Le salaire de Maxence Caqueret révélé dans la hiérarchie des rémunérations de Serie A illustre la stratégie d'un club qui joue dans une autre cour.
Quatre millions d'euros bruts annuels. C'est, selon les données publiées par L'Équipe, ce que percevrait Maxence Caqueret depuis son transfert à Côme, club lombard promu en Serie A à l'été 2024 après vingt ans d'absence dans l'élite italienne. Un chiffre qui, mis en regard de la hiérarchie salariale du championnat — dominée de très loin par Dušan Vlahović de la Juventus Turin, dont l'émolument annuel flirterait avec les douze millions d'euros nets — permet de mesurer à la fois l'ambition réelle de Côme et la trajectoire singulière d'un joueur que Lyon avait formé avant de le vendre à l'intersaison 2024.
Que révèle ce salaire sur le projet Côme, au-delà du simple coup marketing ?
Côme n'est pas n'importe quel promu. Rachetée en 2019 par les frères indonésiens Robert et Michael Hartono — parmi les cent personnalités les plus riches du monde selon le classement Forbes, avec une fortune estimée à plus de quarante milliards de dollars —, la société sportive du lac de Côme a depuis engagé une politique de recrutement méthodique, loin du folklore habituel des clubs fraîchement montés en Serie A. Cesc Fàbregas, légende du football espagnol reconverti en entraîneur, incarne cette ambition : attirer des profils techniques, intelligents, capables de faire tourner un jeu élaboré plutôt que de simplement survivre à l'élite.
Caqueret s'inscrit dans cette logique. Formé à l'Olympique Lyonnais, passé par les équipes de jeunes avant de s'imposer en Ligue 1 puis en Liga du côté de la Real Sociedad, le milieu de terrain français apporte une densité technique et une lecture du jeu que Fàbregas recherche explicitement. Son salaire, significatif pour un promu, traduit une conviction sportive : ce n'est pas un recrutement de nom, c'est un recrutement de profil. Côme investit sur ce qu'il voit dans les jambes, pas dans le palmarès affiché sur une carte de visite.
La distinction est importante dans un contexte où la Serie A traverse une période de recomposition économique. Les clubs italiens, longtemps dominants sur le marché européen, cherchent à reconstituer leur attractivité salariale après des années de déclassement face à la Premier League. Que Côme, promu, soit en mesure d'offrir quatre millions d'euros annuels à un joueur de vingt-cinq ans sans passé de star internationale, dit quelque chose de la profondeur des poches de ses propriétaires et de leur sérieux d'exécution.
Caqueret est-il à la hauteur de cet investissement dans le championnat le plus tactique d'Europe ?
La question mérite d'être posée sans détour. Caqueret a brillé par intermittence en Ligue 1, s'affirmant comme l'un des milieux les plus propres techniquement de sa génération dans le championnat français. Son passage à la Real Sociedad avait ajouté une dimension ibérique à son jeu de position, lui permettant d'évoluer dans un système fondé sur la domination et les permutations. Mais la Serie A est une autre affaire.
Le championnat italien reste, malgré ses évolutions, le laboratoire tactique le plus exigeant d'Europe continentale. La pression défensive sur le porteur de balle y est plus systématique, les transitions plus violentes, et la lecture des espaces entre les lignes est sanctionnée immédiatement dès lors qu'elle manque de précision. Pour un milieu relayeur comme Caqueret, c'est précisément là que tout se joue : sa capacité à conserver le ballon sous pression haute et à déclencher vite dans des couloirs étroits sera testée chaque week-end.
Les premiers mois de Côme en Serie A ont été laborieux — ce qui était attendu — mais Fàbregas a maintenu une identité de jeu cohérente, refusant le repli défensif que beaucoup de promus adoptent par instinct de survie. Caqueret, dans ce contexte, est moins un luxe qu'un outil structurel. Sa valeur ne se lit pas nécessairement dans les statistiques de buts ou de passes décisives, mais dans les séquences de transition qu'il organise et dans les duels de pressing qu'il remporte ou provoque.
Que dit la hiérarchie salariale de la Serie A sur l'état du football italien en 2025 ?
La publication par L'Équipe des données salariales de la Serie A intervient dans un contexte particulier. Le football italien sort d'une séquence difficile : la Juventus Turin, longtemps hégémonique, traverse une reconstruction identitaire depuis le départ de plusieurs figures historiques. L'Inter Milan, le Napoli de la saison 2022-2023 ou encore l'Atalanta Bergame de Gian Piero Gasperini offrent des visions alternatives de la compétitivité, et la dispersion salariale au sein de l'élite italienne est révélatrice de ces tensions.
Que Vlahović soit en tête de la hiérarchie avec un salaire qui dépasse de plusieurs longueurs celui du deuxième ou troisième joueur le mieux payé du championnat illustre un déséquilibre structurel que la Serie A peine à corriger. Les clubs anglais continuent d'aspirer les meilleurs profils dès qu'ils atteignent la plénitude de leur valeur marchande, laissant l'Italie travailler davantage sur des joueurs en développement ou en fin de contrat.
Côme, paradoxalement, bénéficie de cette dynamique. Adossé à une propriété extra-européenne disposant de liquidités considérables, le club peut se permettre d'offrir des conditions salariales compétitives sans dépendre des droits télévisuels ni des revenus de billetterie d'un stade de grande capacité. C'est un modèle qui ressemble, toutes proportions gardées, à ce que des clubs anglais de Championship ont expérimenté avant de s'imposer en Premier League : construire depuis le bas avec des moyens du haut.
La question qui se pose désormais n'est pas tant de savoir si Caqueret mérite son salaire — la réponse appartient au terrain et aux données de performance de fin de saison — mais de comprendre si Côme peut maintenir ce niveau d'investissement dans la durée sans résultats sportifs immédiats. L'histoire du football européen est jalonnée de projets ambitieux qui ont brûlé leurs ailes trop vite. Fàbregas, lui, semble avancer avec une patience inhabituelle dans un environnement qui récompense rarement la sagesse à court terme. C'est peut-être là son pari le plus risqué, et le plus intéressant.