Après le dossier Maroc-Sénégal, le Tribunal arbitral du sport s'apprête à traiter une nouvelle affaire impliquant la Confédération africaine de football.
La CAF n'a pas fini d'avoir des sueurs froides. Alors que le dossier Maroc-Sénégal — du nom de la finale polémique dont les détails continuent d'agiter le football continental — n'est toujours pas clôturé devant le Tribunal arbitral du sport, un deuxième dossier majeur est en passe d'atterrir sur le bureau du TAS. Selon nos informations, la procédure est enclenchée et la Confédération africaine de football pourrait rapidement se retrouver à devoir se défendre sur deux fronts juridiques simultanément. Une situation inédite, et franchement inconfortable pour l'instance dirigeante du football africain.
Le TAS, nouvel arbitre du chaos institutionnel africain
Le Tribunal arbitral du sport de Lausanne n'est pas un tribunal ordinaire. C'est l'instance suprême du droit sportif international, celle où on va quand toutes les voies internes ont été épuisées — ou quand on estime que la fédération concernée n'offre aucune garantie d'impartialité. Le fait que la CAF s'y retrouve confrontée une nouvelle fois, alors que la première procédure n'a pas encore rendu son verdict, en dit long sur la crise de gouvernance que traverse l'organisation.
À en croire l'entourage des parties impliquées dans ce second dossier, la saisine du TAS intervient après l'échec des recours internes. Le processus est désormais formel. La CAF devra constituer une défense solide, mobiliser des avocats spécialisés — ce qui représente un coût non négligeable pour l'institution —, et surtout justifier des décisions qui, manifestement, ne font pas l'unanimité.
Le timing est d'autant plus délicat que le premier dossier, celui portant sur la finale opposant le Maroc au Sénégal, est déjà d'une sensibilité extrême. Il implique deux des nations les plus influentes du continent, deux fédérations puissantes, et des accusations suffisamment graves pour que le TAS ait jugé nécessaire d'instruire l'affaire en profondeur. Gérer les deux en parallèle relève d'un exercice périlleux.
Une CAF sous pression, un modèle de gouvernance en question
Depuis quelques années, la CAF tente de redorer son blason après des années de scandales, d'opacité financière et de guerres intestines. L'ère Patrice Motsepe, arrivé à la présidence en 2021, devait marquer une rupture. Sur certains points, des progrès ont été réalisés — la Coupe d'Afrique des Nations a retrouvé une certaine crédibilité commerciale, les droits TV ont progressé, et les revenus de la compétition phare ont sensiblement augmenté ces deux dernières années. Mais sur le plan institutionnel, les vieux démons semblent avoir la vie dure.
Deux dossiers devant le TAS en même temps, c'est un signal d'alarme. Les sponsors, les diffuseurs, et plus largement les partenaires commerciaux de la CAF observent. Personne n'investit massivement dans une institution dont les décisions arbitrales ou disciplinaires sont régulièrement remises en cause devant la justice sportive internationale. Le risque réputationnel est réel.
Selon nos informations, certaines fédérations membres commencent à exprimer, en coulisses, leur agacement face à cette accumulation de contentieux. Le football africain a les ressources humaines et techniques pour rivaliser avec n'importe quelle confédération mondiale — la CAN attire désormais des audiences télévisées qui rivalisent avec d'autres grandes compétitions continentales, et le nombre de joueurs africains dans les cinq grands championnats européens dépasse les 400. Mais tant que la gouvernance restera fragilisée par ces guerres juridiques, le potentiel restera bridé.
Ce que révèle la multiplication des recours au TAS
Saisir le TAS n'est jamais anodin. La procédure coûte cher, prend du temps, et expose publiquement les parties. Si des clubs, des nations ou des agents sportifs choisissent malgré tout cette voie contre la CAF, c'est qu'ils estiment ne pas avoir obtenu satisfaction en interne. C'est un constat brutal sur la qualité de la justice sportive interne de la confédération.
Le premier dossier Maroc-Sénégal avait déjà mis la CAF dans une position délicate, contrainte de défendre ses propres procédures d'arbitrage et ses décisions d'organisation devant une juridiction externe. Si le second dossier, dont les contours exacts sont encore partiellement flous, devait aboutir à une condamnation — même symbolique — de la confédération, ce serait un camouflet supplémentaire.
À Lausanne, le TAS traite en moyenne plusieurs centaines d'affaires par an. Le football représente la majorité des cas instruits, et les instances africaines y apparaissent plus souvent que leurs homologues européennes ou sud-américaines, proportionnellement. Ce n'est pas une statistique flatteuse. Elle traduit un déficit de confiance dans les mécanismes internes de règlement des litiges.
À en croire plusieurs observateurs proches des instances continentales, la CAF aurait tout intérêt à accélérer la réforme de sa chambre de résolution des litiges et de ses commissions disciplinaires. Des réformes promises, partiellement amorcées, mais dont les effets concrets tardent à se faire sentir dans les dossiers sensibles.
La question qui se pose maintenant est simple : combien de temps la CAF peut-elle encaisser ces coups avant que la confiance des partenaires institutionnels — FIFA en tête, qui finance une partie des programmes de développement sur le continent — commence à s'éroder sérieusement ? Le prochain rapport de gouvernance attendu en fin d'année pourrait bien accélérer les choses, dans un sens comme dans l'autre. Si le TAS venait à trancher en défaveur de la CAF dans l'un ou l'autre de ces deux dossiers, les pressions pour une réforme structurelle en profondeur deviendraient difficilement contournables. Et cette fois, les promesses seules ne suffiront plus.