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Football

Hakimi saisit le TAS pour offrir la CAN 2025 au Maroc

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Le défenseur du PSG réclame devant le Tribunal Arbitral du Sport le sacre des Lions de l'Atlas à la CAN 2025, une démarche inédite qui pourrait rebattre les cartes du football africain.

Hakimi saisit le TAS pour offrir la CAN 2025 au Maroc

Après avoir terrassé Liverpool (2-0) en quart de finale aller de la Ligue des Champions, Achraf Hakimi aurait pu se contenter de savourer. Mais le latéral droit du Paris Saint-Germain a choisi de glisser, dans la foulée d'une soirée déjà historique au Parc des Princes, une bombe d'une toute autre nature : le capitaine de la sélection marocaine a confirmé avoir saisi le Tribunal Arbitral du Sport pour réclamer l'attribution du titre de la CAN 2025 au Maroc. Une procédure rare, presque sans précédent dans le football continental africain, qui transforme la compétition en feuilleton juridique autant que sportif.

Ce que cache la plainte d'Hakimi au TAS

Pour comprendre la démarche, il faut revenir au déroulé de la Coupe d'Afrique des Nations 2025, organisée au Maroc. Les Lions de l'Atlas, favoris à domicile, ont vu leur parcours stoppé dans des circonstances que le clan marocain juge contraires aux règlements. La nature exacte du grief soumis au TAS n'a pas été intégralement divulguée — le dossier est en cours d'instruction — mais Hakimi a évoqué publiquement des irrégularités dans l'organisation ou l'arbitrage de matchs décisifs, suffisamment graves selon lui pour justifier une révision du palmarès.

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Ce type de recours n'est pas une fantaisie. Le TAS a déjà modifié des résultats sportifs dans d'autres disciplines, et même dans le football, on se souvient que plusieurs clubs européens ont obtenu gain de cause sur des points de règlement en appel. Ce qui est nouveau ici, c'est l'échelle : réclamer le titre d'une compétition nationale africaine majeure via une procédure internationale, c'est hausser le conflit à une dimension diplomatique autant que sportive. La Confédération Africaine de Football se retrouve implicitement mise en cause.

Hakimi n'est pas un acteur isolé dans ce dossier. Derrière lui, on devine la présence de la Fédération Royale Marocaine de Football, institution habituée depuis quelques années à peser de tout son poids institutionnel — et financier — sur les décisions continentales. Le Maroc a investi des sommes considérables dans l'organisation de la CAN 2025, estimées à plus d'un milliard d'euros d'infrastructure et de logistique. Ne pas en repartir avec le trophée résonne comme une humiliation nationale que les autorités marocaines semblent décidées à ne pas laisser sans réponse.

Le fait qu'Hakimi soit le porte-voix de cette démarche n'est pas anodin non plus. À 26 ans, il est le visage le plus reconnaissable du football marocain sur la scène mondiale, ambassadeur d'un pays qui rêve de Coupe du Monde 2030 en co-organisation. Sa crédibilité internationale — forgée au Real Madrid, à l'Inter Milan et désormais confirmée au PSG contre les meilleures équipes d'Europe — lui confère un poids médiatique que ne possède aucun dirigeant fédéral. Confier la communication de ce recours juridique à une star planétaire plutôt qu'à un avocat, c'est un choix politique autant qu'une stratégie d'image.

  • Plus d'1 milliard d'euros investis par le Maroc dans l'organisation de la CAN 2025
  • 2-0 : score du PSG face à Liverpool en quart de finale aller de la Ligue des Champions, la nuit où Hakimi a évoqué le dossier
  • Première fois qu'un joueur actif au plus haut niveau européen prend publiquement la tête d'un recours au TAS pour une compétition continentale africaine
  • Le TAS traite en moyenne 600 affaires par an, dont une minorité aboutit à une révision de résultats sportifs

Le football africain à l'heure d'un précédent qui pourrait tout changer

Si le TAS venait à donner raison au Maroc, les conséquences dépasseraient largement le cadre d'un trophée. Ce serait la première fois dans l'histoire moderne de la CAN qu'un titre serait attribué ou retiré par voie judiciaire internationale. Le précédent serait colossal. D'autres nations, d'autres fédérations, d'autres joueurs pourraient demain emprunter le même chemin pour contester des décisions arbitrales ou organisationnelles. Le football africain entrerait de plain-pied dans une ère de judiciarisation que le football européen connaît depuis une décennie — avec ses lenteurs, ses coûts et ses paradoxes.

La CAF, déjà fragilisée par des années de gouvernance chaotique avant l'arrivée du président Patrice Motsepe, se retrouve dans une position délicate. Contester la légitimité d'un recours au TAS serait perçu comme une tentative d'échapper à tout contrôle externe. L'accepter, c'est s'exposer à voir son autorité réduite à celle d'une instance de première instance, systématiquement susceptible d'appel. L'équilibre institutionnel du football africain est en jeu autant que le sort d'une médaille.

Du côté des concurrents directs du Maroc — on pense au Sénégal de Sadio Mané, à l'Égypte de Mohamed Salah, à la Côte d'Ivoire tenante du titre — la démarche est regardée avec une attention mêlée d'inquiétude. Si demain les Lions de l'Atlas obtiennent satisfaction, ce sera autant une victoire juridique qu'un signal politique : le Maroc ne considère plus la CAN comme une simple compétition mais comme un espace de projection de puissance, au même titre que sa candidature au Mondial 2030.

Hakimi, lui, jongle entre deux temporalités. Mercredi soir, il défendait les intérêts du PSG dans la plus prestigieuse compétition de clubs au monde, avec la rigueur tactique qu'on lui connaît sous Luis Enrique. Quelques heures plus tard, il endossait le rôle de porte-étendard d'une cause nationale devant une juridiction internationale. Cette dualité dit beaucoup sur l'évolution du footballeur moderne — à la fois athlète de haut niveau, personnalité publique et acteur politique qu'il le veuille ou non. La suite du dossier au TAS déterminera si ce pari sur deux tableaux était courageux ou simplement prématuré. Mais une chose est certaine : personne, ni à Genève ni à la CAF, ne peut se permettre d'ignorer ce recours.

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