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Football

Kosovo-Paraguay à la Coupe du monde : le match qui n't aurait pas dû exister

Par Rédaction SBM··5 min de lecture·Source: RMC Sport

Si le Kosovo se qualifie pour le Mondial 2026, il pourrait affronter le Paraguay — un pays qui ne reconnaît pas son existence. La géopolitique s'invite sur le terrain.

Kosovo-Paraguay à la Coupe du monde : le match qui n't aurait pas dû exister

Imaginez un arbitre siffler le coup d'envoi d'un match entre deux équipes dont l'une, selon l'autre, n'existe tout simplement pas. Ce n'est pas un scénario de roman d'anticipation : c'est le vertige géopolitique qui attend la FIFA si le Kosovo remporte son barrage contre la Turquie ce mardi à Pristina. Une victoire des Dardanët enverrait la jeune nation balkanique à sa toute première Coupe du monde, celle de 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique — et potentiellement face au Paraguay, l'un des rares États du monde à refuser encore de reconnaître l'indépendance proclamée en 2008 par Pristina. Le football, ce grand ordonnateur du chaos diplomatique, frappe encore.

Pristina rêve, Asunción fait semblant de ne pas regarder

Le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie le 17 février 2008. Depuis, 101 des 193 membres de l'ONU ont reconnu cet État. Le Paraguay, lui, s'y refuse — par solidarité historique avec la Serbie, par tradition diplomatique conservatrice, par intérêt stratégique dans ses relations avec Moscou et Pékin qui, eux non plus, ne reconnaissent pas Pristina. Sur la scène internationale, cette non-reconnaissance n'est pas anecdotique : elle traduit des lignes de fracture géopolitiques profondes, celles-là mêmes que le sport a parfois l'habileté maladroite de mettre à nu.

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La FIFA, elle, a reconnu la Fédération de Football du Kosovo dès 2016, l'UEFA également. Ce geste institutionnel a ouvert une parenthèse extraordinaire : une nation disputant des compétitions officielles que des États membres de l'ONU considèrent comme inexistante. Jean-Baptiste Guégan, spécialiste de la géopolitique du sport, résume l'absurdité avec une précision chirurgicale — le football peut créer une réalité que la diplomatie refuse d'acter. Ce n'est pas la première fois. Taïwan joue sous le nom de « Chinese Taipei » depuis des décennies. Israël a longtemps été exclue de la zone asiatique. Le sport a ses propres cartes du monde.

Côté sportif, le Kosovo de l'entraîneur Franco Foda — oui, l'Autrichien qui a quitté la sélection d'Autriche après l'Euro 2021 — a accompli une campagne de qualification remarquable. Terminer deuxième du groupe derrière l'Angleterre, devant la Finlande et la Grèce, tient du résultat historique pour une fédération créée il y a moins de vingt ans. Mardi, à Pristina, la Turquie de Vincenzo Montella se dresse comme dernier obstacle. Les Janissaires ne sont pas venus en touristes : éliminés de la phase de groupes de la Nations League, ils ont faim. Mais le Kosovo à domicile, porté par une ferveur nationale que peu de nations peuvent simuler — parce que pour eux, jouer au football n'a jamais été anodin — constitue un adversaire autrement plus coriace que le classement FIFA ne le suggère.

Quand la pelouse devient tribunal

Supposons le scénario réalisé. Le Kosovo qualifié. Les tirages au sort effectués. Kosovo vs Paraguay. Qu'est-ce que cela implique concrètement ? La réponse courte : pas grand-chose sur le plan opérationnel. La réponse longue : un cauchemar protocolaire de basse intensité que la FIFA devra gérer avec son art coutumier de la langue de bois.

Le Paraguay devra se rendre dans un vestiaire en face du sien, serrer des mains, entendre un hymne, voir un drapeau hissé. Officiellement, aux yeux d'Asunción, tout cela représente les attributs d'une entité non reconnue. En pratique, les footballeurs paraguayens joueront contre des hommes en rouge et noir avec une étoile sur la poitrine. Le football a cette capacité singulière de forcer la rencontre que la politique évite. Ce fut vrai lors de la détente américano-chinoise après le ping-pong de 1971. Ce fut vrai, à rebours, lors du boycott des JO de 1980. Le sport ne résout rien — mais il oblige à se regarder en face.

Il faut mesurer ce que représente une première Coupe du monde pour un pays de 1,8 million d'habitants dont la moitié a moins de trente ans et dont l'identité nationale a été forgée, en partie, par le football. Les joueurs de la diaspora — Granit Xhaka, Xherdan Shaqiri ont tous les deux choisi la Suisse — ont alimenté un débat permanent sur l'appartenance et la représentation. Ceux qui ont choisi le maillot kosovar, comme Edon Zhegrova ou Vedat Muriqi, ont fait un choix politique autant que sportif. Muriqi, meilleur buteur de la Serie A espagnole avec Majorque la saison passée, incarne cette génération qui porte autre chose qu'un résultat : une existence.

La FIFA face au miroir de ses contradictions

L'organisation de Gianni Infantino a l'habitude de naviguer entre les écueils géopolitiques avec un pragmatisme qu'on pourrait confondre avec de l'indifférence. L'attribution du Mondial 2022 au Qatar, les débats autour de la Russie après 2022, la question palestinienne — autant de dossiers sur lesquels la FIFA a tendu à trancher dans le sens de l'inclusion institutionnelle tout en évitant soigneusement le fond politique. Le cas Kosovo-Paraguay s'inscrirait dans cette tradition : organiser le match, laisser les États régler leurs affaires entre eux.

Sauf que cette fois, ce serait devant 80 000 personnes, en mondiovision, avec des commentateurs du monde entier obligés de nommer une réalité. Les télévisions paraguayennes diffuseraient-elles le match ? Avec quel habillage graphique ? Sous quel nom désigneraient-elles l'adversaire ? Ces questions semblent dérisoires. Elles ne le sont pas. En 1981, la Chine avait quitté la FIFA plutôt que de jouer sous un nom qui reconnaissait implicitement Taïwan. Le sport n'est jamais neutre — il choisit toujours un camp, même quand il prétend ne pas en choisir.

Le match de ce mardi à Pristina dépasse donc largement les enjeux d'une simple qualification. Si le Kosovo passe, la Coupe du monde 2026 aura une histoire à raconter avant même le coup d'envoi. Celle d'une nation qui demande simplement à exister, sur un terrain rectangulaire, face à ceux qui refusent de le voir. L'histoire du football est pleine de ces moments où le ballon roule plus vite que la diplomatie. Il se pourrait bien que dans quelques mois, au Canada, aux États-Unis ou au Mexique, un arbitre siffle un match que la géopolitique avait décrété impossible.

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