrait bien écrire l'un des chapitres les plus sombres de son histoire centenaire.