Le président de la FIFA a levé le doute lors d'un déplacement en Turquie : l'Iran sera bien au Mondial 2026, malgré un contexte géopolitique explosif.
Gianni Infantino n'a pas pris le temps de tergiverser. Présent près d'Antalya, dans le sud de la Turquie, pour assister en personne à un match amical de la sélection iranienne, le président de la FIFA a coupé court aux spéculations qui s'étaient accumulées ces derniers mois : l'Iran participera bien à la Coupe du monde 2026. Une confirmation qui pèse lourd, tant sur le plan sportif que politique, dans un contexte régional et international où chaque décision de la gouvernance du football mondial est scrutée à la loupe.
Infantino se déplace, et ça veut dire quelque chose
Quand le patron de la FIFA fait le déplacement lui-même pour voir jouer une sélection en match amical, ce n'est pas un geste anodin. Ce n'est pas sa façon de remplir un agenda chargé. C'est un signal politique aussi fort qu'une conférence de presse. En se rendant sur place, Infantino a validé en actes ce qu'il a ensuite confirmé en mots : la Fédération internationale de football n'a aucune intention d'exclure l'Iran du prochain Mondial, organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique à l'été 2026.
Sa présence sur le bord d'un terrain turc dit aussi autre chose. Elle témoigne d'une volonté de maintenir des ponts avec Téhéran, à l'heure où les tensions entre l'Iran et une grande partie de la communauté internationale restent vives. Le football, dans la vision d'Infantino — qu'on la partage ou non —, doit rester un espace qui échappe aux clivages diplomatiques. Il l'a déjà prouvé avec d'autres dossiers sensibles. Là, il reconfirme sa ligne.
L'Iran avait décroché sa qualification pour le Mondial 2026 dans la zone asiatique, terminant en tête de son groupe lors des éliminatoires de la CAF asiatique. Trois qualifications consécutives à la phase de groupes du Mondial pour une sélection qui, sportivement, ne mérite aucune discussion. Le débat, il est ailleurs.
Un contexte qui complique tout depuis 2022
Revenons en arrière. Lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, l'équipe iranienne avait évolué dans une atmosphère particulièrement lourde. Les joueurs avaient refusé de chanter l'hymne national lors du premier match, en soutien aux manifestantes du mouvement Femme, Vie, Liberté qui secouait le pays depuis la mort de Mahsa Amini en septembre de la même année. Une scène rare, bouleversante, qui avait placé ces footballeurs au centre d'un débat bien plus grand que le sport.
Depuis, la pression sur la fédération iranienne et sur ses joueurs n'a pas diminué. Certains joueurs évoluant à l'étranger ont pris des positions publiques. D'autres ont choisi le silence. La question de savoir si la FIFA devait — ou pouvait — suspendre la fédération iranienne en raison d'ingérences politiques ou de violations des droits humains avait été posée par plusieurs organisations non gouvernementales et relayée par des parlements européens. La FIFA, elle, a choisi de rester dans le dialogue plutôt que dans la sanction.
Ce choix est cohérent avec la jurisprudence interne de l'organisation. Depuis des années, la FIFA brandit l'article de ses statuts qui interdit toute ingérence gouvernementale dans les affaires des fédérations membres — et utilise ce même principe pour se prémunir des pressions extérieures qui lui demandent d'agir. Un double tranchant qui lui permet de tout justifier, dans un sens comme dans l'autre. Certains applaudissent. D'autres, nombreux, dénoncent une hypocrisie institutionnelle.
Il faut aussi replacer ça dans une réalité chiffrée : la Coupe du monde 2026 sera la première édition à 48 équipes. Huit équipes supplémentaires par rapport aux éditions précédentes. La zone asiatique bénéficie d'ailleurs de huit places qualificatives contre cinq en 2022. L'Iran, fort de son niveau de jeu, n'aurait eu aucun mal à se qualifier dans tous les scénarios envisageables. Ce n'est pas la performance sportive qui posait question.
2026, et après ? Le football iranien à un tournant
La confirmation d'Infantino clôt un chapitre d'incertitude, mais en ouvre un autre. L'Iran se retrouvera dans un Mondial organisé principalement aux États-Unis — un pays qui n'entretient aucune relation diplomatique avec Téhéran depuis 1980, et dont les tensions avec la République islamique ont atteint des sommets ces dernières années. La simple logistique de la participation iranienne sera un casse-tête géopolitique : visas, déplacements, accréditations médiatiques pour les journalistes iraniens, sécurité des délégations.
Sur le plan sportif, Carlos Queiroz a longtemps été l'homme fort du banc iranien, avant de partir. La sélection cherche sa stabilité. Elle dispose pourtant d'un vivier de joueurs de qualité, dont plusieurs évoluent en Europe et en Asie, capables de rendre la vie difficile à n'importe quel adversaire lors d'une phase de groupes. Mehdi Taremi, passé par l'Inter Milan, en est l'exemple le plus visible. Le potentiel est là.
Mais au-delà du terrain, la question qui persistera jusqu'au coup d'envoi de 2026 — et même pendant la compétition — est celle du comportement des joueurs eux-mêmes. Chanteront-ils l'hymne ? Feront-ils un geste politique ? Seront-ils libres de s'exprimer, ou sous surveillance ? Ce que ces footballeurs feront ou ne feront pas dans un stade américain face aux caméras du monde entier sera scruté bien au-delà des chroniqueurs sportifs.
Infantino a tracé la ligne officielle de la FIFA. L'Iran joue. Le reste appartient à l'histoire — et aux hommes qui porteront ce maillot sous une pression que peu de sélections au monde connaîtront jamais.