L'Iran sera bien présent au Mondial 2026 et jouera aux États-Unis malgré le contexte géopolitique. L'Italie, elle, a raté sa qualification face à la Bosnie.
Gianni Infantino l'a confirmé : l'Iran participera à la Coupe du monde 2026 et disputera ses matchs de phase de groupes aux États-Unis. Une annonce qui claque, tant le contexte géopolitique avait un temps laissé planer le doute sur la participation même de la sélection iranienne et, surtout, sur le lieu de ses rencontres. Au même moment, de l'autre côté de la Méditerranée, l'Italie panse ses plaies après une élimination cruelle dans les barrages. La Squadra Azzurra ne sera pas au Mondial. Encore une fois.
L'Iran aux États-Unis : le pari géopolitique que la FIFA assume
Quand la guerre a éclaté dans la région, la question s'est posée immédiatement dans les couloirs de la FIFA : peut-on envoyer la sélection iranienne jouer sur le sol américain ? Les premières pistes évoquaient un déplacement des matchs iraniens vers le Mexique, co-organisateur du tournoi avec les États-Unis et le Canada. Un scénario qui aurait évité toute friction diplomatique mais que le président de la FIFA a finalement écarté.
Infantino a donc tranché. L'Iran jouera aux États-Unis, point final. Un choix qui ne va pas sans poser de vraies questions pratiques : Téhéran a officiellement interdit à ses équipes nationales et à ses clubs de se rendre dans des pays jugés « hostiles ». Les États-Unis figurent, depuis des décennies, en tête de cette liste. La FIFA et les autorités sportives iraniennes vont donc devoir naviguer entre impératifs institutionnels et interdictions gouvernementales — un équilibre aussi délicat que précaire.
Ce n'est pas la première fois que le football se retrouve coincé dans l'étau de la géopolitique. En 2022 au Qatar, l'Iran avait déjà fait parler de lui pour des raisons extra-sportives, ses joueurs muets lors de l'hymne national en signe de soutien aux manifestations qui secouaient leur pays. La pression sur les joueurs iraniens sera, en 2026, d'une nature différente mais tout aussi lourde. Comment un sélectionneur peut-il préparer un Mondial quand la simple logistique de déplacement vers le pays hôte constitue déjà un casse-tête diplomatique ?
La FIFA, elle, joue sa propre partition. Exclure l'Iran aurait créé un précédent explosif. L'inclure en déplaçant ses matchs aurait été perçu comme une capitulation face à la pression géopolitique. Maintenir le calendrier et le lieu d'origine, c'est affirmer que le football transcende les conflits — un discours cher à Infantino, même quand il sonne creux.
- L'Iran avait envisagé de jouer ses matchs au Mexique avant que la FIFA tranche en faveur des États-Unis
- Téhéran a interdit jusqu'à nouvel ordre à ses sélections et clubs tout déplacement dans les pays « hostiles »
- En 2022, l'Iran avait terminé dernier de son groupe au Mondial qatari avec 2 défaites et 1 victoire
- 32 équipes au lieu de 32 — le Mondial 2026 réunira 48 nations pour la première fois de l'histoire
L'Italie aux tirs au but, et un gouffre qui se creuse
Pendant que la FIFA gère ses équations diplomatiques, l'Italie vit, elle, un cauchemar sportif d'une ampleur rare. Éliminée par la Bosnie-Herzégovine aux tirs au but lors des barrages de qualification, la Squadra Azzurra manquera le Mondial 2026. Ce sera la troisième Coupe du monde consécutive sans l'Italie. Trois éditions. Douze ans d'absence sur la plus grande scène du football mondial pour une nation qui a soulevé le trophée quatre fois dans son histoire.
Les tirs au but sont le théâtre idéal pour les tragédies italiennes — et les Azzurri semblent s'y précipiter avec une régularité alarmante. Contre la Bosnie-Herzégovine, une sélection des Balkans au budget ridicule comparé aux Milanais, Juventini et Interisti qui peuplent l'effectif transalpin, la défaite fait l'effet d'un uppercut. Luciano Spalletti, le sélectionneur, va devoir se justifier. Et les questions qui se posent sur le football italien depuis 2018 — depuis ce soir de novembre à Milan où la Svezia avait validé son billet aux dépens des Italiens — restent sans réponse convaincante.
Car le problème est structurel. La Serie A, qui fut pendant vingt ans le championnat le plus relevé du monde, a perdu sa capacité à former et à faire éclore des talents de niveau mondial. Les jeunes Italiens brillants sont rares, et quand ils émergent — comme Sandro Tonali avant ses déboires judiciaires — le système semble se charger de les broyer. Trois Coupes du monde manquées en huit ans : aucune grande nation du football n'a connu pareille traversée du désert depuis l'après-guerre.
En 1966, l'Italie avait été sortie au premier tour par la Corée du Nord, humiliation fondatrice qui avait provoqué une révolution dans le football transalpin. En 2018, l'absence avait été vécue comme un électrochoc censé tout remettre à plat. Le titre à l'Euro 2021 avait semblé sonner le renouveau. Il n'en était rien. Deux ans plus tard, rebelote : l'Italie regardera le Mondial à la télévision.
Un Mondial 2026 qui s'annonce déjà hors normes — et hors cadre
Entre une Iran coincée entre ses obligations sportives et ses interdits politiques et une Italie absente pour la troisième fois consécutive, la Coupe du monde 2026 envoie déjà des signaux forts sur ce qu'elle sera : un tournoi de ruptures. Rupture avec les équilibres géographiques traditionnels, rupture avec les hiérarchies établies, rupture avec l'idée même que le football peut encore se tenir à l'écart des soubresauts du monde.
Le format à 48 équipes changera aussi la physionomie du tournoi. Davantage de nations, davantage de matchs, davantage d'histoires. Peut-être davantage de surprises. La Bosnie-Herzégovine, qui vient précisément d'envoyer l'Italie dans les cordes, en est la preuve vivante : le football mondial se redistribue, et les vieilles puissances ne peuvent plus se permettre de somnambuliser vers les qualifications.
L'été 2026 est encore loin, mais le tableau se dessine déjà avec ses zones d'ombre et ses paradoxes. L'Iran devra résoudre son équation politique avant même d'entrer sur le terrain. La FIFA, elle, aura réussi son tour de passe-passe habituel : faire comme si rien n'était, tout en sachant que chaque match iranien aux États-Unis sera autant un événement diplomatique qu'un match de football. Quant à l'Italie, elle a rendez-vous avec elle-même — et le temps presse.